L’épreuve de force politique autour d’UBS est lancée. La ministre des Finances Karin Keller-Sutter a posé mercredi les bases de la «Lex UBS». Son credo: «Nous voulons protéger les contribuables.» Avec la révision de la loi sur les banques, le Conseil fédéral entend tirer les leçons de la débâcle de Credit Suisse en imposant de nouvelles règles.
La mesure la plus dure et controversée: UBS devra à l’avenir couvrir entièrement ses filiales étrangères avec des fonds propres durs. Aujourd’hui, ce taux n’atteint qu’environ 45%. La banque dirigée par le CEO Sergio Ermotti a vivement critiqué le projet, jugé «extrême», non coordonné à l’international et ignorant les remarques formulées lors de la consultation.
Des mesures pas si extrêmes
Aujourd’hui, un acteur clé du sauvetage de Credit Suisse s’oppose clairement à UBS: Martin Schlegel, président de la Banque nationale suisse (BNS). Au printemps 2023, il était encore vice-président de la BNS, en charge de la stabilité financière. Depuis, il a pris la tête de l’institution et joue un rôle central pour éviter un nouveau fiasco.
Dans une interview à la NZZ, Martin Schlegel, habituellement discret sur les questions politiques, soutient sans détour les exigences du Conseil fédéral: «Les mesures envisagées ne sont pas extrêmes.» Une réponse directe aux critiques d’UBS.
Les experts bancaires sont partagés
Le chef de la BNS s’appuie sur des calculs internes: «En tenant compte des réserves, UBS dispose déjà aujourd’hui de suffisamment de fonds propres pour répondre à toutes les propositions du Conseil fédéral.» La BNS juge ainsi les mesures de la «Lex UBS» «proportionnées, ciblées et efficaces pour corriger les faiblesses».
Dans le monde des experts, les avis divergent. Corinne Zellweger-Gutknecht, professeure de droit privé et économique à l’université de Bâle, a salué ce durcissement auprès de Blick: «C’était le point central des nouvelles règles et il est essentiel de s’y tenir. La solution du Conseil fédéral est adaptée aux risques.»
A l’inverse, Martin Janssen, professeur émérite de banque à l’université de Zurich, critique vivement: «Les autorités n’ont pas analysé les conséquences de cette réglementation. Elles ignorent donc ses effets, alors que la loi fédérale l’exige précisément.»
Si ces exigences accrues pour les filiales étrangères d’UBS suscitent autant de débats, c’est qu’elles impliquent des coûts de capital nettement plus élevés. UBS devrait mobiliser 20 milliards de dollars supplémentaires. Le géant de la Paradeplatz redoute ainsi une perte de compétitivité à l’international. C’est précisément sur ce point que le patron de la BNS, Martin Schlegel, marque son désaccord.