Quand Martin Tschanz prend le micro, même les pendulaires les plus pressés lèvent les yeux de leur téléphone. Selon l’ambiance et la situation, le contrôleur CFF ajoute volontiers quelques mots en dialecte bernois après les annonces officielles. Par exemple: «Mesdames et Messieurs, nous avons actuellement six minutes de retard. J’ai vérifié dans le système et vu que nous devrions arriver à Berne avec seulement deux minutes de retard. Si quelque chose devait encore changer, je vous en informerais immédiatement. Comme ça, vous arriverez à l’heure pour le café. Merci beaucoup.»
Avec cette petite touche d’humour en prime, les visages se détendent. Au fil de sa carrière, Martin Tschanz a reçu de nombreux courriers de voyageurs, avec souvent le même message: «Vous nous avez redonné le sourire.»
«J’ai trouvé mon style»
Les annonces dans les trains sont d’ailleurs un vrai sujet de débat, même à Berne. Trop longues, trop détaillées, parfois dans un anglais jugé maladroit: les critiques ne manquent pas. Martin Tschanz, lui, défend l’usage de l’anglais sur les lignes touristiques, tout en mettant une limite. «Il ne faut pas exagérer.»
Il a commencé à personnaliser ses annonces en dialecte il y a une quinzaine d’années, dans deux trains supplémentaires entre Zurich et Berne. «Avec le temps, j’ai trouvé mon style.» Pour lui, impossible toutefois de transformer cette manière de faire en règle. «Ça doit venir du cœur.» Lorsque les CFF ont voulu privilégier pendant un temps les annonces enregistrées, il n’a pas changé ses habitudes. «L’ambiance dans le train est beaucoup plus détendue comme ça.»
«Kondi» depuis 1981
Aujourd’hui, les CFF parlent officiellement d’«accompagnateur clientèle». Martin Tschanz, lui, préfère encore se définir comme un «Kondi», le terme familier allemand pour désigner un contrôleur. Il travaille sur le rail depuis 1981 et prendra sa retraite à la fin de l’année. Son dernier service est déjà derrière lui. Il écoule désormais ses heures supplémentaires.
Les voyageurs devront donc bientôt faire sans ses annonces personnalisées en direction de la «capitale du carnaval» pour Bâle, de la «magnifique ville des lumières» pour Lucerne ou de la «ville industrielle au bord de la Limmat» pour Zurich.
Sa cravate est ornée de pins aux couleurs de la Norvège et de la Suède. Cela n’a jamais posé problème, malgré son uniforme des Chemins de fer fédéraux suisses. «Au contraire, c’est souvent un bon moyen d’engager la conversation.»
«J’ai vu 106 lions»
A son oreille, il porte aussi un lion. «Je suis allé en Afrique et j’ai vu 106 lions.» En Afrique du Sud, il a évidemment choisi le train pour se déplacer, à bord d’un convoi à vapeur historique reliant Le Cap à Pretoria.
Même à l’approche de la retraite, Martin Tschanz reste cheminot dans l’âme. Il met en garde contre les programmes d’économies et observe avec inquiétude la situation en Allemagne. Selon lui, jusqu’en 1994, la Deutsche Bundesbahn arrivait encore à l’heure à la gare badoise de Bâle et à Schaffhouse. Puis la privatisation est arrivée et la ponctualité s’est dégradée. Un problème qui, à ses yeux, n’a toujours pas été résolu.