Le bilan du sinistre ayant ravagé le bar Le Constellation est effroyable: 40 morts et 116 blessés. Parallèlement au deuil, la justice. Les exploitants sont prévenus d’homicide, de lésions corporelles et d’incendie. A chaque fois par négligence.
Des images des travaux effectués il y a dix ans dans leur local plaident en leur défaveur. Les normes ont-elles été respectées? Quid des inspections menées par la Commune, chargée de s’exécuter une fois par an? Alors que les investigations débutent, On fait le point avec le réputé avocat valaisan Me Nicolas Rivard, installé à Sion.
L'attitude de la commune interroge
Au bout du fil, l’homme de loi, qui défend notamment les parents de la famille de la petite fille emportée en 2019 par une lave torrentielle à Chamoson (VS), juge les qualifications retenues contre les gérants «logiques à ce stade de l’enquête». «Le Ministère public valaisan est allé au plus évident, analyse-t-il. Au vu des différents éléments qui circulent dans les médias, par exemple les photographies des bougies incandescentes sur les bouteilles de champagne semblant avoir déclenché le feu sur la mousse au plafond, il n’y a pas besoin d’avoir fait cinq ans de droit pour aller de l’avant.» Que risquent les prévenus, présumés innocents jusqu’à un éventuel jugement définitif? «Si on cumule les délits, on arrive au maximum à 4 ans et demi de privation de liberté», assure-t-il.
L’attitude de la Commune de Crans-Montana, qui s’est portée partie civile dans la procédure pénale, interpelle. Comment Nicolas Rivard la comprend-elle? «C’est la défense par l’attaque, lâche-t-il. Cette stratégie me paraît inappropriée. C’est une manière de se positionner en victime, d’avoir accès au dossier pénal, alors que la procédure pourrait s’étendre à elle.»
Il insiste: «Tout le monde se concentre sur les gérants, mais il ne faut pas oublier qu’ils ne sont qu’un des maillons de la chaîne des responsabilités. Au-dessus de tout établissement qui désire accueillir du public, il y a une autorité de surveillance: la Commune. L’enquête établira si celle-ci a respecté ses obligations.»
De son expérience de terrain, les contrôles des établissements prévus par la loi sont-ils systématiquement effectués comme ils le devraient? «Non, il y a, a priori, un manque de moyens en Valais, affirme l’avocat. Peut-être faudrait-il repenser le système.»
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à paraître le jeudi 8 janvier 2026.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à paraître le jeudi 8 janvier 2026.