Les élus de gauche en colère
Pendant que les primes des caisses maladie explosent, les réserves des caisses s'envolent

La gauche et les représentants des assurés voient rouge: les réserves des assureurs se sont hissées à 8,4 milliards, sans avoir servi à atténuer la hausse des primes. Ils dénoncent l'absence d'obligation des assureurs d'agir en priorité dans l'intérêt du pouvoir d'achat des assurés.
Samuel Bendahan (à g.) et Pierre-Yves Maillard (à dr.) voient rouge face aux excédents des assureurs qui ne servent pas à atténuer la hausse vertigineuse des primes maladie.
Photo: Peter Klaunzer
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Myret ZakiJournaliste Blick

Alors que les primes maladie s'annoncent à 5% en 2027, et que leur hausse cumulée atteint 35% depuis 2023, les réserves des caisses maladie, elles, ont augmenté de 600 millions de francs cette année. Elles atteignent 8,4 milliards depuis janvier 2026, d'après l'OFSP (Office fédéral de la santé publique). Elles étaient de 7,8 milliards au début de 2025, et de 7,3 milliards début 2024. Soit 1 milliard de francs de hausse sur la période, pendant que les primes augmentaient de 8,7% en 2024, de 6% en 2025, et de 4,4% en 2026. Or les réserves excédentaires ont vocation à servir à atténuer la hausse des primes.

2,7 milliards de réserves en trop

Avec 8,4 milliards, les caisses sont actuellement en surcouverture, en moyenne, car 5,7 milliards suffiraient à remplir les exigences légales. Autrement dit, les réserves disposent de 2,7 milliards de trop, globalement. Leur taux de solvabilité global atteint 149%. Depuis 2025, l'excédent a augmenté: il était de 2,5 milliards l'année précédente.

Ces excédents sont vivement critiqués par des élus à Berne, à un moment particulièrement délicat pour l'assurance maladie, où la gauche en particulier estime que le coût très élevé des hausses de primes devient insupportable pour les assurés et a lancé une initiative populaire qui limiterait les primes à un pourcentage des revenus.

Président de l’association suisse des assurés (ASSUAS), l'élu MCG Mauro Poggia décrit le système des réserves comme «la plus grande perversion du système des assurances». «Le problème, explique-t-il, est que les assurés qui changent de caisse partent sans leurs réserves, et doivent les reconstituer dans la nouvelle caisse. Ces excès de réserves, les assureurs ont la possibilité de les utiliser pour atténuer la hausse des primes, mais pas l'obligation. Inutile d’ajouter que ce n’est de loin pas l’option choisie.»

«A se taper la tête contre les murs!»

Contactés, les élus Pierre-Yves Maillard et Samuel Bendahan disent leur colère. «Entre les abus dans les facturations dans certaines spécialités médicales, le scandale des rabais non répercutés auprès des assurés et les réserves qui remontent inutilement chez les assureurs, il y a de quoi se taper la tête contre les murs», réagit Pierre-Yves Maillard. Le conseiller aux Etats (PS/VD) a déposé une motion: «Demain, le Parlement a l’occasion d’exiger que toute hausse de primes de plus de 3% puisse être soumise au peuple. Si c’est non, il restera à soutenir l’initiative populaire que le PS va lancer cet automne pour baisser les primes des familles et de la classe moyenne.»

«Ce n'est absolument pas normal, les caisses les plus dotées sont censées agir pour réduire les primes, mais elles ne jouent pas le jeu», réagit de son côté Samuel Bendahan, chef du groupe socialiste au Parlement. Pour le conseiller national (PS/VD), «on a une dissonance entre les intérêts des assurés et les caisses, qui ont beaucoup trop de liberté et ne priorisent pas à la crise du pouvoir d'achat de la classe moyenne».

Excédents: placés plutôt que restitués

Contactée, l'Association des assureurs-maladie suisses (prio-swiss), répond: «La hausse des réserves s’explique avant tout par les bons résultats des placements: sur les 569 millions de francs d’excédents enregistrés en 2025, 511 millions proviennent des revenus du capital et 58 millions de l’activité d’assurance proprement dite, explique le responsable de la communication Christophe Kaempf. Cette évolution n’était pas prévisible au moment de la fixation des primes en 2024».

Le placement des réserves sur les marchés financiers n'est pas une priorité pour les assurés, selon Samuel Bendahan: «Les caisses placent les réserves en bourse, mais pour l'assuré, c'est une sorte d'investissement forcé: on ne lui demande pas son avis. Or il préférerait certainement voir ces excédents utilisés pour réduire ses primes». L'initiative populaire socialiste «obligera les caisses à rendre une partie de cet argent», estime Samuel Bendahan.

Depuis une révision entrée en vigueur en 2021, les assureurs peuvent plus facilement utiliser certains instruments pour diminuer leurs réserves. Les réductions volontaires des réserves ont été de 28 millions en 2020, 378 millions en 2021, 22 millions en 2022, mais elles ont été nulles de 2023 à 2026. Les réserves sont pourtant reparties à la hausse depuis 2024, se hissant de 7,3 milliards alors, à 8,4 milliards aujourd'hui.

Les caisses encouragées à limiter les primes

L’OFSP indique qu'il encourage les assureurs disposant de réserves élevées et d’une bonne solvabilité à «utiliser tous les moyens disponibles, notamment les revenus du capital, pour limiter les primes». Quinze assureurs ont annoncé le faire en 2026 pour les primes 2027, relève Christophe Kaempf. Le porte-parole de l'association qui représente les assureurs-maladie souligne que ces derniers «n’ont aucun intérêt à prélever des primes trop élevées par rapport aux coûts de la santé». Il ajoute que «lors de l’approbation des primes, l'OFSP veille à ce que le calcul ne conduise pas à la constitution de réserves trop basses ou trop élevées». Actuellement, dit-il, «les réserves permettent de couvrir l’équivalent de deux à trois mois de prestations de l’assurance-maladie obligatoire.»

Christophe Kaempf rappelle que les réserves «servent avant tout à absorber les évolutions imprévues des coûts et à garantir la solvabilité des assureurs», et qu'en 2023, «en raison notamment de coûts de la santé plus élevés, les réserves avaient diminué d’environ 1,2 milliard de francs en une seule année».

Il estime en fin qu'«une obligation de reverser systématiquement les excédents risquerait d’accentuer les fluctuations des primes d’une année à l’autre et de créer un effet 'yo-yo' indésirable».

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