Faible représentation à Berne
Malgré les avancées, les personnes queer restent la cible d’attaques en Suisse

Les personnes queer restent sous-représentées à Berne malgré l’arrivée de deux nouvelles élues ouvertement queer au Parlement. «La visibilité ne doit pas reposer sur le courage individuel», estime Tamara Funiciello.
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Les personnes queer restent sous-représentées dans la politique suisse.
Photo: Imago/Panama Pictures
Patrick Gerber

Ils n'ont jamais été aussi visibles, mais restent sous-représentés au Parlement fédéral. Environ 9% de la population suisse s’identifie comme homo-, bi-, pan-, omni- ou asexuelle. Pourtant, la proportion de parlementaires qui se définissent publiquement comme queer reste bien plus faible.

Parmi eux figurent la militante LGBTQ Anna Rosenwasser (PS), Tamara Funiciello (PS), Michael Töngi (Vert-e-s), Damien Cottier (PLR), Hans-Peter Portmann (PLR) et Patrick Hässig (PVL). Lors de la session spéciale de la semaine dernière, Anna-Béatrice Schmaltz (Vert-e-s) et Laura Gantenbein (Vert-e-s) ont également fait leur entrée au Conseil national. Toutes deux sont ouvertement queer, comme l’a souligné avec fierté l’organisation lesbienne LOS sur Instagram: «Notre communauté a besoin de voix fortes qui nous rendent visibles au Parlement et défendent nos intérêts.»

Inégalités et discrimination

La présence des personnes queer au Palais fédéral progresse. Mais politiquement, beaucoup reste à faire, estiment plusieurs élu-e-s interrogé-e-s par Blick. Des études montrent que les personnes queer ont particulièrement besoin de visibilité dans la sphère politique. Les parlementaires agissent sur différents fronts. La conseillère nationale socialiste Samira Marti a notamment demandé au Conseil fédéral un rapport sur «la santé des lesbiennes, des gays et des bisexuels». L'intervention a été acceptée, mais les conclusions se sont révélées préoccupantes.

«Il existe des inégalités de santé entre les personnes LGBT et le reste de la population suisse», résume l’Office fédéral de la santé publique dans son rapport. «Ces inégalités sont particulièrement marquées dans les domaines de la santé psychique, de la consommation de substances et de la santé sexuelle.»

Le Conseil fédéral condamne clairement les discriminations et les violences liées à l’identité ou à l’orientation sexuelle. Le rapport souligne qu’il est nécessaire d’agir. Pour Tamara Funiciello, les avancées restent toutefois trop lentes. «Les questions queer continuent d’être traitées comme des sujets secondaires en politique», déplore-t-elle.

Les remarques déplacées, les blagues humiliantes ou les situations où l’on ne se sent soudainement plus en sécurité font encore partie du quotidien de nombreuses personnes. Tamara Funiciello explique être régulièrement prise pour cible en raison de son orientation sexuelle. «Comment peut-on détester le fait que des gens s’aiment?» interroge-t-elle.

Plan d'action contre les crimes de haine

Comment ce problème est-il traité concrètement sous la Coupole fédérale? L’ancien conseiller national socialiste Angelo Barrile a déposé un postulat réclamant un «plan d’action national contre les crimes de haine LGBTQ et la violence». Le Conseil national l’a accepté. Le Conseil fédéral a adopté ce plan d’action en janvier 2026. Il prévoit notamment des mesures de soutien et de protection pour les victimes, mais aussi des actions de prévention et de suivi.

Ces mesures apparaissent nécessaires. Malgré «des progrès significatifs en matière d’égalité et de droits des personnes LGBTIQ», leur quotidien reste encore marqué par la discrimination et la violence, reconnaît le Conseil fédéral. Le plan d’action prévoit douze mesures pour tenter d’y répondre.

Le long parcours de l'adoption

Pour Tamara Funiciello, de nombreuses inégalités persistent encore. «Il n’est pas normal que des couples de lesbiennes doivent toujours adopter leurs propres enfants», affirme-t-elle. Aujourd’hui, les couples homosexuels doivent vivre ensemble au moins trois ans avant de pouvoir adopter l’enfant de leur partenaire. Pendant cette période, l’enfant ne bénéficie d’aucune protection juridique, critique la conseillère nationale.

Le Conseil national a approuvé, lors de la session de printemps, un projet du Conseil fédéral visant à faciliter «l’adoption de l’enfant du conjoint par les parents d’intention». Le texte a même été élargi avant d’être transmis au Conseil des Etats. Tamara Funiciello s’attend toutefois à ce qu’il soit rejeté.

Malgré cela, elle se montre prudemment optimiste. «Le mouvement queer féministe a déjà obtenu énormément ces dernières années», souligne-t-elle. Elle cite notamment les avancées liées au droit à l’avortement, au mariage pour tous ou encore à la révision du droit pénal sexuel. «Ce ne sont pas des évidences. Ce sont des droits acquis.»

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