Avec un possible état d'hyperéveil
Un Lausannois sur trois présente des symptômes d'insomnie, alerte le CHUV

D'après une nouvelle recherche menée par le CHUV, 32% de la population lausannoise âgée de 40 à 82 ans présente des symptômes d'insomnie, dont une grande partie est due à différents facteurs externes, comme le stress, l'anxiété ou l'apnée du sommeil.
Les femmes et les personnes âgées sont davantage concernés par les symptômes d'insomnie.
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En bref

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  • Une étude menée par le CHUV et publiée en juin 2026 révèle que 32% des 4000 adultes lausannois âgés de 40 à 82 ans déclarent souffrir de symptômes d'insomnie. Ces symptômes incluent des difficultés à s'endormir, des réveils nocturnes fréquents ou l'usage régulier de somnifères. Il ne s'agit toutefois pas forcément d'un trouble de l'insomnie, qui provoque des symptômes plus sévères, durant plusieurs mois, et doit être diagnostiqué par un médecin.
  • Les femmes, les seniors et les personnes avec un faible niveau d'éducation sont particulièrement touchés. Une corrélation a été observée avec l'anxiété, la dépression, l'alcoolisme et d'autres troubles du sommeil.
  • Malgré leurs plaintes, les personnes rapportant des symptômes d'insomnie dorment en moyenne seulement 8 minutes de moins par nuit que les autres. Des études cérébrales ont révélé un «hyperéveil» pendant leur sommeil, bien que l'insomnie reste mal comprise scientifiquement.
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

S'il vous arrive souvent de chasser Morphée avec un acharnement frôlant le désespoir et de tourner sur votre matelas comme un poulet en broche, peut-être vous êtes-vous déjà plaint de souffrir d'insomnies. Et vous ne seriez absolument pas seul: une nouvelle recherche menée par le Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil du CHUV vient de démontrer qu'un tiers de la population lausannoise rapporte des symptômes d'insomnie. 

Publiée en juin 2026 dans le «Journal of Sleep Research», l'étude se base sur l'expérience de 4000 adultes âgés entre 40 et 82 ans, interrogés quant à leurs éventuelles difficultés à trouver le sommeil. Résultat: 32% des participants ont été classés comme présentant des symptômes d’insomnie.

Or, cela ne signifie pas que ces personnes souffrent forcément d'un trouble d'insomnie chronique avéré: il ne s'agit que des symptômes perçus et rapportés par les participants, selon les critères fixés par les chercheurs. 

«Notre définition des symptômes d'insomnie reposait sur des difficultés à s’endormir ou à maintenir le sommeil au moins trois nuits par semaine au cours du mois précédent, ou sur l’utilisation régulière d’un somnifère, précise le Dr. Nicola Marchi, neurologue au Centre d'investigation et de recherche sur le sommeil. Le trouble d’insomnie chronique suppose, quant à lui, des symptômes persistants depuis au moins trois mois, avec un retentissement durant la journée; son diagnostic est clinique. On estime qu’il concerne environ 8 à 10% des adultes, selon les études internationales.»

Les femmes et les seniors sont les plus touchés

L'étude précise également que les symptômes d’insomnie semblent plus fréquents chez les personnes âgées, les femmes et les personnes avec un faible niveau d’éducation. Une association avec une consommation excessive d'alcool, la dépression, l'anxiété, l'utilisation de médicaments psychotropes et la somnolence durant la journée a également pu être identifiée. 

«Les symptômes d’insomnie peuvent s’inscrire dans un trouble chronique, mais ils peuvent aussi survenir transitoirement, lors d’une période de stress, par exemple, ajoute notre expert. Ils peuvent également coexister avec d’autres problèmes, comme l’anxiété, la dépression, la douleur ou des troubles du sommeil tels que l’apnée. Lorsqu’ils persistent ou ont des conséquences sur la journée, il est utile d’en parler à un professionnel, car l’insomnie elle-même et les éventuelles affections associées peuvent être prises en charge.»

On dort parfois mieux qu'on le pense

En parcourant l'étude, on tombe néanmoins sur un détail subtil, pouvant paraître contradictoire: en termes de minutes de sommeil, les personnes rapportant des symptômes d'insomnie ne dorment pas toujours beaucoup moins que les autres. En moyenne, elles dorment seulement 8 minutes de moins, mettent 1,5 minute de plus à s'endormir et comptent 7 minutes d'éveil supplémentaires pendant la nuit. S'il s'agit bien d'une moyenne, la différence ne semble pas si frappante, au vu des résultats rapportés dans le questionnaire. 

«Dans notre étude, les différences observées sur les mesures classiques de polysomnographie étaient modestes à l’échelle du groupe, explique le Dr. Marchi. Ce résultat est cohérent avec le décalage souvent décrit dans la littérature entre l’expérience subjective de l’insomnie et les mesures objectives du sommeil. Cela ne signifie pas que les symptômes sont imaginaires, mais que la polysomnographie standard ne capture probablement pas toutes les dimensions de l’insomnie. Notre étude n’a toutefois pas mesuré directement ce décalage chez chaque participant.» En d'autres termes, on peut avoir l'impression d'avoir très mal dormi, alors que les mesures dépeindront une réalité très différentes. 

Des états d'hyperéveil chez certaines personnes

Mais comment se fait-il qu'une personne rapportant des symptômes d'insomnie n'a potentiellement dormi qu'une dizaine de minutes de moins qu'une personne persuadée d'avoir dormi comme un loir? 

«Dans la seconde partie de l’étude, nous avons utilisé des analyses avancées pour examiner plus finement l’activité cérébrale pendant le sommeil, pointe notre spécialiste. Plusieurs mesures différaient modestement chez les participants présentant des symptômes d’insomnie et suggéraient un sommeil un peu plus léger, moins stable et comportant davantage d’activité proche de l’éveil. Ces résultats sont compatibles avec l’hypothèse d’un hyperéveil, comme si le cerveau conservait un niveau d’alerte légèrement plus élevé pendant le sommeil. Ils ne permettent toutefois pas d’affirmer que cet hyperéveil cause l’insomnie, ni de l’utiliser aujourd’hui comme marqueur diagnostique individuel.» 

En effet, le domaine du sommeil comporte encore plusieurs mystères, qui le rendent d'autant plus fascinant. «L’insomnie ne se résume donc pas au nombre d’heures de sommeil, résume notre spécialiste. La qualité et la continuité du sommeil, ainsi que le fonctionnement pendant la journée, sont également importants. Une impression occasionnelle de mal dormir sans retentissement diurne n’est pas forcément préoccupante. En revanche, si les difficultés persistent et altèrent l’humeur, la concentration, la motivation ou les performances, il est recommandé de consulter.»

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