La ministre des Finances, Karin Keller-Sutter, fait face à une forte opposition ces derniers temps. La conseillère fédérale du Parti libéral-radical (PLR) a récemment présenté de nouvelles règles pour les grandes banques, qui concernent surtout UBS. Elle cherche ainsi à éviter un nouveau cas similaire à celui de Credit Suisse.
De son côté, UBS réagit vivement et met en garde: ces réglementations seraient «extrêmes» et nuiraient à sa compétitivité sur le plan international. Lundi, la conseillère fédérale a rendu visite à Blick et nous a accordé cette courte interview.
Madame la conseillère fédérale, vous avez récemment qualifié le comportement d'UBS à votre égard et à l'égard du Conseil fédéral d'«inhabituel pour une ministre des Finances». Ce sont des propos forts.
Karin Keller-Sutter: J'ai simplement indiqué qu'un lobbying aussi intense est plutôt inhabituel en Suisse. Chacun est libre d'avoir son opinion. Cependant, il n'est pas d'usage de s'opposer aussi fermement à nos institutions. C'est une approche assez nouvelle dans les relations d'une entreprise avec l'Etat.
Avez-vous déjà été confrontée à de telles attaques auparavant?
J'ai déjà vu des campagnes de votation menées de manière très intensive — cela fait partie de la politique et il faut vivre avec. Mais le comportement d'un acteur privé faisant du lobbying avec une telle intensité est nouveau. Je n'ai d'ailleurs pas été la seule à être visée. Au final, il s’agit aussi d'un débat démocratique, et il faut pouvoir le supporter.
La réglementation bancaire va maintenant être soumise au Parlement. Quelles sont, selon vous, les chances que votre proposition soit maintenue?
Elle sera certainement soumise à de fortes pressions. Mais il faut également préciser que ces propositions sont le fruit d'une analyse approfondie de la faillite de Credit Suisse. Il ne s'agit pas d'une décision prise à la légère. Nous avons travaillé en étroite collaboration avec l'Autorité des marchés financiers (AMF), la Banque nationale suisse (BNS) et les spécialistes qui y travaillent. Nous avons ainsi élaboré une proposition qui comble précisément une lacune apparue après la crise financière de 2008 et de nouveau en 2023.
Qu'est-ce que cela signifie?
Le Conseil fédéral a rempli sa mission. C'est maintenant au Parlement de trancher. En fin de compte, tout dépend des intérêts qui prévalent: ceux des contribuables ou ceux d'UBS?
Votre propre parti, le PLR, vous contredit en partie. N'avez-vous pas été trop dure avec votre proposition?
Je suis conseillère fédérale, pas une politicienne de parti. Le Conseil fédéral doit garder à l'esprit l'intérêt général et ne peut pas s'engager pour les intérêts particuliers d'une entreprise. Notre préoccupation centrale est la stabilité financière. Nous voulons nous assurer que nous prenons des mesures qui seront efficaces lors d'une prochaine crise. Il s'agit de protéger l'économie suisse et les contribuables.
Et dans les détails?
UBS souhaite se développer aux Etats-Unis, ce qui engendre des risques pouvant, en cas d'urgence, affecter la maison mère suisse. Dans l'intérêt de l'ensemble de l'économie, il est nécessaire de garantir que les activités suisses puissent continuer à remplir leurs fonctions d'importance systémique, même en situation de crise. C'est l'objectif du Conseil fédéral. Je suis néanmoins d'avis que la stabilité financière n'est pas incompatible avec les intérêts d'UBS. Notre proposition est tout à fait supportable pour la banque, ce que confirment également les analystes ainsi que la BNS.
Ne craignez-vous pas qu'UBS déménage et que les pouvoirs publics perdent des millions d'impôts?
Nous avons perdu des millions d'impôts lorsque UBS est entrée dans la crise de 2008. Par la suite, selon ses propres déclarations, UBS n'a pas payé d'impôt sur les bénéfices pendant plusieurs années. Si l'on souhaite garantir la sécurité de l'emploi et des recettes fiscales durables, il faut veiller à assurer la stabilité de l'entreprise.
On entend parler d'une forte pression des lobbies sur les parlementaires. Comment percevez-vous cela?
Le Parlement s'est largement penché sur la gestion de la crise de Credit Suisse, notamment à travers une commission d'enquête parlementaire. A l'époque, le message était clair: «plus jamais ça». Pourtant, j'entends aujourd'hui des parlementaires dire qu'ils sont, sur le plan objectif et technique, d'accord avec l'intention du Conseil fédéral suisse de protéger l'économie nationale et les contribuables. Ils subissent toutefois en même temps une forte pression.
C'est-à-dire?
J'entends des parlementaires s'inquiéter d'une éventuelle réduction des contributions d'UBS à leur parti. Une telle pression est difficile à gérer.
Credit Suisse a subi des pertes colossales, mais a tout de même versé des milliards de bonus. Vous envisagez de réglementer cette question. Quelle orientation prendra cette réglementation?
Il s'agit de pouvoir demander le remboursement rétroactif des bonus en cas de crise. Ou qu'aucun bonus ne soit versé si la marche des affaires est mauvaise. Mais une interdiction n'est pas prévue. En fin de compte, c'est aux actionnaires de décider s'ils sont prêts à verser ces rémunérations. Après tout, ce sont des entreprises privées.
Votre année présidentielle a été marquée par les annonces de Donald Trump concernant les droits de douane imposés à la Suisse, ainsi que par les attaques directes du président américain à votre encontre. Ces attaques se poursuivent: nous négocions encore un accord avec le gouvernement américain. Etes-vous confiante?
Je ne peux pas en juger, car je ne suis impliquée d'aucune manière dans ces négociations. Celles-ci sont menées par le Secrétariat d'Etat à l'économie du département du président de la Confédération Guy Parmelin. Parallèlement aux négociations, les Etats-Unis ont ouvert une enquête contre la Suisse pour pratiques commerciales prétendument déloyales. Je ne me hasarderai pas à faire des pronostics à ce sujet.