«La situation devient précaire»
Deux experts décryptent la crise du kérosène en Suisse et ses conséquences

La guerre en Iran et le blocage du détroit d'Ormuz provoquent une pénurie mondiale de kérosène. Face à la hausse des coûts, des compagnies comme Lufthansa réduisent fortement leurs vols, une tendance qui pourrait durer plusieurs mois.
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La crise persistante du kérosène pourrait avoir de lourdes conséquences sur les vacances d'été.
Photo: ADRIAN BRETSCHER
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Daniel Macher

La situation dans le ciel s'assombrit: la guerre en Iran et le blocus du détroit d'Ormuz ont déclenché une pénurie mondiale de kérosène. De nombreuses compagnies aériennes réagissent, dont Swiss. Sa maison mère, Lufthansa, a annoncé dans un communiqué qu'elle réduirait drastiquement son programme de vols au moins jusqu'en octobre. 

Au total, 20'000 vols court-courriers seront annulés. Auparavant, la maison mère de Swiss avait déjà immobilisé sa filiale régionale, CityLine. Quant à Edelweiss, compagnie sœur de Swiss, elle tente actuellement de limiter les dégâts en annulant ses vols vers les Etats-Unis. Et ce n'est pas tout: la compagnie aérienne de luxe Beond a également réduit certaines de ses liaisons au départ de Zurich.

Plus rien d'ici la fin mai

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) tire la sonnette d'alarme: l'Europe pourrait être confrontée à une pénurie de kérosène d'ici la fin du mois de mai. Selon le «Tages-Anzeiger», les réserves obligatoires de carburant d'aviation de la Suisse ne suffisent que pour 72 jours, soit moins que les trois mois requis par la loi.

«Nous ne sommes pas encore confrontés à des annulations massives, mais plutôt à un ajustement ciblé des horaires de vol», explique un observateur du secteur. Mais de nombreuses personnes se posent désormais la question: mes vacances d'été sont-elles en danger?

«C'est le consommateur qui en subira les conséquences»

Des compagnies aériennes comme Swiss, Edelweiss et Lufthansa insistent sur le fait que leurs approvisionnements en carburant sont actuellement «sécurisés», notamment parce qu'elles ont déjà acheté du carburant l'année dernière à des prix fixes. Mais Heiner Lüscher, ancien pilote suisse, nuance: «Ces contrats garantissent des volumes et des tarifs précis, certes, mais pas une priorité de livraison. Les compagnies pétrolières pourraient même hésiter à livrer à ces conditions si les prix du marché augmentent.»

Ce problème apparaît clairement avec les récentes mesures d'économies prises par Lufthansa. Les compagnies aériennes opèrent avec des marges très limitées, qui peuvent se dégrader rapidement.

Les réserves obligatoires de kérosène en Suisse constituent un filet de sécurité essentiel, mais pas une totale garantie. «Il est absolument vital pour la survie du secteur que le gouvernement fédéral se déclare prêt à puiser dans ces réserves si nécessaire», ajoute Hansjörg Egger, expert du secteur aérien.

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Si la situation perdure, les réserves continueront de diminuer
Hansjörg Egger, expert du secteur aérien
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Pour lui, le chiffre de 72 jours n'est pas rassurant et constitue un vrai signal d'alarme. «La pénurie est bien réelle, la situation devient précaire et, en fin de compte, c'est le consommateur qui en subira les conséquences. Si la situation perdure, les réserves continueront de diminuer et la planification des vols s'adaptera progressivement en conséquence.»

Les vols long-courriers sont les plus menacés

En réalité, les compagnies aériennes ajustent déjà leurs plans. «Elles en profitent pour supprimer les vols peu remplis ou peu réservés, explique Heiner Lüscher. Elles peuvent invoquer des circonstances exceptionnelles pour alléger leur obligation de transport. Les vols long-courriers, très gourmands en kérosène, sont les plus exposés.»

Les liaisons aériennes vers ou au-dessus du Moyen-Orient et de l'Extrême-Orient sont particulièrement touchées, car certains espaces aériens, comme ceux de l'Iran ou du Soudan, sont évités pour des raisons de sécurité. «De nombreuses zones sont contournées, ce qui impose de longs détours et surcharge les couloirs encore ouverts, explique Hansjörg Egger. L'appareil consomme alors plus de carburant et les coûts augmentent.»

Lorsque celui-ci se raréfie, les compagnies aériennes prennent également des mesures sur d'autres itinéraires. «Les vols vers des destinations peu rentables, voire non rentables, sont alors annulés», poursuit l'expert.

La loi du marché

Mais alors, quelles conséquences cela aura-t-il pour les vacances d'été? «Quiconque entreprend un long vol dans le contexte actuel doit être conscient du risque de se retrouver bloqué ou de devoir acheter des billets retour onéreux», avertit Hansjörg Egger.

Quant à ceux qui n'ont encore rien réservé, ils doivent s'attendre à des billets plus chers: «Si l'offre diminue et que la demande pour les vols restants demeure forte, voire augmente, les prix grimperont. C'est la loi du marché», conclut Hansjörg Egger. Cependant, les deux experts estiment actuellement que les vols vers les destinations balnéaires européennes classiques présentent un risque nettement inférieur à celui des vols vers des destinations plus lointaines. 

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