Enfin! Le petit milieu de l’humour romand savoure sa revanche. L’an dernier, l’humoriste Yoann Provenzano avait lancé la polémique en dénonçant la maigre place faite aux Romands dans la programmation du Montreux Comedy Festival. «Une énième édition qui a vu se produire sur scène autant de Suisses qu’il faut de monde pour faire un 2v2 en beach-volley», écrivait-il dans un post Instagram qui avait fait du bruit.
Cette année le message semble avoir été entendu. Le festival revient avec un gala 100% suisse – ou presque. Blick s’est glissé au rodage du gala «Transgres-Suisse», une soirée où, dans le jargon, les humoristes testent et peaufinent leurs blagues. L’occasion de poser la question: peut-on faire carrière dans l’humour en Romandie, ou le détour par Paris reste-t-il obligatoire?
Monter à Paris ou rester ici?
Yann Marguet, Marina Rollman ou encore Alexandre Kominek: ces noms, vous les connaissez, et le public français amateur de stand-up aussi. Entre leurs passages sur France Inter, leurs chroniques dans l’émission Quotidien ou leurs spectacles sur Netflix, ces humoristes forment la «génération dorée» de l’humour romand.
Mais une nouvelle génération n’a pas forcément besoin de la France pour percer. C’est le cas de Blaise Bersinger, à l’affiche du gala suisse. «Un festival d’une telle renommée qui se tient chez nous, mais sans humoristes de chez nous, ça faisait tache», lance-t-il d’emblée quand nous le rencontrons après le rodage. Il s’apprête à fouler pour la première fois la scène du Montreux Comedy Festival. Selon lui, la vie d’humoriste est presque plus «facile» de ce côté-ci de la frontière: «On est plus facilement et plus rapidement médiatisé», observe-t-il. Mais paradoxalement, avec cette nouvelle génération et les talents qui émergent de toutes parts, «on sera peut-être confronté à la même situation qu’à Paris», estime l'humoriste.
Faut-il alors monter à Paris justement? «Il n’y a pas un seul chemin. Ça peut être une voie». Mais lui a préféré rester en Suisse. «J’ai l’impression d’avoir tellement dû me battre pour que le public suisse romand accepte mon style – et de loin pas dans sa globalité, d’ailleurs, plaisante-t-il. Je n’ai pas l’énergie ni la force émotionnelle de recommencer.» Il ne s’en cache pas pour autant: si l’occasion se présentait, il irait sûrement.
Accusé d'être un festival «qui n'a de suisse que les subventions», le Montreux Comedy revient cette année avec un gala 100% romand, baptisé «Transgres-Suisse». «Ça n'a rien à voir avec la polémique», assure à Blick Grégoire Furrer, fondateur et président du festival. Ah bon? «Les critiques, on les a entendues. On a pris note que l'écosystème suisse voulait travailler avec nous.» «Sur le fond, oui, je trouvais un peu injuste qu'on se soit retrouvés à la une des journaux, dépeints comme les méchants, admet le boss du Montreux Comedy, mais son coup de gueule a fait bouger les lignes, et ça se retourne positivement aujourd'hui.»
La polémique a également fait réagir les milieux institutionnels, qui ont demandé des comptes. Grégoire Furrer rappelle cependant que le festival «n'était pas subventionné pour faire un travail d'incubation locale, mais pour faire rayonner le festival à travers le monde». Selon lui, la critique est donc «antinomique»: «Si les gens veulent qu'on fasse des vues dans le monde, et on en a fait, on est obligés d'avoir des artistes qui ont une empreinte internationale.»
Pour cette édition 2027, neuf humoristes suisses fouleront les planches du Théâtre de Beaulieu, tandis que d'autres se produiront lors des différents galas, à l'image de Yann Lambiel, qui participera au gala de clôture. Au total, une quinzaine d'artistes suisses seront à l'affiche, contre seulement deux en 2025.
«L'un de nos gros objectifs, c'est aussi de combler le déficit de notoriété des artistes suisses. Avec cette soirée, il faut donner des opportunités à des artistes émergents», explique Grégoire Furrer. Au Montreux Comedy, plus de 60% des spectateurs viennent de l'étranger: ce gala suisse ne leur est donc pas forcément destiné, et le directeur ne s'en cache pas. «Reste à voir si le public local va réagir et soutenir ses artistes.» Il ne dissimule pas pour autant sa fierté: «On montre aujourd'hui, avec ce gala, que la Suisse aussi est capable de prendre part à la grande conversation de l'humour mondial.»
Ce rendez-vous a vocation à s'inscrire durablement dans le festival et à être reconduit les années suivantes, assure-t-il. «On a peut-être manqué de vision, admet le fondateur. Le marché suisse est aujourd'hui bien plus mûr qu'il y a dix ou quinze ans.» Et Grégoire Furrer de conclure: «Etre gros et puissant, ça implique aussi une responsabilité locale, et on n'en avait peut-être pas assez pris conscience.»
Accusé d'être un festival «qui n'a de suisse que les subventions», le Montreux Comedy revient cette année avec un gala 100% romand, baptisé «Transgres-Suisse». «Ça n'a rien à voir avec la polémique», assure à Blick Grégoire Furrer, fondateur et président du festival. Ah bon? «Les critiques, on les a entendues. On a pris note que l'écosystème suisse voulait travailler avec nous.» «Sur le fond, oui, je trouvais un peu injuste qu'on se soit retrouvés à la une des journaux, dépeints comme les méchants, admet le boss du Montreux Comedy, mais son coup de gueule a fait bouger les lignes, et ça se retourne positivement aujourd'hui.»
La polémique a également fait réagir les milieux institutionnels, qui ont demandé des comptes. Grégoire Furrer rappelle cependant que le festival «n'était pas subventionné pour faire un travail d'incubation locale, mais pour faire rayonner le festival à travers le monde». Selon lui, la critique est donc «antinomique»: «Si les gens veulent qu'on fasse des vues dans le monde, et on en a fait, on est obligés d'avoir des artistes qui ont une empreinte internationale.»
Pour cette édition 2027, neuf humoristes suisses fouleront les planches du Théâtre de Beaulieu, tandis que d'autres se produiront lors des différents galas, à l'image de Yann Lambiel, qui participera au gala de clôture. Au total, une quinzaine d'artistes suisses seront à l'affiche, contre seulement deux en 2025.
«L'un de nos gros objectifs, c'est aussi de combler le déficit de notoriété des artistes suisses. Avec cette soirée, il faut donner des opportunités à des artistes émergents», explique Grégoire Furrer. Au Montreux Comedy, plus de 60% des spectateurs viennent de l'étranger: ce gala suisse ne leur est donc pas forcément destiné, et le directeur ne s'en cache pas. «Reste à voir si le public local va réagir et soutenir ses artistes.» Il ne dissimule pas pour autant sa fierté: «On montre aujourd'hui, avec ce gala, que la Suisse aussi est capable de prendre part à la grande conversation de l'humour mondial.»
Ce rendez-vous a vocation à s'inscrire durablement dans le festival et à être reconduit les années suivantes, assure-t-il. «On a peut-être manqué de vision, admet le fondateur. Le marché suisse est aujourd'hui bien plus mûr qu'il y a dix ou quinze ans.» Et Grégoire Furrer de conclure: «Etre gros et puissant, ça implique aussi une responsabilité locale, et on n'en avait peut-être pas assez pris conscience.»
La RTS comme tremplin
Le MC de la soirée – en bon français, l’hôte – n’a pas eu besoin de la France non plus pour se faire un nom. C’est l’humoriste fribourgeois Julien Rossier, plus connu sous le nom de Lord Betterave, que le festival a choisi pour mener la danse. «Tout le monde nous parlait de lui, il a un rôle vraiment fédérateur», observe Certe Mathurin, directeur artistique du festival, pour qui le peu d’humoristes suisses relevait aussi de «l’aberration».
Lord Betterave a choisi huit humoristes pour l’accompagner sur scène. «On se connaît tous, ce sera une belle soirée entre copains», sourit-il. Le Fribourgeois, qui se considère déjà comme un «vieux» du milieu, porte un regard nuancé sur Paris. Pour lui, la Suisse a de gros avantages, à commencer par la RTS, qui fait beaucoup pour l’humour, notamment avec Couleur 3.
Une analyse que partage Grégoire Furrer, le patron du festival. «L’écosystème suisse romand fonctionne plutôt bien. Il est même privilégié, avec un service public fort comme la RTS, et de l’argent investi dans la carrière des artistes.» La scène romande est aussi plus solidaire, contrairement à la «jungle» parisienne, où des centaines d’humoristes se disputent une place dans une dizaine de comedy clubs.
Mais cette taille réduite peut aussi desservir les artistes suisses. Les comedy clubs restent rares en Romandie, les plus connus sont le P’tit Chnit à Lausanne et le Caustic à Genève. A Paris, la profusion de scènes permet mécaniquement de jouer beaucoup plus. Un point sur lequel s’accordent la plupart des humoristes. «Quand tu commences, il faut jouer le plus possible. Etre à Paris permet de jouer dix fois par semaine», analyse le Français Certe Mathurin.
Un constat que partage Cinzia Cattaneo, qui s’est fait connaître dans la capitale française: «Il y a peu de place, mais c’est une bonne école.» Pour la Genevoise, vivre de son art reste toutefois plus simple à Genève. «Financièrement, c’est très différent. A Paris, il faut jouer cinq fois pour toucher l’équivalent d’un cachet suisse», raconte-t-elle. Les soirées d’entreprise, par exemple, sont bien développées en Suisse et permettent aux humoristes de gagner leur vie autrement que dans les comedy clubs.
Les réseaux sociaux brouillent-ils les frontières?
Et les réseaux sociaux dans tout ça? Permettent-ils de toucher un public plus large et de franchir les frontières romandes? Sur ce point, les humoristes sont partagés. «Aujourd'hui, dans le monde du stand-up, on accorde trop d'importance au nombre de followers, regrette Blaise Bersinger. Certains programmateurs ne regardent que ça.» A Paris, le phénomène serait encore plus marqué, une présence sur Instagram y est devenue indispensable. «Si tu n'as pas de followers à Paris, tu n'es personne», abonde Cinzia Cattaneo.
Tous s'accordent sur un point: ce qui fait rire dans un sketch publié sur Instagram ne fonctionne pas forcément face à une salle. «Et en même temps, ce ne sont pas forcément les followers qui vont acheter des places, observe Blaise Bersinger, avant de résumer: Les réseaux sociaux ont foutu le grand bordel dans ce qu'est une carrière d'humoriste.»