Ceux qui n’ont jamais connu un monde sans Google vont-ils vivre assez longtemps pour en voir un où il ne règne plus en maître? La question n’est pas si saugrenue. En Suisse, plus de 40% des personnes qui connaissent les chatbots disent déjà utiliser ChatGPT, Perplexity, Gemini et autres pour effectuer des recherches sur le web sans passer par un moteur de recherche classique. Autrement dit, une part croissante de la population préfère désormais une réponse directe qu'une liste de liens.
C’est l’un des principaux enseignements d’une enquête représentative publiée jeudi par Comparis. Elle montre à quel point l’intelligence artificielle s’est installée dans le quotidien à une vitesse fulgurante. En 2024, une personne sur deux utilisait des outils d’IA. En 2026, elles sont désormais 76,1% en Suisse à recourir à des chatbots comme ChatGPT et consorts.
Surtout les jeunes, formés, aisés
La progression est particulièrement marquée chez les jeunes. Parmi les 18-35 ans, 90,1% utilisent déjà ces outils. Le taux tombe à 81,6% chez les 36-55 ans, puis à 52,1% chez les plus de 56 ans. Les personnes au bénéfice d’un niveau de formation élevé, les ménages à hauts revenus et les foyers de plusieurs personnes y ont aussi davantage recours.
Une autre fracture apparaît sur le plan régional. La Suisse romande se montre plus friande d’IA que la Suisse alémanique. 81,6% des Romands utilisent ces outils, contre 74,1% outre-Sarine.
Google voué à disparaître
Mais le chiffre qui frappe le plus concerne l’usage même de ces assistants. Parmi les personnes qui connaissent déjà les chatbots, 41,6% les utilisent pour chercher des informations sur internet à la place de Google ou Bing. En 2024, cette proportion n’était encore que de 27,2%. Pour Jean-Claude Frick, expert numérique chez Comparis, prédit une tendance carrément pessimisste. «Les moteurs de recherche classiques, qui ne font que proposer des liens, sont sous pression et vont disparaître», estime-t-il.
Le chatbot n’est d’ailleurs plus seulement un gadget pour curieux ou technophiles. Il s’invite aussi dans le travail quotidien. En 2026, 31,4% des utilisatrices et utilisateurs s’en servent pour rédiger des textes ou produire des résumés, contre 26,6% l’an dernier.
Attention aux données délicates
Cette banalisation n’efface toutefois pas la méfiance. Certaines données restent nettement plus sensibles que d’autres. Plus d’une personne sur deux refuse de partager avec une IA des informations liées à sa santé, surtout mentale, mais aussi physique.
ChatGPT et compagnie ne sont pas les seuls à ne pas inspirer confiance pour partager ces informations. Les utilisateurs, d'ailleurs, surtout les femmes, n'ont pas envie de partager ces informations avec les robots interactifs de leurs assureurs ou prestataires de soins de santé.
A l’inverse, dès qu’il s’agit de demandes simples, le robot passe plutôt bien. Suivre l’état d’une livraison? Plus de 70% des personnes interrogées acceptent. Poser une question sur un produit ou un service? 58% préfèrent même passer par un chatbot.
Comparis livre toutefois quelques conseils pour les consommateurs.
- Supprimez votre historique
ChatGPT et ses concurrents personnalisent les réponses encore plus fortement que lors d’une
recherche sur Google en mode navigation non privée. Afin d’obtenir des résultats aussi neutres
que possible, il est recommandé de supprimer l’historique ou d’utiliser le mode navigation privée,
p. ex. sur Perplexity. - Posez des questions anonymes
Si vous avez besoin d’informations sur des problèmes de santé ou des troubles psychiques et que
vous souhaitez utiliser à cette fin des chatbots IA tels que ChatGPT, il est préférable de ne pas
parler de vous-même, mais de tiers. Le fameux «Mon ami souffre de...» - Veillez à la protection des données
Les chatbots d’IA sont des outils pratiques pour analyser, résumer et traiter des documents. Avant
de télécharger un document, il faut vérifier s’il contient des données sensibles. Ces
données doivent être anonymisées au préalable, avant d'être absorbées par le chatbot.