Admettons que l'initiative sur l'argent liquide a déclenché moins de passions que d'autres objets soumis au peuple le 8 mars 2026. Elle se distinguait toutefois par la rare (et complexe) particularité d'être flanquée d'un contre-projet direct, qui l'emporte à 73%.
Le peuple s'est donc prononcé en faveur du compromis, soit l'alternative proposée par le Conseil fédéral et du Parlement, validant l'objectif de base mais reformulant le texte initial du Mouvement suisse pour la liberté (MSL), jugé trop imprécis. L'initiative populaire, de son côté, à été rejetée à 54%. Le contre-projet aurait de toute façon été validé, puisque 62% de la population aurait préféré l'alternative à l'initiative, en cas d'un double oui.
Pour rappel, l'objectif de l'initiative «L'argent liquide, c'est la liberté» et du contre-projet était quasiment le même, à quelques subtilités près: inscrire l'approvisionnement en cash dans la Constitution, afin de protéger l'argent liquide et assurer que celui-ci reste toujours disponible, malgré la domination croissante de l'argent virtuel.
Le «Swiss Payment Monitor 2026» de la ZHAW et de l’Université de Saint-Gall démontre en effet que 70% des paiements sont désormais effectués en ligne ou par carte. L'idée est également d'éviter que le franc suisse puisse, à l'avenir, être remplacé par une autre monnaie sans passer par une votation populaire.
Un fort attachement à l'argent liquide
Le peuple reste toutefois attaché au cash: d'après une enquête réalisée en 2024 par la BNS, 95% des Suisses voudraient que l'argent liquide continue toujours d'exister. Et cette volonté s'est clairement matérialisée dans les urnes, ce dimanche.
«Je suis satisfait du résultat, car le peuple a choisi l'option que je trouvais la plus raisonnable, un texte dont la formulation est cohérente avec le reste des lois, se réjouit Samuel Bendahan, co-président du groupe socialiste aux Chambres fédérales. Cet objet n'a pas déclenché de grandes passions, sachant que ni l'initiative, ni le contre-projet n'auraient eu beaucoup d'impact concret, mais c'est un signal clair: la population a prouvé son attachement à l'argent liquide et montré que la manière actuelle de dématérialiser l'argent n'est pas la bonne, tout en soulignant une forte alliance au Parlement et une confiance en notre travail.»
L'UDC voit «le verre à moitié plein»
En-dehors de l'Union démocratique fédérale (UDF), seul l'UDC soutenait l'initiative de base. Mais la déception, face aux résultats du scrutin, n'est pas trop importante, puisque la différence entre les deux options est, comme dit plus haut, très subtile:
«Je suis satisfait, car j'avais soutenu les deux textes au Parlement, affirme le conseiller national Nicolas Kolly (UDC/FR). Après analyse, l'UDC avait une légère préférence pour l'initiative elle-même, mais l'argent liquide bénéficie désormais d'une protection constitutionnelle, et c'était l'essentiel. Nous voyons donc le verre à moitié plein.»
La BNS est chargée de l'approvisionnement en cash
Notons que plusieurs différences distinguent tout de même le contre-projet de l'initiative orignale, dont le pouvoir accordé à la Banque nationale suisse: l’initiative attribuait à la Confédération la mission d'assurer la circulation d'une quantité suffisante d'argent liquide, alors que le contre-projet s'en remet à la BNS.
Cette dernière porte déjà cette responsabilité aujourd'hui, selon l'art. 99 de la Constitution, qui la charge de «constituer, à partir de ses revenus, des réserves monétaires suffisantes, dont une part doit être en or». Le même article définit par ailleurs que «le droit de battre monnaie et celui d’émettre des billets de banque appartiennent exclusivement à la Confédération». Dans les faits, la votation ne devrait donc pas changer grand-chose.
«La différence entre les deux textes résidait surtout dans la formulation, souligne Nicolas Kolly. En effet, le contre-projet évoquait de 'l'argent numéraire', et non pas des 'pièces de monnaie et des billets', ce que nous n'estimions pas suffisamment clair. Le second point est l'attribution d'une compétence directe à la BNS, alors que nous estimions qu'une compétence donnée au Parlement, qui donnerait ensuite des lignes directrices à la BNS, semblait plus appropriée. Mais ce sont des points de détail.»
Dans l'émission Forum, Céline Weber, vice-présidente des Vert’libéraux, s'était fermement opposée à l'initiative, soulignant que seuls deux pays au monde, le Venezuela et la Corée du Nord, laissent actuellement la responsabilité du cash en circulation à leur gouvernement. Pour elle, l'initiative était «dangereuse», tandis que le contre-projet est «inutile» et «de la poudre aux yeux»: «Ce contre-projet ne changera strictement rien, tout ce qui doit être dans la Constitution au sujet de l'argent liquide y figure déjà, avait-elle déclaré. Et le reste est dans les lois.»
Les contre-projets de ce genre sont rares
On retiendra également la rareté de ce triple choix, pour un même objet de vote: le peuple pouvait effectivement se prononcer en faveur de l'initiative, de son contre-projet, ou alors refuser les deux options. Bien que la visée essentielle des deux textes était la même, les initiants avaient choisi de maintenir quand même leur texte, en raison des différences de formulation.
Ce cas de figure ne s'était pas réalisé depuis l'année 2010, lorsque le peuple avait été amené à voter sur le renvoi des criminels étrangers.
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