Les parents sont fous de rage
A Vevey, plusieurs élèves de primaire sont soudainement changés d'école pour égaliser les effectifs

Pour équilibrer le nombre d'élèves dans les écoles primaires de Vevey, plusieurs enfants ont dû être désignés pour changer de bâtiment, à la rentrée. En plein désarroi, les parents ne se sentent pas écoutés. Le canton et la direction évoquent une situation complexe.
Le maintien d'effectifs équilibrés entre les classes primaires vaudoises est incroyablement complexe, au grand dam des familles touchées. (Image d'illustration)
Photo: Keystone

En bref

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  • A Vevey (VD), plusieurs enfants ont été contraints de changer de bâtiment (soit l'une des écoles de la commune) à la rentrée 2026 en raison d'une réorganisation des effectifs scolaires. Des parents, comme Valentina et Stéphanie, dénoncent un manque de considération pour le bien-être des élèves, certains souffrant d'anxiété et d'insomnie suite à cette décision.
  • Les familles concernées rapportent des impacts négatifs sur leurs enfants, tels que stress, insomnies et difficultés d'adaptation. Une mère a même consulté un pédiatre qui a confirmé les effets néfastes du changement d'établissement sur ses enfants.
  • Le canton de Vaud, avec une croissance démographique annuelle de 0,9 à 1,1% depuis les années 2020, compte actuellement environ 93'000 élèves dans 93 établissements. D'ici 2030, 12'000 élèves supplémentaires sont attendus, posant des défis logistiques importants pour les écoles, surtout dans le maintien de l'équilibre entre les classes et le corps enseignant disponible.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Cette rentrée scolaire s'est empreinte d'angoisse et de colère pour Valentina*, mère de famille domiciliée à Vevey (VD). Plutôt que d'emmener sereinement ses deux enfants jusqu'à l'école primaire qu'ils fréquentaient depuis plusieurs années, elle s'est vue contrainte de les déposer, «totalement à contrecoeur», devant un autre bâtiment. «Au moment d’entrer dans leur nouvelle école, mes enfants avaient peur, ils me tenaient par la main», nous raconte-t-elle. 

Car ce changement n'était pas voulu. Bien au contraire. Le 11 juin, Valentina reçoit un courrier l'informant que ses enfants seront scolarisés dans une autre école primaire de la commune, dès la prochaine rentrée. L'annonce est expliquée par un déséquilibre dans le nombre d'élèves inscrits à Vevey, où certaines écoles seraient plus remplies que d'autres, par rapport au nombre d'enseignants disponibles. La nouvelle fait toutefois l'effet d'un choc impossible à digérer: hors d'elle, Valentina fait immédiatement recours, exigeant que ses enfants restent dans l'école qu'ils connaissent et apprécient.

Un grand stress pour les écoliers

«Mes enfants étaient malheureux à l'idée de ne plus voir leurs amis et d’être séparés, déplore la mère de famille. Ils étaient bien dans leur bâtiment, avec des notes qui montaient en flèche. En voyant leur stress, j’en ai parlé avec leur pédiatre, qui m’a aussitôt confirmé qu’un tel changement aurait des impacts négatifs sur eux.» Une attestation médicale, que nous avons pu consulter, confirme que les enfants montraient des signaux évidents d'anxiété et d'insomnie, depuis l'annonce du changement. 

Malgré tout, Valentina n'obtient pas gain de cause, face à la direction: «J'avais l’impression que les besoins de mes enfants n’étaient pas pris en compte et que leur bien-être passait après le problème d'effectifs dans les écoles, souligne notre interlocutrice. Je me suis sentie prise de haut, ignorée et invalidée, alors que j’ai toutes les raisons d’être en colère.»

«On nous répond qu'il n'y a rien à faire»

Selon les informations de Valentina, une dizaine d'autres élèves sont également concernés, dans la même école. «Nous sommes tous en colère et inquiets pour l’impact de ces changements brusques sur nos enfants, ajoute-t-elle. Plusieurs parents ont aussi fait recours.»

C'est notamment le cas de Stéphanie*, mère de deux jeunes écoliers. «On se retrouve avec des enfants qui angoissent, qui ont mal au ventre, qui viennent dormir dans notre lit tous les soirs, parce qu'ils sont stressés», se désole la Romande. 

Alors que sa famille a récemment traversé plusieurs épreuves privées, elle perçoit ce changement comme le bouleversement de trop: «Car cela implique aussi une nouvelle classe, de nouveaux camarades, de nouveaux éducateurs et une nouvelle unité UAPE, liste Stéphanie. C’est beaucoup pour un enfant. Le problème, c’est qu’on arrive avec tous nos arguments, mais j’ai l’impression que la direction s’en fiche complètement. On nous dit qu'il n'y a rien à faire, que tous les parents concernés ont de bons arguments et que la situation est compliquée.»

De plus en plus d'élèves dans certaines communes

A noter que le canton de Vaud représente le troisième plus peuplé du pays (après Zurich et Berne), avec une croissance annuelle impressionnante, oscillant entre +0,9% et 1,1% depuis 2020. Et cela se répercute automatiquement sur les infrastructures scolaires: selon la Direction générale de l'enseignement obligatoire, environ 93'000 élèves âgés de 4 à 15 ans sont actuellement répartis dans 93 établissements vaudois, dont 1800 élèves dans des établissements spécialisés. D'ici à 2030, l'école obligatoire vaudoise devrait accueillir 12'000 élèves supplémentaires.

Rappelons par ailleurs que la situation de la répartition des enfants dans les écoles primaires vaudoises est délicate par définition, si bien que la Cour des comptes émettait, en mai 2026, une série de recommandations visant à éviter les critères arbitraires, au moment des inscriptions.

Un problème de «répartition d'effectifs»

Valérie Zuber, directrice de l'Etablissement primaire de Vevey (et des nombreux collèges différents qu'il réunit) affirme que, dans ce cas précis, il s'agit bien d'une «question de répartition des effectifs entre les différents bâtiments de l’établissement scolaire», en fonction de leur capacité d’accueil. 

Elle précise que, pour cette rentrée 2026, la planification globale des effectifs et des locaux a conduit à des changements de bâtiments (soit des changements d'école au sein de la même commune) pour des élèves entrant en 5P: «Dans un bâtiment, l’ouverture d’une classe supplémentaire n’était pas possible par manque de place. Une répartition vers d’autres collèges était dès lors nécessaire afin de maintenir des effectifs adaptés», clarifie-t-elle. 

La directrice souligne par ailleurs que les bâtiments concernés se situent «dans un périmètre relativement restreint» et que lorsque le changement d'école implique un trajet plus long, «une solution de transport avec prise en charge financière par la commune peut être proposée». 

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Nous avons conscience que ces changements de bâtiment peuvent susciter des préoccupations pour les familles. Les situations particulières qui nous sont signalées sont examinées avec attention
Valérie Zuber, directrice de l'Etablissement primaire de Vevey
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D'immenses contraintes à chaque rentrée

Comme le confirme une porte-parole de la Direction générale de l'enseignement obligatoire et de la pédagogie spécialisée (DGEO), la problématique des effectifs est fréquente, au niveau cantonal, et fait partie de la réalité à chaque rentrée. Pour maintenir un équilibre suffisant, les directions (largement autonomes dans ces processus) sont tenues de prendre en compte plusieurs contraintes, dont les effectifs des volées par zone d'enclassement, la fluctuation de ces effectifs, les ressources humaines et les locaux disponibles. Cette tâche peut donc évoquer une partie de Tetris infiniment complexe, d'année en année.

Si les effectifs maximums des classes sont fixés par la Loi sur l'enseignement obligatoire (LEO), d’autres critères sont pris en compte par les directions lorsqu’elles préparent les enclassements: la DGEO cite notamment le lieu de domicile de l'élève, le parascolaire, les fratries, la mixité, les besoins particuliers des élèves et les transports, que les communes doivent organiser selon la distance à parcourir (maximum 2,5 kilomètres), la nature du chemin et les dangers qui y sont liés, selon l’âge des écoliers. 

«Nous avons conscience que ces changements de bâtiment peuvent susciter des préoccupations pour les familles, admet Valérie Zuber. Les situations particulières qui nous sont signalées sont examinées avec attention et les familles concernées ont été reçues par la direction pour des entretiens.» 

«Le bien-être des enfants devrait passer avant tout»

Mais c'est justement là que les parents se sentent insatisfaits, décrivant l'impression d'avoir été tirés au sort en fonction de leur adresse, peu importe leur situation personnelle: «Je comprends la problématique des autorités et les difficultés auxquelles elles sont confrontées, concède Stéphanie. Mais j'estime qu’il s'agit d'une institution publique, payée par nos impôts, qui devrait prendre en compte les situations individuelles, plutôt que de déplacer des numéros sur une carte géographique, selon ce qui les arrange. Or, j’ai l’impression qu’ils n'analysent pas réellement le cas de l'enfant et sa situation familiale. J'estime que le bien-être des enfants devrait passer avant tout.»

En réaction, la DGEO assure que les directions des établissements scolaires «font leur possible pour satisfaire les demandes des familles», mais qu'il «leur serait impossible de tenir compte de tous les souhaits sans mettre en péril l’organisation de leur établissement». 

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La direction sachant probablement depuis des mois quels élèves allaient devoir changer d'établissement, elle aurait pu anticiper, plutôt que de nous infliger un tel choc juste avant les vacances
Stéphanie (nom d'emprunt), mère de deux écoliers
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Une annonce faite trop tard dans l'année?

Stéphanie estime en outre que l'annonce aurait pu être formulée un peu plus tôt: «La direction sachant probablement depuis des mois quels élèves allaient devoir changer d'établissement, elle aurait pu anticiper, plutôt que de nous infliger un tel choc juste avant les vacances», martèle notre intervenante. 

Valentina, quant à elle, a plutôt l'impression qu'on essaie indirectement de la punir, en raison d'une dispute passée avec un membre du corps enseignant: «Mais ce n’est pas la faute de mes enfants, ils n’ont rien à voir là-dedans, s'insurge-t-elle. Et ce désaccord était clos depuis longtemps.»

«J'ai fini par me faire une raison»

Jusqu'ici, les recours déposés par les parents n'ont pas eu d'impact. «Ma demande n'a abouti que sur des procédures interminables, durant lesquelles nous répétions plusieurs fois la même chose, explique Stéphanie. Voyant que cela augmentait l'inquiétude de mes enfants et que je n'allais probablement pas recevoir de réponse avant la rentrée, je me suis finalement fait une raison. J'ai retiré mon recours et nous allons passer à autre chose.»

Valentina, de son côté, a reçu la réponse finale (négative) seulement aux alentours de la mi-août, et ne compte pas s'arrêter là. «Dès la rentrée, l'un de mes enfants a malheureusement été victime de maltraitance, de la part d'un autre élève, affirme la mère de famille, qui a décidé de contacter un avocat. Il doit absolument retourner dans son ancienne école. Quand on touche au bien-être des miens, je me sens profondément impactée. Je ne peux pas me laisser faire».

*Noms connus de la rédaction

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