Les chutes de pierres menacent les alpinistes
«Le Cervin est trop dangereux»: un guide de montagne appelle à renoncer à son ascension

Zermatt lance l'alerte: le Cervin est actuellement trop dangereux en raison de la chaleur et du manque de neige. Les guides de montagne mettent en garde contre un risque accru de chutes de pierres, souvent provoquées par les alpinistes eux-mêmes.
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Sur le Cervin, le manque de neige et les températures élevées favorisent les chutes de pierres.
Photo: Kim Niederhauser
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Pascal Scheiber

«On pourrait gravir le Cervin en ce moment même, sans crampons et en simple t-shirt», affirme Anjan Truffer, guide de montagne et chef des secours de Zermatt. Mais cette apparente facilité cache un réel danger. «Quiconque ne connaît pas la montagne n'a rien à faire sur le Cervin. C'est beaucoup trop dangereux!»

Cet avertissement intervient alors que les guides de montagne locaux appellent à renoncer provisoirement à l'ascension. Le bureau des guides «Zermatters» recommande ainsi «de s'abstenir de gravir le Cervin jusqu'à nouvel ordre», indique une lettre obtenue par Blick.

Le risque de chutes de pierres ne cesse d'augmenter

En cause: «Les températures constamment élevées et le risque accru de chutes de pierres qui en résulte», écrivent les guides de montagne. A 4478 mètres d'altitude, au sommet du Cervin, les températures restent habituellement négatives, même en été. Lors des années normales, le manteau neigeux résiste lui aussi à la saison estivale.

Mais cet été, la situation est différente: il fait tout simplement trop chaud sur le Cervin. «Ce que nous observons sur le Cervin depuis juin est extrême», explique Anjan Truffer. Et cela, alors même que la montagne traverse habituellement sa meilleure période de l'année pour l'alpinisme. Pourtant, le risque de chutes de pierres ne cesse d'augmenter. Pourquoi?

Risque accru de chutes de pierres sur le sommet du Cervin. Les guides de montagne tirent la sonnette d'alarme.
Photo: Kim Niederhauser

Le sommet du Cervin est particulièrement exposé et rocheux. En temps normal, une épaisse couche de neige stabilise les pierres instables. «Les randonneurs suivent toujours une trace à travers le névé et ne voient pas le sol en contrebas», explique Anjan Truffer, qui a lui-même atteint le sommet plus de 230 fois.

«Le danger est créé par l'homme»

Mais cette couche de neige a aujourd'hui disparu. L'hiver peu enneigé n'a pas permis d'accumuler des réserves suffisantes pour résister aux températures exceptionnellement élevées de ces derniers mois. «Sans trace de neige, les alpinistes vont dans tous les sens», explique Anjan Truffer. En temps normal, les cordées progressent pourtant à deux, en suivant un itinéraire bien défini.

«Si des grimpeurs inexpérimentés utilisent une corde trop longue, ce qui arrive fréquemment, elle touche la roche et la met en mouvement», poursuit le secouriste en montagne. Toute personne se trouvant plus bas sur la voie d'ascension se retrouve alors immédiatement en danger. Selon Anjan Truffer, les alpinistes eux-mêmes sont responsables de ce risque accru: «Le danger ici ne vient pas du pergélisol, il est créé par l'homme!»

Les événements des derniers jours semblent lui donner raison, comme l'a révélé en premier la «NZZ am Sonntag». Plusieurs cordées ont été piégées par un éboulement sur le Cervin. Un guide de montagne, blessé à l'épaule après avoir été touché par une pierre, a dû être évacué par hélicoptère.

Le souvenir de 2003

Les chutes de pierres ont toujours fait partie des risques de la montagne. Selon les statistiques du Club alpin suisse (CAS), elles sont à l'origine d'une trentaine d'interventions de secours chaque année lors de randonnées en haute montagne ou d'ascensions à travers le pays. Au cours des cinq dernières années, le CAS a recensé deux accidents mortels liés à des chutes de pierres.

Anjan Truffer connaît parfaitement ce danger. Depuis 32 ans, l'alpiniste de Zermatt gravit le Cervin, ou participe à des opérations de sauvetage sur ses pentes. La décision de déconseiller actuellement son ascension ne le surprend donc pas, d'autant qu'une telle situation s'est déjà produite par le passé.

Il se souvient notamment de la canicule de 2003: «Un immense bloc de pierre s'était détaché au-dessus du refuge Hörnlihütte. Au total, 70 alpinistes ont dû être évacués.» La principale voie d'ascension du Cervin était alors restée fermée pendant plusieurs jours.

Les alpinistes doivent repenser leur approche

Pour le guide de montagne, l'évolution future de l'alpinisme estival dépendra avant tout de l'enneigement et des températures. Le phénomène ne concerne pas uniquement le Cervin, mais l'ensemble du massif alpin. «Il est donc nécessaire de revoir notre approche, estime-t-il. Nous devons nous préparer à grimper plus souvent durant les intersaisons, en juin ou en septembre.»

Impossible pour l'heure de savoir combien d'alpinistes renoncent actuellement à gravir le Cervin. «Idéalement, les passionnés choisiraient une autre montagne», lance Anjan Truffer en riant, avant d'ajouter: «Nous avons 28 autres sommets de plus de 4000 mètres, les alternatives ne manquent pas.»

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