Sur Facebook, le statut de la relation entre le PLR et l’UDC serait sans doute: «C’est compliqué.» En réalité, les deux partis aiment faire cause commune. Lors des dernières élections de 2023, ils ont conclu des alliances électorales dans neuf cantons.
Mais actuellement, le climat est tendu entre les deux formations de droite. A Zurich, à peine ont-ils formé une alliance bourgeoise en vue des élections au Conseil d'Etat d'avril prochain, que l'UDC et le PLR se sont fâchés au sujet des éoliennes.
Tout a commencé peu après que le PLR et l'UDC ont décidé, avec le Centre, de soutenir leurs candidats respectifs au Conseil d’Etat. Quelques jours plus tard, le «Tages-Anzeiger» publie un tract de l’UDC de Zurich sur la question du droit de veto contre les parcs éoliens, et critique le PLR: «La gauche et le PLR ont voté contre ce droit de veto au Grand Conseil», dénonce le tract.
L’UDC et le Centre se sont prononcés en faveur d’un tel veto au Grand Conseil. Le PLR, en revanche, a décidé de laisser ses élus libres de voter comme ils l’entendent. Certains de ses représentants s’opposent à ce droit de codécision supplémentaire accordé aux communes, jugeant que cela rendrait certains projets irréalisables.
Pas d’alliance à Bâle
A Bâle-Ville aussi, les deux partis se sont chamaillés car l'UDC supporte mal d'être exclue de l'alliance de droite. La semaine dernière en effet, les partis centristes ont décidé de miser de nouveau sur une alliance électorale regroupant le PLR, les Vert'Libéraux, le Parti évangélique (EVP), le Centre et le Parti libéral-démocrate (PLD). Cette alliance avait obtenu, lors des élections de 2023, deux des quatre sièges du canton.
Comme lors des dernières élections, l’UDC de Bâle-Ville est restée sur la touche. Dans un communiqué, le parti, remonté, a mis en doute la crédibilité du PLR et du PLD, car ceux-ci se seraient à plusieurs reprises opposés aux Verts au niveau cantonal.
Divergences romandes
En Suisse romande aussi, des divergences sont apparues entre l’UDC et le PLR ces derniers mois. Dans le canton de Vaud, les deux partis se sont opposés sur le degré de rigueur budgétaire à imposer à l’Etat. En juin 2025, les abstentions de nombreux députés PLR ont contribué à faire échouer une résolution de l’UDC réclamant un gel des dépenses cantonales. Les tensions se sont ravivées en décembre, quand le Conseil d’Etat, présidé par la PLR Christelle Luisier, a renoncé à deux mesures d’économies contestées par les syndicats. Dénonçant un revirement du gouvernement, l’UDC a menacé de rejeter le budget 2026, tandis que le PLR, lui-même divisé, a finalement privilégié son adoption.
Ces dissensions ont mis à l’épreuve la cohésion de l’Alliance vaudoise, sans toutefois empêcher les deux partis de soutenir majoritairement le budget lors du vote final. Depuis, l'alliance a été reconduite pour 2027 entre UDC et PLR, et ce malgré le départ du Centre, qui a opté pour une alliance avec les partis centristes pour les élections de l'an prochain.
A Fribourg, l'UDC a accusé la majorité PLR-Centre-UDC de ne pas mener une politique suffisamment à droite. Puis, l'été dernier, l'UDC a défié le PLR et le Centre dans le district de la Veveyse, en présentant la candidature de Roland Mesot (UDC) à la préfecture, contre le préfet sortant du Centre. Un geste perçu comme un coup de canif à l'Entente de droite. L'UDC fribourgeoise a ensuite pris ses distances avec ses alliés, affirmant sa légitimité à présenter son propre candidat.
A Genève, le PLR reconnaît des divergences avec l'UDC sur les questions fédérales, notamment l'immigration et les Bilatérales III, tout en affirmant que, sur les politiques cantonales, les majorités nécessaires à la mise en œuvre de son programme se construisent régulièrement avec l'UDC.
Les Bilatérales III, divergence existentielle
Car au-delà des situations cantonales, c'est bien une divergence stratégique majeure qui se profile à l'horizon entre le PLR et l’UDC: la campagne sur les Bilatérales III. Les futurs accords entre la Suisse et l’UE, combattus par l’UDC mais soutenus en majorité par le PLR, placeront ces deux alliés traditionnels à l'opposé de l'échiquier.
A cette divergence de fond s’ajoutera une rivalité électorale croissante à l’approche des élections fédérales de 2027. Les deux formations auront en effet des intérêts concurrents, d’autant que plusieurs succès récents de l’UDC lors d’élections cantonales se sont accompagnés de reculs du PLR.
Ces désaccords n’excluent toutefois pas des rapprochements tactiques au fédéral. L’UDC pourrait notamment rechercher des apparentements de listes avec le PLR et Le Centre. Sans constituer une véritable alliance politique, ils permettraient d’éviter qu’une partie de leurs voix résiduelles ne profite à des formations extérieures.