Baisse d'impôt: la gauche dénonce une «arnaque fiscale»
La gauche muscle sa campagne contre l'initiative des 12%

A six semaines de la votation, la gauche vaudoise passe à l'offensive contre l'initiative fiscale des 12%. Le camp du «non» qualifie le projet d'«arnaque fiscale» qui causerait une augmentation des prix pour tout le monde.
Le conseiller national Benoît Gaillard, socialiste, dénonce une «arnaque fiscale».
Photo: DR

En bref

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  • La gauche et les syndicats vaudois s'opposent à l'initiative sur les impôts prévue pour le 27 septembre, dénonçant une «arnaque fiscale» qui profiterait principalement aux plus riches.
  • Ils critiquent une redistribution des ressources qui favoriserait les 1% les plus fortunés.
  • Un contribuable ayant 10 millions de fortune gagnerait 155 fois plus qu’un couple au revenu médian, déplore les opposants.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

La campagne promet d'être musclée. A un peu plus d'un mois de la votation du 27 septembre, la gauche et les syndicats vaudois sortent l'artillerie lourde pour combattre l'initiative dite des 12%. Le texte, officiellement baptisé «Baisse d'impôts pour tous – Redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne», entend réduire la fiscalité des personnes physiques.

Pour le camp du «non», pas question de parler de cadeau à la classe moyenne. Pour lutter contre le texte, le comité unitaire réuni le Parti socialiste (PS), les Verts, le Parti ouvrier et populaire (POP), solidaritéS, le Syndicat des services publics (SSP), la Fédération syndicale SUD et la Fédération des Sociétés de fonctionnaires (FSF) ainsi que plusieurs organisations, comme l'AVIVO.

Ils passent à la vitesse supérieur et entrent désormais dans le vif de la campagne, qui s'annonce houleuse entre opposants et initiants, principalement les milieux économiques et patronaux. Ces derniers promettent une mesure généralement très populaire: réduire les taxes.

Les opposants attaquent frontalement une «arnaque fiscale» dans leur nouveau visuel, dévoilé à Blick. On y lit, en lettres blanches sur fond noir: «Des cadeaux pour les plus riches, financés sur notre dos?»

PYM sort les billets de mille

Pour porter le message, le comité d'opposition fait notamment appel à l'un de ses poids lourds: le conseiller aux Etats Pierre-Yves Maillard. «Vider les caisses publiques et couper dans la santé et l'école? Distribuer 50'000 billets de mille francs chaque année aux 1% les plus fortunés? Non à cette initiative pour les riches!», assène-t-il dans le tract.

Le tract du PS pour combattre l'initiative
Photo: PS Vaud

Mais le camp du «non» ne mise pas uniquement sur ses ténors. Il présente aussi des militants aux parcours choisis pour incarner les services et les ménages qu'il estime menacés, à l'image de cette «maman seule de deux enfants» qui partage ses craintes sur le document de campagne.

Antonia Undurraga confie ainsi que «boucler les fins de mois, c'est déjà difficile avec un seul salaire». Elle craint notamment «moins d'aide pour les primes» ainsi que des hausses de tarifs pour la garderie ou les transports. «Je paierai deux fois: moins de pouvoir d'achat et moins de services publics.»

Du profit pour 1% des Vaudois

Le visuel de campagne se veut choc, mais pas gratuitement. «Il met les effets concrets sur les gens au centre. Il s’agit de vraies personnes, d’une Vaudoise et d’un Vaudois, avec un slogan qui vise à frapper les esprits», explique Benoît Gaillard, conseiller national socialiste au coeur de la campagne.

Le tract diffusé dès lundi par le PS Vaud
Photo: PS Vaud

Les opposants ne cherchent pas à arrondir les angles. «Nous parlons d’arnaque fiscale parce que, selon nous, on fait des cadeaux aux plus aisés et on passe ensuite l’addition aux classes moyennes.» Benoît Gaillard insiste notamment sur l’impôt sur la fortune: «La moitié de cette baisse, soit 50 millions de francs, profiterait au 1% le plus riche du canton. Cette initiative, pour nous, c’est ça et pas autre chose.»

Le comité avait commencé à battre le pavé avant l’été. Dès le 17 août, militants syndicaux, politiques et associatifs seront mobilisés dans tout le canton pour distribuer des tracts.

Le dispositif est conséquent, bien que peu doté en ressources financières. «Nous avons 60’000 tracts, une diffusion tous-ménages à venir et des centaines d’affiches qui seront posées au bord des routes.» Deux journées d’action sont également prévues les 28 et 29 août, avec l’objectif d’assurer «une présence maximale» sur le terrain. «Ce que nos opposants ont en argent, nous allons le compenser avec des gens», lance Benoît Gaillard. Une formule qui résume assez bien la stratégie choisie par la gauche vaudoise pour les prochaines semaines. 

Impact majeur sur les finances vaudoises

Gauche et syndicats veulent surtout frapper les esprits avec les chiffres. Son tract affirme que 82% du coût de l'initiative profiterait aux 25% les plus aisés et qu'un contribuable possédant 10 millions de fortune gagnerait 155 fois davantage qu'un couple avec deux enfants au revenu médian.

Le Conseil d'Etat estime, lui, qu'en cas d'acceptation, la baisse des recettes fiscales atteindrait 272 millions de francs par rapport aux allégements sur le revenu déjà prévus par le Canton. Le gouvernement considère depuis 2024 que le résultat de la votation pourrait avoir un «impact majeur» sur les finances vaudoises. Si le gouvernement dit, lui aussi, vouloir alléger la facture fiscale des Vaudois, il a préféré élaborer son propre «Plan pouvoir d’achat», qui fait office de contre-projet indirect. Contrairement à un contre-projet direct, il ne sera pas soumis au vote en même temps que l’initiative, mais passe par des modifications de lois décidées par les autorités.

Face à une initiative qui promet précisément de rendre du pouvoir d'achat en baissant les impôts, la gauche a donc choisi sa ligne. Elle devra convaincre les Vaudois que ce qu'ils gagneraient éventuellement sur leur feuille d'impôts, ils risqueraient de le repayer ailleurs.

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