Un restaurant vaudois embauche des bénéficiaires à l’AI
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Vivre avec des troubles psy:Un restaurant vaudois embauche des bénéficiaires à l’AI

Vivre à l'AI avec des troubles psy
La recette pour se reconstruire

Au «Grain de Sel» à Lausanne, des bénéficiaires de l’AI se réinventent derrière les fourneaux. Lorentina, employée depuis 14 ans, y a transformé sa vie et retrouvé un rôle dans la société.
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Lorentina, bénéficiaire de l’Assurance-Invalidité (AI), travaille au restaurant «Le Grain de Sel» de la fondation GRAAP depuis 14 ans.
Photo: Julie de Tribolet

En bref

Généré par l’IA, vérifié par la rédaction
  • Lorentina, bénéficiaire de l’Assurance-Invalidité (AI), travaille au restaurant «Le Grain de Sel» à Lausanne depuis 14 ans avec d'autres personnes atteintes de troubles psychiatriques.
  • Encadrés par des chargés d’atelier, les bénéficiaires apprennent les métiers de la restauration, favorisant leur réinsertion sociale. La fondation GRAAP, qui organise cet atelier, vise à leur redonner confiance et autonomie.
  • Le restaurant est devenu un lieu incontournable du quartier de la Borde. Avec ses repas complets à moins de 10 francs, il attire familles, seniors et professionnels, tout en permettant à une quarantaine de bénéficiaires de renforcer leurs compétences et surmonter les stigmatisations liées aux troubles psychiatriques.
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Luisa GambaroJournaliste RP

Charlotte sur la tête, tablier noué à la taille, Lorentina est très concentrée. Chacun de ses gestes est précis, rythmé par les automatismes acquis au fil du temps. Cela fait 14 ans qu’elle travaille au restaurant «Le Grain de Sel» à Lausanne et elle connaît les lieux comme sa poche. Malgré la canicule et la chaleur en cuisine, cet endroit est devenu sa deuxième maison. 

«Je me sens bien tous les jours ici», dit-elle en riant. Comme ses collègues, Lorentina est bénéficiaire de l’Assurance-Invalidité (AI) et atteinte de troubles psychiatriques. Elle vient travailler dans ce restaurant à hauteur de 40%, soit 4 jours par semaine, 3 heures par jour. Elle est entourée d’autres bénéficiaires dans la même situation et suivie par des chargés d’atelier qui lui expliquent le métier derrière les fourneaux.

Aléas du métier: la cuisinière doit être changée aujourd'hui et les recettes disponibles sur la carte deviennent limitées. Heureusement, Silvia, la chargée d’atelier du jour, a déjà tout prévu et son équipe a concocté plusieurs repas froids, un menu de secours idéal par cette chaleur étouffante.

Mais si les plats pour le service du midi sont déjà prêts, Lorentina est loin de pouvoir se reposer. En l’espace d’une matinée, elle et ses collègues doivent encore préparer le repas de deux garderies et assurer deux autres services traiteur. Pourtant, malgré la frénésie en cuisine, cette charge de travail ne semble pas lui peser. «Ça me permet de sortir un peu de la maison, d’avoir des contacts avec les autres, de travailler un peu et d’être un petit peu occupée», explique-t-elle d’une voix douce et tremblante.

«Un peu de crainte de l’inconnu»

Car si ce lieu est devenu autant familier après tant d’années, les débuts n’ont pas été de tout repos. «Je n’avais jamais travaillé dans un lieu comme ça, où les gens sont parfois un peu spéciaux mais dans le bon sens. Et puis je me suis habituée petit à petit et depuis j’aime beaucoup travailler ici», se souvient Lorentina.

Silvia, sa chargée d’atelier, est consciente que ce changement peut paraître impressionnant pour les nouveaux venus. «C’est un nouveau job, un nouveau départ avec des nouveaux collègues. Il y a un peu de crainte de l’inconnu et de la nouveauté au début», explique-t-elle.

Tête froide et regard perçant, Silvia coordonne ses équipes en véritable chef d’orchestre et connaît son métier sur le bout des doigts. Elle a longtemps travaillé dans la restauration avant de devenir maîtresse socio professionnelle au Grain de Sel en 2020. Cet atelier à Lausanne est géré par la fondation Groupe d’Accueil et d’Action psychiatrique (GRAAP), qui a ouvert deux autres établissements du même nom à Vevey et Yverdon. 

Via ces ateliers, la fondation a pour objectif d’aider les personnes avec des troubles psychiatriques à se reconnecter à la société. Lancé en 1987 sous forme d’association, le GRAAP a depuis été reconnu comme fondation en 2012. Elle est notamment financée par l’Etat de Vaud, la Confédération et la Ville de Lausanne. 

Les chargés d’atelier comme Silvia enseignent aux bénéficiaires les métiers de la cuisine et les accompagnent au long de leur projet socio professionnel pour qu’ils deviennent le plus autonomes possible. Ils leur expliquent comment réaliser des plats, découper des légumes, ou encore assurer le service en salle et préparer des cafés. 

«Ils se sentent plus à l'aise et utiles»

«Nous travaillons avec des personnes en situation de handicap, le service n’est pas parfait, parfois il y a des couacs et il faut l’accepter parce que c’est aussi le but de notre restaurant: que les bénéficiaires servent les clients et non pas nous, des professionnels, qui venons prendre leur place», explique Silvia. 

Elle encadre une quarantaine de bénéficiaires qui se succèdent au cours de la journée selon les horaires d’ouverture de l’établissement, de 8h à 20h du lundi au vendredi, et de 10h à 14h le dimanche. Pour Silvia, l’aspect le plus gratifiant de son travail, c’est sans hésiter d’être témoin de l’évolution des bénéficiaires: «Leur joie, leurs sourires et voir qu’ils restent et sont contents d’être avec nous», confie-t-elle. 

Les chargés d’atelier comme Silvia aident les bénéficiaire à devenir le plus autonomes possible.
Photo: Julie de Tribolet

Sur le terrain, au fil des jours, les bénéficiaires développent plus de confiance en leurs capacités et en leurs collègues, retrouvent un contact humain et apprennent de nouvelles compétences. «Ils se sentent plus à l’aise et utiles», constate Silvia. 

Ce sentiment d’utilité déclenche alors un cercle vertueux qui consolide leur confiance et les pousse à acquérir de nouvelles compétences. Avec ce cercle vertueux, les bénéficiaires changent peu à peu de regard sur eux-mêmes et leur rôle au sein de la société. En retrouvant une part de leur identité via ce travail, les troubles psychiatriques de chacun deviennent ainsi moins lourds à porter. 

Le coup de feu de midi

Mais la théorie laisse rapidement place à la pratique dès que les premiers clients arrivent sur les coups de midi. Les tables se remplissent rapidement sous un grand drapeau suisse accroché au mur. Les habitués prennent place, deux dames commandent rapidement deux croques-monsieur et se mettent à bavarder, appelant la serveuse Margot par son prénom. 

Plus loin, trois collègues du cabinet d’architecte voisin se régalent autour de leur salade. Ils ont découvert l’endroit il y a trois semaines à peine, mais le service rapide, les repas complets à moins de dix francs et la bonne ambiance de l’établissement en ont fait leur nouveau quartier général. 

Ces trois collègues du cabinet d’architecte voisin ont découvert le restaurant il y a quelques semaines.
Photo: Julie de Tribolet

La salle est pleine, mais peu bruyante. Les pieds des chaises sont équipés de petits patins pour réduire le bruit au maximum pour le confort des clients, mais surtout pour celui des bénéficiaires, certains supportant mal les nuisances sonores à cause de leurs traitements médicaux. Le restaurant est devenu un incontournable du quartier de la Borde, aussi bien pour les familles, les seniors, les travailleurs que pour d’autres bénéficiaires à l’AI avec un budget limité. 

Un cercle vertueux pour le cerveau

Lorentina a déjà fini sa journée, elle a passé la matinée à préparer le service du midi et passe le flambeau à ses collègues. Mais elle sait déjà que son travail sera apprécié. En salle et en cuisine, ses collègues s’affairent pour ne pas faire attendre les clients pendant leur pause déjeuner. Un effort physique soutenu, mais qui permet une immédiateté de la reconnaissance: les bénéficiaires voient tout de suite si un client finit son assiette ou remercie avec le sourire. Ils peuvent jauger rapidement leur progression et leurs compétences nouvellement acquises ou consolidées. 

En parallèle de la protection financière de leur rente à l’AI, ce travail au restaurant les aide à rythmer leurs journées. En activant le système de récompense du cerveau, cette activité permet de lutter contre l’isolement tout en réduisant l'apathie et l'anhédonie, notamment pour les personnes souffrant de dépression ou de schizophrénie. 

Retenir la liste des ingrédients, gérer les commandes en salle ou le stress en cuisine entraînent leur mémoire, leur concentration et leur flexibilité. De plus, le contact ordinaire et régulier avec les clients permet de déstigmatiser les bénéficiaires. Ils se sentent légitimes et à leur place, loin des préjugés parfois associés aux troubles psychiatriques. 

«On cherche du monde»

En 14 ans au Grain de Sel, Lorentina s’est vue évoluer. Elle se sent plus autonome, énergique et confiante. Ses proches aussi ont remarqué ce changement. D’un tempérament réservé, ils la trouvent aujourd’hui plus dynamique et sociable. Au contact de ses collègues, Lorentina a appris à s’ouvrir aux autres, à son rythme. 

Désormais, elle se dit fière de pouvoir travailler parmi autant de personnes différentes dans un cadre de travail bienveillant. «C’est un restaurant très accueillant, qui facilite le contact avec les gens», sourit-elle. 

Les bénéficiaires développent plus de confiance en leurs capacités et en leurs collègues et retrouvent un contact humain.
Photo: Julie de Tribolet

De son côté, Silvia encourage tout bénéficiaire intéressé à suivre le stage habituel de quatre jours au restaurant, avec l’encadrement de son assistante sociale. Si ces premiers jours sont positifs, le bénéficiaire doit ensuite passer une période d’essai de trois mois pour intégrer pleinement le restaurant. «Il faut venir faire un stage chez nous, on cherche du monde», conclut Silvia avec enthousiasme. 

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