Vera Çelik, jeune politicienne du Parti socialiste (PS), est la première parlementaire de Suisse alémanique à porter le voile. Elle a récemment été élue au conseil municipal de Zurich. Déjà remarquée au niveau national, elle a proposé au mois de février au congrès du PS à Bienne que les enseignantes puissent porter le voile en Suisse. Les délégués avaient alors adopté sa résolution.
Cette décision marque un virage radical au sein du Parti socialiste. Jusqu'ici, une branche non négligeable du parti de gauche considérait le port du voile comme un symbole potentiellement misogyne, bien souvent synonyme de soumission. La question du voile risque-t-elle donc de créer la zizanie au sein du PS?
«Ma position était jugée raciste»
En Suisse orientale, le premier choc est déjà survenu: le conseiller cantonal saint-gallois Bernhard Hauser quitte le PS avec effet immédiat pour rejoindre les Vert'libéraux, rapporte le «St. Galler Tagblatt». «Selon certaines rumeurs au sein du parti, ma position était jugée raciste, a-t-il déclaré. Cette intolérance envers une politique laïque et séculière me semble totalement injustifiée et ne reflète pas l'opinion de nombreux électeurs du PS!»
Il est révélateur que le débat refasse surface dans le canton où il avait été relancé l'an dernier: à l'été 2025, une jeune enseignante portant le voile avait été licenciée d'une école primaire d'Eschenbach avant même de commencer à travailler, suite aux protestations de plusieurs parents d'élèves.
Pour Bernhard Hauser, sa démission du parti marque la fin d'une longue période de tensions. L'élu avait déjà provoqué des frictions à plusieurs reprises, notamment par sa position sur l'initiative pour la responsabilité environnementale ou ses critiques publiques concernant justement le port du voile par les enseignantes. La direction régionale du parti avait d'ailleurs annoncé qu'elle ne le soutiendrait plus lors des prochaines élections.
Une question libérale?
Mais cela marque-t-il réellement un nouveau chapitre du conflit entre la ligne officielle du parti et ses tendances plus libérales? «Cela n'a rien à voir! L'idée d'une éducation publique, obligatoire et la plus indépendante possible, notamment vis-à-vis des pouvoirs religieux, est profondément socialiste, a déclaré Benoît Gaillard, conseiller national socialiste vaudois. J'ai d'ailleurs eu le sentiment que ma position était tout à fait respectée au sein du parti.»
C'est aussi le ressenti de la conseillère aux Etats soleuroise Franziska Roth. La parlementaire, qui incarne plutôt la tendance libérale du PS, voit également le voile chez les enseignants d'un mauvais œil. «Les symboles religieux n'ont rien à faire dans une salle de classe, affirme cette pédagogue curative de formation. L'école est une communauté où la liberté de chacun est forcément limitée par celle d'autrui.»
Le Tribunal fédéral l'avait déjà interdit
Franziska Roth s'appuie également sur une décision du Tribunal fédéral: en 1997, celui-ci a considéré que l'interdiction du voile pour une enseignante à Genève était légitime. En 2001, la Cour européenne des droits de l'homme a également soutenu cette décision.
Selon la conseillère aux Etats, les écoles primaires font face au même défi avec les églises libres ou les communautés non ecclésiastiques, comme les Témoins de Jéhovah. «Il est tout à fait possible de faire du prosélytisme religieux dans les classes de manière plus discrète», affirme-t-elle, ajoutant qu'il est impératif d'y mettre un terme.
A Zurich, la ligne se durcit
Le voile de Vera Çelik a déjà fait parler de lui. A peine élue, la jeune politicienne de 20 ans a notamment été encensée par les médias d'Etat turcs. La conseillère municipale s'est cependant démarquée clairement de l'appareil conservateur turc du président Recep Tayyip Erdogan. «En tant que politicienne suisse, je n'ai aucun lien avec la politique turque», a-t-elle déclaré.
Contrairement au PS, le canton de Zurich, où Vera Çelik est active, semble se diriger vers un durcissement en ce qui concerne le voile dans les écoles. Le Conseil d'Etat soutient en effet une initiative de l'Union démocratique du centre (UDC) visant à l'interdire non seulement pour les enseignantes, mais aussi pour les élèves. A Saint-Gall, l'UDC a déjà présenté une proposition similaire.