Près de 72'000 Ukrainiens bénéficiant du statut de protection S vivent en Suisse et les 18–64 ans sont tenus, dans la mesure du possible, de travailler. Le ministre socialiste de l’Immigration, Beat Jans, s'était fixé un objectif pour la fin de l'année 2025: 50% des personnes présentes en Suisse depuis au moins trois ans devaient avoir trouvé un emploi.
Il s'avère désormais que la Confédération est passée à côté de son objectif… mais de justesse! Fin novembre, le taux d'emploi correspondant était d'environ 46%. L'objectif a donc presque été atteint. Mais cette année, il devrait l'être définitivement.
«Les cantons qui n'ont pas atteint leur objectif doivent maintenant faire des efforts supplémentaires et présenter des plans de mesures, explique Magdalena Rast du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) à Blick. Le Conseil fédéral attend de tous les acteurs impliqués que le taux d'emploi soit encore augmenté d'ici fin 2026.»
Tous les cantons n'ont pas le même succès
Les cantons sont chargés de l'insertion professionnelle des demandeurs d'asile. En contrepartie, ils reçoivent une allocation forfaitaire de 3000 francs suisses par personne et par an, utilisée notamment pour financer des cours d'allemand.
Cependant, certains cantons sont en retard par rapport à l'objectif fixé. Les plus petits comme Appenzell Rhodes-Intérieures (71%), Obwald (56%) ou Nidwald (51%) font partie du peloton de tête. En revanche, les cantons de Genève (18%), du Tessin (20%) ou de Neuchâtel (21%) traînent la patte.
Les objectifs varient
Toutefois, le nouvel objectif de 50% s'applique à la moyenne suisse, chaque canton ayant ses propres exigences. Outre la durée de séjour des réfugiés, le taux de chômage est également pris en compte.
Pour Genève, l'objectif n'est donc que de 31,4%, comme l'explique Guillaume Renevey du département des affaires sociales compétent. Actuellement, 23,2% sont atteints. Depuis la mise en œuvre d'un plan d'action dédié, le canton enregistre une progression constante des créations d'emplois. L'objectif du canton de Vaud est également ambitieux, à 33,6%. Avec ses 33,3% fin novembre, le canton a de bonnes chances d'atteindre ses objectifs, selon Frédéric Rouyard, du département des Affaires économiques.
De son côté, Bâle-Ville considère que son objectif de 34,4% a été largement dépassé, avec son taux de 45,2% fin 2025, comme l'explique Sonja Körkel du Département des affaires économiques. Les chiffres sont encore plus élevés dans d'autres cantons, tels que Soleure (49,6% fin novembre) ou celui d'Argovie (56,4%). Le SEM devrait présenter les derniers chiffres de l'année écoulée et redéfinir les objectifs cantonaux à la mi-février.
Des obstacles importants à venir
L'intégration des réfugiés ukrainiens dans le monde du travail continue de poser d'importants défis aux cantons. «Le marché suisse est, dans certains domaines, très exigeant, ce qui explique les nombreuses barrières à l'entrée, explique Magdalena Rast. De plus, contrairement à d'autres pays européens, l'anglais n'est pas couramment parlé ici. Il est donc indispensable d'apprendre au préalable l'une de nos langues nationales.»
C'est un fait: la langue est une clé importante dans de nombreux secteurs en Suisse. Le marché du travail vaudois, par exemple, est par exemple très orienté vers le secteur des services, explique Frédéric Rouyard. «Celui-ci requiert des connaissances solides en français.»
La volonté des entreprises d'embaucher ces personnes constitue également un obstacle. «Le statut de protection S, qui est actuellement encore orienté vers le retour, représente pour les entreprises une incertitude en matière de planification», explique Sandra Olar du Département de l'économie publique d'Argovie.
Même son de cloche à Bâle: la plus grande difficulté réside toujours dans les perspectives de séjour incertaines, selon Sonja Körkel. «Nombre de ces personnes ne savent pas si elles pourront rester ici l'année suivante. Cette situation est très difficile pour les personnes directement concernées, mais pose aussi problème aux employeurs.»