Le Canton de Vaud est le premier de Suisse à ancrer dans une loi la prévention des radicalisations et de l'extrémisme violent. Le Grand Conseil a accepté mardi à l'unanimité la pérennisation d'un dispositif déjà mis en place en 2018 par un décret, renouvelé en 2021, et notamment incarné depuis juin 2025 par l'Unité de prévention des radicalisations (UPRAD).
L'idée est de donner une assise pérenne et solide sur le plan juridique et institutionnel avec une entité visible mettant en oeuvre une politique publique déterminée. Cette base légale doit pouvoir aussi répondre à l'échange de données entre les différentes parties, a résumé le ministre en charge de la sécurité Vassilis Venizelos, au nom du Conseil d'Etat. Il a précisé que plus de 300 situations avaient été traitées à ce jour depuis 2018.
Aucune idéologie ciblée
Le conseiller d'Etat a plusieurs fois souligné le caractère préventif et non policier du dispositif vaudois. Ce n'est donc pas un système policier où les personnes sont fichées en fonction de leurs croyances ou leurs comportements, mais une prise en charge individualisée. «Il ne s'agit pas de cibler une idéologie ou une autre, mais de lutter contre la haine qui serait issue d'une idéologie», a encore précisé Venizelos.
En clair: le but n'est pas la déradicalisation d'une personne possédant une croyance particulière, mais de prévenir toute rupture avec la société et de maintenir un haut niveau de cohésion sociale, insiste le gouvernement.
Islam radical en tête
Le Canton s'appuie sur une équipe d'experts avec des compétences diverses et variées permettant une vision pluridisciplinaire des phénomènes de radicalisations: une personne spécialisée dans les radicalisations, une criminologue et des éducateurs, a-t-il été rappelé.
La majorité des quelque 40 signalements faits à l'UPRAD depuis juin 2025 sont liés à l'islam radical, devant les cas en lien avec l'extrême droite, puis avec d'autres extrémismes religieux, selon les services de M. Venizelos. Les cas de radicalisation relevant d'idéologies dites monothématiques, comme le complotisme, le masculinisme, les Incels - mot valise désignant les «célibataires involontaires» associés à la violence anti-femmes -, ou encore le nihilisme violent ferment la marche.
A noter que l'UPRAD n'est ni un organe de police, ni un service de renseignements, ni une autorité judiciaire. Elle se veut un complément en tant que dispositif de désengagement et comme aide à la réintégration avant ou après une procédure judiciaire.