«Une promesse vide de sens»?
L'école inclusive divise profondément les enseignants

Une enquête menée auprès de 10'000 enseignants alémaniques révèle que 51% soutiennent l'école inclusive, mais 57% jugent les ressources insuffisantes. La LCH demande plus de moyens pour éviter une «promesse vide de sens».
Dagmar Rösler, présidente de l'Association suisse des enseignants (LCH), le 13 août 2026 à Berne.
Photo: KEYSTONE
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ATS Agence télégraphique suisse

L'école inclusive divise le corps enseignant. Une moitié y est favorable, l'autre est critique. Ce scepticisme résulte de ressources jugées insuffisantes, selon une enquête présentée jeudi par le syndicat des enseignants alémaniques Lehrerinnen und Lehrer Schweiz (LCH).

Si le principe de l'école inclusive n'est pas fondamentalement remis en cause, ses conditions de mise en œuvre suscitent un large scepticisme. Une enquête représentative menée auprès de plus de 10'000 enseignants de Suisse alémanique révèle que 51% d'entre eux y sont favorables, contre 48% qui se montrent critiques.

Ce clivage n'est pas le signe d'un manque de volonté, mais «le résultat de ressources insuffisantes ou mal réparties», a expliqué Dagmar Rösler, présidente de l'Association faîtière des enseignantes et enseignants de Suisse (LCH), lors de la présentation de l'étude. L'enquête, réalisée par l'institut gfs.bern, montre que 80% des enseignants interrogés ressentent une charge de travail nettement plus importante due à l'intégration d'élèves à besoins particuliers.

Bien que 84% des sondés estiment que l'intégration dans les classes ordinaires est une réalité structurelle, les moyens n'ont pas suivi. En moyenne, les classes comptent 18 élèves, dont sept présentent des besoins de soutien spécifiques. Or, 57% des enseignants jugent l'aide proposée insuffisante.

Le poids des ressources

L'étude met en évidence une corrélation directe entre les moyens à disposition et la perception de l'école inclusive. «Ceux qui jugent le soutien suffisant évaluent plus positivement l'école inclusive», a relevé Urs Bieri, codirecteur de gfs.bern. Selon lui, les résultats de l'enquête ne représentent pas des «voix isolées, mais une image très large et fiable du milieu professionnel».

Malgré les difficultés, des aspects positifs sont reconnus. Environ quatre cinquièmes des personnes interrogées estiment que les classes hétérogènes favorisent le développement des compétences sociales. Deux tiers des enseignants trouvent également gratifiant de constater les progrès des élèves intégrés.

Cinq pistes pour sortir de l'impasse

Face à ce constat, la LCH formule cinq revendications pour améliorer la situation. L'association demande tout d'abord une accélération des procédures administratives afin de réduire les délais entre une demande de soutien et sa mise en œuvre effective.

Elle plaide ensuite pour des ressources plus flexibles, qui ne seraient pas uniquement liées à des diagnostics formels mais tiendraient compte des besoins pédagogiques réels d'une classe. La troisième piste concerne la gestion de la taille des classes: pour 92% des sondés, une réduction des effectifs est nécessaire dès que des enfants à besoins particuliers sont intégrés.

La LCH appelle également à un renforcement des ressources en personnel spécialisé et en temps de planification, notamment pour les enseignants titulaires et ceux du premier cycle du secondaire, qui se sentent particulièrement sous pression. Enfin, l'association propose la création de structures séparées et temporaires, comme des «îlots scolaires», pour accueillir les élèves qui perturbent fortement les cours.

Le message de la LCH aux responsables politiques est clair: «ceux qui prônent l'intégration doivent également la financer». Sans un engagement financier conséquent, l'école inclusive risque de rester une «promesse vide de sens», au détriment de la santé des enseignants et de la qualité de l'éducation.

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