«Soit on baise, soit tu ne travailles plus ici!»
Deux ex-employées accusent un restaurateur suisse de harcèlement sexuel

Un restaurateur bâlois est accusé d’avoir harcelé sexuellement deux serveuses durant plusieurs mois. Elles ont depuis quitté l’établissement et porté plainte – pour l'heure sans résultat.
1/5
Zuzana (à g.) et Lucja portent de graves accusations contre leur ex-patron.
Photo: Karin Frautschi
RMS_Portrait_AUTOR_1198.JPG
Karin Frautschi

Deux femmes accusent leur ancien employeur, un restaurateur bâlois de 46 ans, de harcèlement et de pressions sexuelles. Selon leurs accusations, l'homme utiliserait toujours le même stratagème: exercer une pression croissante, dépasser les limites, s'excuser, recommencer.

Lucja* affirme avoir vécu l'enfer pendant deux ans, alors qu'elle travaillait comme serveuse pour lui. Comme elle le raconte, il aurait commencé à la harceler à l'automne 2023. «Ça a commencé par des messages Whatsapp anodins après le travail, comme 'Bonne nuit' ou 'Rentre bien', explique-t-elle. Mais au fil de ses messages, il s'immisçait de plus en plus dans ma vie privée.»

Avec le temps, des sous-entendus sexuels auraient commencé à apparaître au travail. Un jour, le quadragénaire lui aurait confié avoir un «gros problème». «Il avait les mains dans les poches, regardait ses parties génitales et m'a demandé 'Est-ce que tu peux m'aider?'», confie la serveuse de 37 ans.

Des billets de banque pour se faire pardonner

A une autre occasion, le restaurateur lui aurait lancé un ultimatum: «Il m'a dit: 'Soit on baise, soit tu ne travailles plus ici.'» Lucja dit avoir catégoriquement refusé et menacé de démissionner, tout en continuant d'ignorer ses avances.

«
Je continuais à le croire... et je ne voulais pas démissionner car j'aimais mon travail au restaurant
Lucja G., ex-employée de Driton L.
»

Par la suite, l'employeur se serait excusé pour son comportement – parfois même à l'aide de billets de banque – et aurait assuré à son employée que cela ne se reproduirait plus. Des promesses en l'air, comme Lucja a pu le constater. «Je continuais à le croire… et je ne voulais pas démissionner car j'aimais mon travail au restaurant.»

Agression au travail

La situation se serait envenimée début 2025. Lucja est la seule serveuse du restaurant ce soir-là. Il est plus de 22 heures et seulement deux tables sont occupées. «J'ai débarrassé la table et j'ai apporté les assiettes dans la salle voisine», raconte-t-elle.

Elle raconte que lors de son entrée dans cette pièce, son chef se tient là. «Il m'a attrapée par les épaules, m'a tirée vers lui et a essayé de m'embrasser», raconte-t-elle. Elle affirme s'être défendue, lui flanquant un coup de genou entre les jambes. «J'ai réussi à me libérer, j'ai quitté le restaurant en courant et je n'y suis plus jamais retournée.»

Même après cet incident, le restaurateur serait resté fidèle à sa démarche. «Pendant deux semaines, j'ai reçu des messages d'excuses de sa part», raconte Lucja. Mais cette fois, elle ne le croit plus. Au lieu de retourner au travail, elle se rend à la police et dénonce son patron. Afin de décrire tous les événements de la manière la plus concrète possible, elle rédige un procès-verbal. Elle se met par la suite en congé maladie et reçoit son licenciement quelques mois plus tard.

Nouvelle employée, même stratagème

Peu de temps après, Zuzana* raconte avoir vécu une expérience similaire lorsqu'elle a commencé à travailler comme serveuse dans le restaurant du même restaurateur à l'été 2025.

Quelques semaines seulement après avoir commencé à travailler, elle reçoit elle aussi des messages déplacés de son chef. Dans les messages Whatsapp dont Blick a eu connaissance, il lui écrit par exemple: «je te veux» ou «je suis excité».

Zuzana réagit vite. Dans une lettre, elle écrit à son patron que ce comportement est stressant et inacceptable. Elle l'accuse également d'instaurer un climat de terreur, notamment en criant sur ses équipes.

Ses écrits semblent rester sans effet. Quelques jours plus tard, dans la nuit, il lui écrit à nouveau: «Je te veux».

Licenciement et menaces

Elle décrit une ambiance au travail particulièrement tendue. Les disputes sont de plus en plus fréquentes au restaurant, ce qui conduit le patron à licencier Zuzana. L'élément déclencheur aurait été une altercation verbale qui, selon la lettre de licenciement, a perturbé les clients et entraîné une perte de revenus.

Lorsque Zuzana signe la résiliation sur place, le restaurateur lui remet aussi une note manuscrite. «J'ai dû signer que nous résiliions le contrat de travail en bons termes et que je ne porterais pas plainte contre lui», dit Zuzana, y voyant un aveu indirect de culpabilité. Il l'aurait menacée de ne pas lui verser son salaire dû si elle ne respectait pas l'accord.

Lorsque l'argent arrive enfin sur son compte, Zuzana décide tout de même de porter plainte contre son ancien patron. Elle veut épargner à d'autres femmes le même sort, comme celui de Lucja, qu'elle a rencontrée depuis.

Le restaurateur parle d'une plaisanterie

Lorsque Blick confronte le quadragénaire à ces accusations par téléphone, celui-ci affirme que ses textos n'étaient qu'une «plaisanterie» entre lui et les deux femmes. Il souligne qu'il n'avait aucun intérêt réel pour ses employées. Après tout, il a une femme et des enfants.

Plus tard, il se justifie par écrit: «J'ai toujours géré mon entreprise en respectant les dispositions légales en vigueur et en exigeant des relations respectueuses et professionnelles». Actuellement, il n'a pas pris connaissance de plaintes en cours contre lui et ne souhaite pas en dire plus.

«
Il ne s'arrêtera pas tant que la police ne fera rien!
Lucja G., ex-employée de Driton L.
»

Interrogé par Blick, le ministère public bâlois ne veut pas non plus s'exprimer concrètement sur l'affaire. Le porte-parole souligne que «le parquet examine sérieusement toutes les plaintes déposées et mène actuellement une enquête.»

De son côté, Lucja est à bout de patience: «J'ai déposé ma plainte il y a un an… et il ne s'est toujours rien passé! Il ne s'arrêtera pas tant que la police ne fera rien!» Jusqu'ici, le restaurateur bénéficie de la présomption d'innocence.

*Prénoms modifiés

Articles les plus lus