Une fois par an, le canton d’Uri ferme les cols de l’Oberalp et de la Furka à la circulation. Les passionnés peuvent alors parcourir les routes de montagne à vive allure au volant de voitures de sport et de modèles de collection. Mais cette escapade alpine est réservée aux plus fortunés, puisque le billet coûte plus de 10’000 francs.
L’organisation environnementale Pro Alps dénonce surtout la portée symbolique de cet événement luxueux. Selon elle, fermer des cols pour célébrer la voiture comme objet de prestige va à l’encontre des objectifs climatiques. La manifestation perturberait également les habitants et l’espace alpin, particulièrement fragile. Pro Alps a donc sélectionné cet événement consacré aux supercars pour le «Teufelsstein», soit «La Pierre du Diable». Avec ce prix satirique, l’organisation épingle les projets qui favorisent inutilement le trafic automobile dans les Alpes.
Outre l’événement uranais, quatre autres projets sont dans le viseur des défenseurs des Alpes. Parmi eux figure le parking de Stöckalp, à Melchsee-Frutt (OW). En novembre dernier, la corporation de Kerns a approuvé un crédit de 8,2 millions de francs pour agrandir le site. Sa capacité doit passer de 232 à 416 places. Pro Alps regrette que les autorités renforcent encore le trafic automobile au lieu d’investir dans les transports publics.
Des voitures de sport sur le lac de Saint-Moritz
L’«I.C.E. St. Moritz» est lui aussi pointé du doigt. Lors de cet événement, des véhicules de luxe sont exposés sur le lac gelé de Saint-Moritz. L’an dernier, la manifestation a provoqué d’importantes perturbations de la circulation en Haute-Engadine. Une partie des quelque 50 véhicules présentés sont acheminés par avion depuis les Etats-Unis ou le Japon, avant d’être transportés par camion jusqu’en Engadine.
Le Magic Pass figure également sur la liste. Cet abonnement saisonnier donne accès à une centaine de domaines skiables et de remontées mécaniques à bas prix. Selon Pro Alps, l’offre encourage fortement les excursions à la journée. D’après son directeur Laurent Travelletti, plus de 90% de la clientèle se rend sur place en voiture. L’organisation estime que le concept ne tient presque pas compte des moyens de transport utilisés pour rejoindre les stations, ce qui entraîne des parkings saturés et des routes encombrées lors des journées de forte affluence.
Le dernier candidat au «prix de la honte» est le «Grand Tour de Suisse». Suisse Tourisme a lancé cet itinéraire de 1643 kilomètres en 2015. Le parcours invite les voyageurs à traverser toutes les régions du pays en voiture ou à moto, notamment par de nombreux cols alpins. Pro Alps reproche à cette campagne nationale d’encourager les visiteurs à découvrir la Suisse principalement au volant. Le public peut encore voter pour le «Teufelsstein» sur le site de Pro Alps jusqu’au 31 août 2026.