Avec des images de travailleurs étrangers
L'UDC piégée par sa propre campagne contre la redevance SSR

Les partisans de l'initiative sur la redevance, menée par l’UDC, utilisent des photos de personnes étrangères pour promouvoir leurs idées. Des clichés provenant de Serbie et d’Ukraine soulèvent des questions sur l’authenticité visuelle de la campagne.
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Cet ouvrier est en réalité originaire de Serbie.
Photo: Screenshot
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Tobias Bruggmann et Ruedi Studer

Les partisans de l'initiative sur la réduction de la redevance, regroupés autour de l'Union démocratique du centre (UDC) et de l'Union suisse des arts et métiers, misent sur une communication fortement émotionnelle. Leur site web de campagne présente plusieurs images accompagnées de slogans percutants incitant à voter «oui» à l’initiative SSR. L'une met en scène un ouvrier du bâtiment accompagné du message: «Plus d’argent pour nos employés.»

Sauf que cette image ne vient pas de Suisse. Selon nos recherches, cet homme a été photographiée en Serbie. C'est en tout cas ce qu'indique la banque de données d'images qui a permis d'obtenir la photo, où figure un cachet de localisation. Le modèle utilisé n'est donc pas un ouvrier suisse, mais bien un modèle originaire des Balkans. 

Fausse proximité

En d'autres termes, la campagne recourt à un sujet censé créer une proximité ciblée avec les travailleurs suisses, tout en utilisant une photo prise à l'étranger. Mais ce n'est pas tout. Un autre visuel de campagne montre une mère et sa fille où il est écrit «Enfin plus d'argent pour nous tous». Cette photo n'a apparemment pas non plus été prise en Suisse. Selon les métadonnées de la banque d'images, elle provient probablement d'Ukraine.

Les photos d'illustration issues d'une base de données sont très répandues dans les campagnes de promotion, car elles sont disponibles facilement et juridiquement protégées. Mais les campagnes de votation revendiquent généralement une communication fondée sur l'authenticité et la représentativité. Pour des sujets qui font la promotion de «nos» travailleurs et de «nos» familles, l'utilisation d'images provenant de l'étranger a de quoi faire grincer quelques dents.

La défense de l'UDC

On peut dès lors se demander pourquoi l'UDC a renoncé au label de qualité suisse, pourtant si cher à son cœur. «Nous rejetons toute discussion sur l'origine de nos images, que nous jugeons motivée par le racisme», s'indigne la politicienne UDC Susanne Brunner, au nom du camp du «oui».

Selon elle, le paiement de la redevance SSR n'est pas lié au passeport ni à une nationalité. «Même les ouvriers et les employés de nationalité étrangère doivent payer cette redevance, la plus élevée au monde.» Contrairement aux opposants à l'initiative de réduction de la redevance, le comité du «oui» ne dispose que d'un budget limité, explique Susanne Brunner. Il ne peut donc pas se permettre des séances photo coûteuses et doit recourir à des images prétextes.

«Ces images d'illustration montrent que ce sont surtout les employés et les ouvriers aux salaires modestes qui profiteront le plus de la baisse de la redevance, car celle-ci n'est pas calculée en fonction du revenu, mais par ménage, explique encore Susanne Brunner. Peu importe qu'il s'agisse du ménage d'un millionnaire ou de celui d'un ouvrier aux revenus modestes. Cette initiative est donc extrêmement sociale!»

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