Un conflit de voisinage dégénère
«J’ai l’impression d'être face à la mafia, en Sicile!»

A Vättis, un village du canton de Saint-Gall, un mur suscite une guerre de voisinage vieille de plusieurs années. Regina Jäger accuse ses voisins et les autorités d’inaction; la commune estime au contraire avoir tout tenté pour apaiser le conflit.
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A Vättis, dans le canton de Saint-Gall, Regina Jäger est en conflit avec ses voisins.
Photo: Sandro Zulian

En bref

  • A Vättis dans le canton de Saint-Gall, Regina Jäger et la famille M. sont en conflit au sujet d'un mur construit à la limite entre deux propriétés
  • Les tribunaux ont donné raison à la famille M.; les recours de Regina Jäger ont échoué
  • Les autorités estiment que le nouveau mur est conforme, mais Regina Jäger souhaite poursuivre son combat
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Sandro Zulian

Dans la vallée de Tamina, dans le canton de Saint-Gall, au pied du massif du Calanda, tout semble paisible. A Vättis, un petit village isolé des Alpes suisses, les rues étroites ne sont traversées que de temps à autre par quelques cyclistes. Mais les apparences sont trompeuses: depuis quelque temps, un conflit de voisinage pour le moins absurde agite le village.

Autrefois en bon termes, les familles Jäger et M.*, qui vivent à Vättis, ne s’adressent aujourd’hui plus la parole.

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Sur la façade de la maison en bois de la famille M.*, plusieurs caméras de surveillance sont braquées sur la propriété voisine. Depuis leur balcon, Regina Jäger et sa fille surveillent elles aussi la maison d'en face, non sans méfiance.

Regina Jäger a contacté Blick après un événement survenu à la fin du mois de septembre: des excavatrices sont soudainement arrivées pour ériger un mur, juste sous ses yeux. Au passage, sa haie de buis et sa clôture en bois ont été arrachées sans ménagement. Depuis, le jardin de sa fille est presque entièrement privé de soleil. «Le jardin est maintenant sens dessus dessous», déplore Regina Jäger.

La voisine menace Blick de porter plainte

Après plusieurs décennies d'expérience dans le domaine de l'assurance des bâtiments et de la mensuration, Regina Jäger, a alerté la police ainsi que le service des constructions de la commune de Pfäfers, dont dépend le village de Vättis. «Mais personne ne nous aide», regrette la septuagénaire.

Selon la retraitée, un mur construit directement à la limite entre deux propriétés n'est pas conforme à la réglementation. «Il faut respecter une distance minimale de 50 centimètres par rapport à la limite de propriété», affirme-t-elle.

Sur ce point, Regina Jäger n'a pas tout à fait tort. Si les éléments en forme de «L» installés à la limite de son terrain servent à retenir la terre, ils sont considérés comme un mur de soutènement. Dans ce cas, un recul de 50 centimètres par rapport à la limite de propriété ainsi qu'un permis de construire seraient nécessaires.

Le service des constructions de la commune de Pfäfers avance toutefois une autre interprétation: selon lui, le mur en question n’a «aucune fonction de soutènement». Il peut donc atteindre 1,80 mètre de haut et être construit directement à la limite de la propriété.

La vue depuis le jardin de Regina Jäger.
Photo: Sandro Zulian

Sur le chantier, la voisine, Petra M.*, échange brièvement avec Blick. Elle interdit toutefois formellement de prendre des photos. «Sinon, je porte plainte immédiatement!», lance-t-elle. De nouveaux rebondissements dans un conflit de voisinage qui dure depuis plusieurs années déjà.

Une querelle interminable

Dès 2022, la famille de Petra M. a entrepris la construction de sa maison en bois. Au départ, tout se déroulait sans problème, mais les relations avec les voisins se sont rapidement tendues. En cause: un désaccord sur la limite séparant les deux propriétés. Chacune des deux familles revendique une petite bande de terre située entre leurs parcelles. La famille M. a fini par porter l'affaire devant la justice.

En 2025, le tribunal d’arrondissement de Werdenberg-Sarganserland a rendu une première décision défavorable à Regina Jäger. Sur la base des plans et des mesures effectuées par un géomètre, il a estimé que la bande de terrain contesté appartenait à la famille M.

La clôture et la haie de buis de Regina Jäger doivent disparaître – même si la première était déjà là depuis des décennies et que la limite avait autrefois été «jugée correcte», selon la septuagénaire.

Regina Jäger a alors fait appel de cette décision devant le tribunal cantonal de Saint-Gall. Mais faute d’avoir versé l’avance de frais demandée, son recours a été rejeté sans être examiné sur le fond. Le tribunal a rendu cette décision en janvier 2026.

Le conflit arrive jusqu’au Tribunal fédéral

L’affaire est ensuite portée devant le Tribunal fédéral. Un mois plus tard, les juges fédéraux estiment que le recours de Regina Jäger ne contient «ni griefs constitutionnels explicites, ni éléments permettant d'en déduire de tels arguments». Ils jugent également que son argumentation se résume à «diverses affirmations». Leur conclusion est sans appel: «Il n’est pas entré en matière sur le recours.»

Entre les deux familles, les tensions ne cessent de s'aggraver. Regina Jäger a alerté à plusieurs reprises la police au sujet de travaux que son voisin aurait effectué après 22 heures pendant les jours de semaine et le dimanche. Elle reproche également à la famille M.* d’avoir installé des projecteurs qui la dérangent.

L'objet de la discorde: le projecteur des voisins.
Photo: zVg

Regina Jäger et sa fille dénoncent ce qu'elles appellent la «terreur lumineuse» exercée par leur voisin. Selon elles, ces projecteurs les empêchent de dormir. La retraitée a également porté plainte pour vol. Elle accuse ses voisins d'avoir scié puis emporté un tuyau qu'elle installé au niveau de la borne délimitant les deux propriétés. «J’ai l’impression de me retrouver face à la mafia, en Sicile!», s'exclame-t-elle.

Les autorités sont dans l'impasse

Sollicitées, la commune et la police semblent, elles aussi, avoir baissé les bras. Regina Jäger se bat avec acharnement, mais donne l'impression de lutter contre des moulins à vent. Le porte-parole de la police cantonale, Milo Frey, confirme que des patrouilles «se sont rendues à plusieurs reprises à Vättis au cours des dernières années». A ces interventions s’ajoutent d’innombrables courriels et appels téléphoniques.

Le président de la commune de Pfäfers, Josef Riederer, assure que tout a été tenté pour trouver une issue au conflit avec Regina Jäger. «Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à faire évoluer son attitude, profondément négative et hostile», explique-t-il.

Josef Riederer est le président de la commune de Pfäfers.
Photo: zVg

Dans une lettre adressée à Regina Jäger, que Blick a pu consulter, le président de la commune lui recommande de tourner la page: «La famille a désormais sa nouvelle maison ici. Il serait souhaitable que vous la laissiez enfin vivre en paix.»

Mais Regina Jäger n'entend pas en rester là. Malgré ses revers successifs devant les différentes autorités, elle veut poursuivre son combat. Excédée par le mur qui se dresse juste devant elle, elle a récemment demandé à la commune de rendre une décision formelle, qu'elle pourra contester. Face au refus de celle-ci, elle a une nouvelle fois saisi le Département cantonal des travaux publics. Le conflit semble donc bien loin de se terminer.

*Nom modifié

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