Whitney Toyloy, vous avez été Miss Suisse en 2008. Quel est votre parcours en dehors de ce titre qui vous a fait connaître du grand public?
J’ai un bachelor de l’Ecole hôtelière de Lausanne. J’ai travaillé dix ans dans différentes entreprises dans le marketing et la communication. J’ai d’abord utilisé les réseaux sociaux comme un à-côté, mais il y a deux ans, j’ai décidé d’en faire mon activité à 100%, en indépendante. Je suis désormais créatrice de contenu. J’ai développé mon podcast, intitulé «A dimanche», et j’ai écrit mon premier livre, «L’âge de comprendre». J’organise aussi des événements sportifs pour les femmes, le prochain aura lieu à Tenerife du 10 au 15 septembre.
Qu’est-ce qui a été le déclencheur dans l’envie de réaliser un podcast?
Je suis une grande bavarde. Cela m’était reproché à l’école et c’est devenu une force. Mon podcast n’étonne donc personne (rires). L’idée a germé il y a plus de deux ans. Je suis un peu la «bonne copine» sur les réseaux sociaux, beaucoup de filles se confient à moi. Beaucoup de femmes me disent que mon contenu leur fait du bien. C’est aussi un espace pour se sentir moins seule et mettre des mots sur certains ressentis.
Vous dites que vous vous posiez beaucoup de questions, enfant. Quel tempérament aviez-vous?
Je m’interrogeais sur la vie, c’est vrai. C’est là que sont nées mes premières angoisses, car je gardais tout en moi. Je l’évoque dans mon livre, j’avais une peur bleue de la mort et, potentiellement, de celle de mes parents. Je suis d’une nature anxieuse. Je n’ai pourtant pas eu de parents angoissés. Je suis quelqu’un de sensible, cela va de pair, et je n’arrive pas toujours à vivre dans l’instant présent. Je suis suivie par une psy. Par ailleurs, j’ai toujours eu envie de débattre, de comprendre et d’analyser les choses.
Vous abordez dans le détail le processus de congélation de vos ovocytes. Le propos éclaire autant les femmes que les hommes.
J’y réfléchis depuis 2022, j’ai commencé à faire les démarches, mais je n’en ai parlé qu’en 2025. La plupart d’entre nous n’ont aucune idée sur le sujet et ça a été le déclencheur du podcast. Les gynécologues n’abordent pas spontanément cette thématique. Quand j’ai commencé à me renseigner, j’ai constaté que la Suisse, sur ce sujet et d’autres, était à la traîne.
En quoi?
Cela commence dès l’école. Lors des cours d’éducation sexuelle, on nous parle très peu de la sexualité féminine. Un homme sur dix est capable d’énumérer les quatre phases hormonales qu’une femme traverse chaque mois. Par ailleurs, la Suisse est un pays statistiquement vieillissant, mais elle ne fait rien pour nous donner envie d’avoir des enfants. Tous les employeurs ne sont pas d’accord pour qu’une femme baisse son taux de travail. Or, essayer d’avoir un job à responsabilité en dessous d’un 100% est une gageure. Ensuite, les places et les tarifs en crèche restent un obstacle majeur. Et congeler ses ovocytes coûte 7000 francs chez nous, sans le moindre remboursement. Nous sommes donc en retard en comparaison des pays nordiques ou de l’Espagne, qui, en matière de congélation des ovocytes, est leader européen et propose des prix attractifs (entre 2000 et 3000 euros, ndlr).
Comment cela s’est-il déroulé pour vous?
Ma gynécologue m’a envoyée au Centre médical de fertilité, le CPMA, à Lausanne. Là, un médecin m’a expliqué les choses en détail. Je me suis rendue compte que tomber enceinte n’était pas si facile. Le non-remboursement du traitement m’a scandalisée. Enfin, j’ai appris que si je congelais mes ovocytes en Suisse – ce que j’ai fait dans un premier temps –, je ne pourrais pas les utiliser en solo. En clair, je ne peux pas faire un enfant toute seule. Que ce soit en matière d’avortement, de grossesse, de congélation des ovocytes ou de recours à la PMA (procréation médicalement assistée), il y aura toujours des lois sur le contrôle du corps de la femme, aucune sur celui de l’homme.
Ce désir d’enfant est très ancien chez vous.
Je sais que je veux être maman depuis petite. J’avais déjà établi une liste de prénoms à l’âge de 10 ans. Mais, si on y réfléchit, il n’y a aucune raison de faire des enfants, à cause du réchauffement climatique, de la violence et de tant d’autres choses. L’envie est irrationnelle. Cela fait appel aux émotions. Mon désir a évolué. Avant, je souhaitais fonder une grande famille. Aujourd’hui, avant de tirer des plans sur la comète, j’ai déjà envie d’avoir un enfant, de lui allouer du temps et de l’espace émotionnel. Après, on verra…
Vous parlez aussi de pression, sociale ou biologique.
Je n’ai pas subi de pression familiale. La pression que j’ai ressentie est celle de notre horloge biologique. Les gens aiment bien nous le rappeler. J’ai 35 ans et j’entends souvent: «Pourquoi es-tu célibataire?» Et ensuite: «Pourquoi est-ce que tu veux des enfants?»
«Elle fait bien chier, celle-là», dites-vous dans le podcast à propos de l’horloge biologique.
Elle est là. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne ferais pas d’enfant avant cinq ans. J’adore ma vie aujourd’hui. Je trouve la trentaine magnifique. Mon métier me permet d’être libre, d’aller travailler à l’étranger. Plus on a des enfants tard, plus on se rend compte de l’implication et du sacrifice que cela représente. Moi, j’ai congelé mes ovocytes pour ne pas congeler mes standards et faire un enfant avec le premier venu. Je veux me donner un tout petit peu plus de temps si jamais je n’arrivais pas à en avoir naturellement. De toute façon, c’est toujours la nature qui décide.
Le processus que vous avez entrepris implique des bouleversements physiques et psychiques.
Physiquement, le traitement est lourd. Beaucoup de filles qui congèlent leurs ovocytes sont seules. C’est donc une démarche qu’on assume, le plus souvent, en solo. Moi, je n’ai pas fait les meilleurs choix en ce qui concerne mes relations. J’ai perdu des années avec des gens qui n’en valaient pas la peine. Ensuite, au niveau physique, c’est un shot d’hormones. Le corps des femmes crée un œuf par mois. Là, avec le traitement hormonal, on lui demande d’en faire entre 15 et 20. C’est énorme.
Cette dimension échappe aux hommes.
Le choc hormonal est gigantesque. J’étais fatiguée comme jamais. J’ai eu des nausées, des insomnies, j’avais le bas du ventre qui tirait, j’étais irritable, ma sensibilité était exacerbée. C’est lourd de s’administrer des piqûres tous les jours à heure fixe pendant deux semaines et demie et de connaître le stress d’une échographie tous les deux jours. Le premier round, en Suisse, a été le plus difficile et le plus décevant. Je n’ai produit que trois ovocytes. Pour les deux suivants, je me suis donc rendue en Espagne.
Cela dure combien de temps?
Trois semaines, avec un rendez-vous chez le médecin tous les deux ou trois jours afin de vérifier l’évolution des ovocytes et des taux hormonaux. Je conseille une mise à l’arrêt pendant deux semaines. Parce que suivre ça en marge du boulot et à un tel niveau émotionnel, c’est trop, voire impossible. Le premier round est le plus éprouvant. J’ai eu des accès de colère, de tristesse. J’avais la tête dans une sorte de brouillard, je me sentais déconnectée de mon corps. Tout m’énervait, me fatiguait. Les hormones, c’est incontrôlable. Par la suite, je savais à quoi m’attendre. Comme j’étais en Espagne, j’étais moins sollicitée. Mon rythme de vie avait ralenti.
Combien de fois vous êtes-vous rendue à Barcelone?
Deux fois. Je suis passée de trois ovocytes en Suisse à onze en Espagne. Et, chemin faisant, ça m’a réconciliée avec l’ensemble du processus.
La pression s’est-elle déplacée sur un hypothétique futur papa?
J’ai entrepris tout cela pour me laisser du temps. C’est ce que je réponds à tout le monde, parce que tout le monde me le demande et ça ne me laisse pas respirer. En une année, j’ai fait trois stimulations ovariennes et je suis passée par toute la palette des sentiments. La vie, parfois, fait bien les choses: on verra bien. En ce moment, j’ai juste besoin qu’on me fiche la paix.
Les hommes réagissent-ils aussi à votre podcast?
Il y a deux semaines, je filmais dans mon quartier et un quadra m’a dit: «Bravo, j’ai écouté l’épisode sur les ovocytes. Je ne m’y étais jamais intéressé, je n’y avais jamais pensé. Je me rends compte à quel point c’est important que les hommes, eux aussi, soient mis au courant.» J’ai trouvé ça super venant d’un homme. La suite, ce sera le jour où je déciderai de faire un enfant.
Votre plus jeune sœur, Ava, vous a aidée à la réalisation du podcast. Quel est son parcours?
Ava a 29 ans, elle a fait la Haute Ecole des arts de Zurich et là, elle fait un master en business, administration et finance à Lucerne. Elle est très calée en matière de communication, marketing et branding. Elle sait allier la rigueur à la créativité. Mathilda, elle, a 33 ans, elle est vétérinaire. Elles m’encouragent et ont aussi un œil critique assez juste. On n’a pas trop la langue de bois entre nous. Comme je suis la plus sensible des trois, je les préviens: «Ce n’est pas ce que tu dis, c’est la manière dont tu le dis…» (Rires.)
Dans votre livre, on découvre qu’à l’école, vous étiez plutôt du côté des «victimes» que des «winners». En quoi?
Mathilda et moi avons beaucoup été harcelées quand nous étions petites.
A vous entendre, cela surprend.
Je me suis forgé une carapace. Moi, je faisais une tête de plus que tout le monde, j’étais très mince, très sportive, je n’entrais pas dans les canons de beauté des années 2000: blonde aux yeux bleus, les cheveux fins. Les garçons étaient des pestes. On me traitait de squelette. J’allais à l’école avec la boule au ventre. J’étais mise de côté. Depuis, je suis quelqu’un qui a besoin d’énormément de validation extérieure. Donc, ça a été difficile. C’est ce qui me fait peur si un jour j’ai un enfant. Pour Mathilda, c’était pareil. Après, on s’en est plutôt bien sorties. On a cultivé un côté à la fois féministe et protecteur. Et ça n’a pas été trop loin par rapport aux dégâts que l’on peut constater aujourd’hui et qui peuvent mener jusqu’au suicide.
Comment se fait-il qu’Ava n’ait pas été concernée?
Mathilda et moi étions plus dociles, bonnes pâtes. Ava a une force de caractère depuis qu’elle est petite, elle n’a pas permis aux gens de se comporter ainsi.
Quand est-ce que votre ouvrage sera disponible?
On peut le précommander sur mon site, il sort fin septembre. Une maison d’édition française qui édite des artistes et des créateurs de contenu m’a contactée à la fin de l’année dernière. Comme elle est basée à Barcelone, j’ai pu les rencontrer sur place. Le thème central de l’ouvrage est la trentaine. C’est le premier passage de la vie où, gentiment, on commence à prendre du recul, à s’émanciper, on a de nouvelles valeurs, on questionne un système dans lequel on a grandi. Ce n’est pas une réponse, mais un regard posé sur différents sujets.
Vous êtes naturellement à l’aise à l’oral. Et à l’écrit?
J’adore ça. Enfant, je fabriquais des petits livres que j’agrafais. J’écrivais les textes et je réalisais les illustrations. Quand mes parents ont vendu leur maison, on a tout retrouvé.
A quoi seront consacrés les prochains épisodes de votre podcast?
Avec Ava, nous avons envie d’en réaliser un sur les journaux intimes que nous tenions plus jeunes. On en relirait des passages avec les conseils que nous aurions bien voulu entendre à l’époque.
Vous participez au Swiss Aesthetics Symposium ce 18 juin à Lausanne. Aujourd’hui, pour vous, la beauté, c’est quoi?
Pour moi, c’est s’accepter soi-même et c’est aussi se montrer tolérant vis-à-vis des autres. Si une femme ressent le besoin de recourir à la chirurgie esthétique pour se sentir mieux, qui suis-je pour la juger? Après, comme dans tout, il y a des extrêmes. Je fais du baby botox tous les six mois et je ne m’en cache pas. La beauté est une notion propre à chacun. Il faut juste s’assurer que ce qu’on veut corriger est un complexe externe et pas une lacune interne, qui ne va pas se soigner en passant par le bistouri.
Qui vous inspire?
Pamela Anderson. Je l’adorais dans les années 2000, et aujourd’hui, ce que je trouve beau chez elle, c’est qu’elle a trouvé une paix intérieure. Elle est libérée et elle a su se réinventer. J’ai aimé les deux femmes en elle.
«L’âge de comprendre», l’ouvrage de Whitney Toyloy aux Editions DashBook, est disponible en précommande sur dashbook.fr/book/l-age-de-comprendre. On peut écouter son podcast, «A dimanche», sur adimanchepodcast.ch et Spotify.
Swiss Aesthetics Symposium, Paradermologie® – Enjeux et futur de l’esthétique, en présence de Whitney Toyloy et de Lauriane Gilliéron, jeudi 18 juin de 9 h à 18 h, EHL Hospitality Business school, Lausanne. Réservations: www.paradermologie.ch
Cet article a été publié initialement dans le n°25 de «L'illustré», paru en kiosque le 18 juin 2026.
Cet article a été publié initialement dans le n°25 de «L'illustré», paru en kiosque le 18 juin 2026.