Où se baigner avec cette chaleur?
Plongée dans les 10 plus beaux bains suisses romands

Les beaux jours s’installent et il est temps de songer aux lieux où se rafraîchir. Cela tombe bien: Patrimoine suisse publie la 3e édition de son guide «Les plus beaux bains». Une sélection de 50 lieux remarquables, des villes aux stations de montagne. En voici dix.
1/13
Les Bains des Pâquis sont épics pour les Genevois.
Photo: Office du tourisme de Genève.

La Suisse compte parmi les pays les mieux dotés en bassins de plein air. Lieux de loisirs et de baignade incontournables, ils sont également de précieux témoins architecturaux, souvent remarquables, d’une histoire sociale et urbaine. Les premières «piscines» ouvertes, construites à la fin du XIXe siècle, n’étaient en fait que de simples cabanes en bois plantées au bord des rivières et non mixtes. En un siècle et demi, elles sont devenues des équipements collectifs majeurs, témoins des grandes mutations architecturales et sociales du pays.

Les années 1930 marquent un tournant. Le béton libère les formes: plongeoirs sculptés, bassins olympiques, tribunes pour 1000 spectateurs. A Lausanne, Bellerive Plage est conçue en vue des Jeux olympiques. A Bâle, le Gartenbad Eglisee installe plus de 4000 places de vestiaires et un éclairage. Derrière beaucoup de ces réalisations, un nom: Beda Hefti. Ingénieur architecte, il commence sa carrière à Fribourg en 1923 et imprime sa patte – éléments préfabriqués, symétrie stricte, canal de trop-plein breveté – à travers des dizaines de bassins bâtis dans tout le pays.

Cinquante établissements remarquables

L’après-guerre voit l’apparition du béton brut et du chlore. Quand les rivières et les lacs deviennent trop pollués pour s’y baigner, les piscines quittent les rives et migrent vers les quartiers résidentiels. Certaines disparaissent, d’autres résistent fièrement, à l’image des Bains des Pâquis, à Genève, qui échappent à la démolition en 1988 grâce à un référendum populaire.

Autant d’éléments à retrouver dans les pages de la 3e édition remaniée des Plus beaux bains, éditée en version bilingue français/allemand par Patrimoine suisse, qui a sélectionné 50 établissements remarquables à travers toute la Suisse, en vue de baignades fluviales, lacustres, urbaines ou en montagne. KBL

«Les plus beaux bains», Ed. Patrimoine suisse, patrimoinesuisse.ch

Genève

Bains des Pâquis, Genève: Sauvés de la démolition

Quai du Mont-Blanc 30
Architecte: Henry Roche (1931)

Photo: Office du tourisme de Genève

Depuis le plongeoir de 10 mètres des Bains des Pâquis, on est plus près du Jet d’eau qu’en tout autre endroit à Genève. A l’origine, hommes et femmes s’y baignaient sur deux côtés différents, dans des bassins aménagés de manière symétrique avec vue sur la ville, tandis que, côté lac, une plage s’étend jusqu’à l’eau. Les Bains des Pâquis existent depuis 1872. D’abord édifiés en bois, ils sont rebâtis entre 1931 et 1932 en construction massive, dans une expression sobre relevant du Neues Bauen. Les autorités sous-estiment alors l’attachement émotionnel des Genevoises et des Genevois à leurs bains. En 1988, ceux-ci lancent un référendum contre un projet de démolition et de reconstruction, tandis qu’une association parvient à démontrer que l’état du bâti est moins mauvais qu’affirmé et que le site se prête à une rénovation. 

Aujourd’hui, la popularité des Bains des Pâquis demeure intacte, comme au premier jour. Ils constituent en outre un exemple emblématique de la manière dont l’engagement de la société civile peut préserver le patrimoine bâti et, avec lui, un lieu profondément ancré dans l’identité d’une ville.

Piscine de Marignac, Grand-Lancy: Un essor coulé dans le béton

Avenue Eugène-Lance 30
Architectes: Georges Brera, Pierre Nierlé, Paul Waltenspühl (1968)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

Quiconque a déjà fait des ricochets reconnaîtra, dans le plan et la vue aérienne de la piscine en plein air de Lancy, les cercles qui se dessinent à la surface. Le projet ne se limite toutefois pas à cette image. Face à la situation du site, entre route principale et voie ferrée, les architectes ont choisi d’abaisser dans le sol l’installation composée de trois cercles. Ce parti permet en même temps de préserver le caractère de parc de la parcelle, avec son ancien patrimoine arboré, et d’offrir, dès l’origine, de précieux espaces ombragés. Tous les éléments sont réalisés en béton, matériau qui a contribué à libérer l’architecture de l’après-guerre du canon des formes traditionnelles. 

Le plongeoir sculptural de 10 mètres, autour duquel l’escalier s’enroule de manière organique, en constitue une démonstration particulièrement parlante. L’installation de Lancy, l’une des trois communes genevoises au caractère résidentiel, témoigne de l’essor économique du pays et s’impose, pour cette raison, comme un important témoin de son époque. Dès 2004, elle a été placée sous protection par le canton de Genève.

Vaud

Piscine communale de Colovray, Nyon: Intégrée dans le paysage

Chemin de la Piscine
Architecte: Jean Serex (1970)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

Le terrain qui descend vers le lac compose, avec les arbres et les bâtiments, un ensemble particulièrement réussi. Dès l’entrée et près du restaurant, un détail retient l’œil: des bacs à fleurs intégrés aux constructions, soigneusement plantés. Jean Serex n’a pas seulement conçu les édifices, mais il a aussi disséminé sur le terrain des dalles de sol carrées en béton lavé. Un bassin sportif et un bassin non-nageurs s’inscrivent eux aussi dans ce terrain incliné. Tout en bas, une plage de galets mène au Léman. «Cela aurait été un crime impardonnable que de sacrifier ces magnifiques arbres et ce merveilleux environnement», écrit la critique au moment de la construction. 

Une visite récente confirme avec satisfaction que les immenses marronniers et les épicéas, aux cimes pareilles à des ombrelles, sont toujours là. Au-dessus des vestiaires en béton lavé préfabriqué conservés comme à l’époque, des supports autoportants en forme de champignon semblent flotter, tels des parapluies retournés par le vent.

Bellerive Plage, Lausanne: Nouvelles dimensions

Avenue de Rhodanie 23
Architecte: Marc Piccard (1937) / Rénovation: Inès Lamunière, Patrick Devanthéry (1993)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

La rotonde marquante de l’entrée et du restaurant est l’emblème de cette piscine des années 1930, pensée comme un tout cohérent. Considéré comme premier bâtiment et chef-d’œuvre du fonctionnalisme à Lausanne, l’ensemble se distingue alors par des dimensions inédites. Avec le remblayage de la rive entre Vidy et Ouchy, la ville entend se préparer à accueillir les Jeux olympiques. C’est dans ce contexte que la plage se dote d’un bassin olympique et d’un plongeoir de 10 mètres. 

La courbe de l’aile des cabines épouse le tracé du rivage et introduit une innovation: les cabines des hommes et des femmes sont réparties sur des étages distincts, surmontés d’une terrasse ensoleillée. Le chantier s’inscrit dans une période de difficultés économiques, au point que tout recours à des machines de chantier était proscrit. Malgré ces contraintes, l’architecture fait appel à des «matériaux de qualité, durables», tels que des dalles en granit tessinois, comme le relevait déjà la critique de l’époque.

Neuchâtel

Plage des Jeunes-Rives, Neuchâtel: Un lieu qui se déploie

Jeunes-Rives
Bureau d’architecture: Frundgallina (2023)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

Dans les années 1960 et 1970, la promenade des Jeunes-Rives à Neuchâtel est aménagée par remblai, principalement pour accueillir la ligne ferroviaire et l’autoroute. Le chantier fait toutefois naître, en même temps, un espace de détente de proximité, avec parc et plage. En 2002, le site vit au rythme de l’Expo.02, organisée en différents lieux de la région des Trois-Lacs. Après l’événement, il reste en friche jusqu’à ce qu’un concours international destiné à de jeunes bureaux d’architecture (Europan) soit lancé en 2009 et remporté par Frundgallina. 

Les architectes neuchâtelois répondent à ce mandat volontairement ouvert par un minimalisme assumé. Ils renoncent à de grandes interventions bâties afin de préserver cette zone de respiration, parc et plage réunis, comme poumon vert de la ville. Leur démarche s’appuie aussi sur des processus participatifs, ce qui vaut au projet une large acceptation auprès de la population. Le premier édifice est déjà en place: un vestiaire circulaire en bois, au dispositif intérieur raffiné, qui donne l’impression d’avoir toujours appartenu au paysage. D’autres aménagements, tels qu’un sauna et des buvettes, suivront.

Fribourg

Bains de la Motta, Fribourg: Le prototype de Beda Hefti

Chemin des Bains 8
Architectes: Frédéric Broillet et Augustin Genoud, Beda Hefti (1923)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse


La situation de cet objet protégé est spectaculaire. D’un côté s’élève une paroi rocheuse abrupte, tandis qu’en vis-à-vis la vieille ville de Fribourg trône sur l’autre rive. Entre les deux, la Sarine serpente. Cette construction d’une grande modernité, fondée sur l’emploi d’éléments en béton préfabriqués, est tenue ensemble par un ordre d’inspiration classique. La répétition des éléments caractérise les bains de Hefti, dont la carrière de constructeur de piscines commence à Fribourg. Le brevet du canal de trop-plein, appliqué ici pour la première fois, est déposé en 1928.

Dans la ville catholique de Fribourg, où la morale et le sens de la pudeur occupent une place centrale, un projet initial dessiné par Frédéric Broillet et Augustin Genoud prévoit deux bassins séparés selon le sexe. Bien que cette proposition, dotée d’un bâtiment d’entrée central, ne soit pas réalisée, son principe est repris.

Valais

Piscine municipale de Martigny: Copié-collé

Rue du Forum 19
Architecte: Beda Hefti (1954)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

L’installation de Martigny est étroitement apparentée à la piscine de Granges, où Beda Hefti est également mentionné comme «ingénieur architecte». La parenté apparaît clairement dans les plongeoirs: celui de Martigny capte le regard par ses garde-corps d’un rouge éclatant. Sa forme en Y reprend exactement celle de Granges. D’un côté, cette structure témoigne de la liberté formelle qu’offrait alors le béton. De l’autre, elle montre combien Hefti est resté fidèle, jusque dans son œuvre tardive, à une méthode fondée sur la répétition et l’adaptation d’éléments architecturaux existants.

Piscine du Sporting, Crans-Montana: Un témoin du temps en danger

Rue du Prado 20
Architecte: Markus Burgener (vers 1930/1954)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse

Sur les hauts du plateau, à plus de 1500 mètres d’altitude, Markus Burgener, architecte établi à Sierre, marque durablement le paysage avec ses hôtels. Six établissements sortent de sa planche à dessin, ainsi qu’une plage simple au bord du lac, conçue comme une installation fermée sur la pente, avec un escalier central et des murs pare-vue de part et d’autre. Président de la Société de développement de Crans et propriétaire de l’hôtel Carlton, Burgener étend encore son influence sur la destination. 

En 1954, un bassin est construit et l’accès au lac devient impossible. Malgré cela, l’établissement historique reste un lieu de loisirs important pour les habitants, puisqu’il s’agit de la seule piscine de Crans-Montana ouverte au public. Celui-ci s’oppose à l’extension du terrain de golf et se mobilise pour préserver la piscine historique.

Berne

Plage de Bienne: Modernisme blanc

Uferweg 40, Nidau Plans: Ernst Berger
Architecte municipal: Otto Schaub (1932) / Architectes rénovation: Georges Descombes, Joliat et Suter (2004)

Photo: Tanja Schätti / Patrimoine Suisse


La construction de la plage de Bienne s’inscrit dans un programme de création d’emplois durant la Grande Dépression. De style moderniste, cet édifice a été utilisé lors de l’Expo.02, puis entièrement restauré en collaboration avec le service cantonal des monuments historiques. A cette occasion, les marches en béton endommagées ont été réparées, le plongeoir redressé et adapté aux normes de sécurité actuelles et les plantations d’arbres complétées. Aujourd’hui, le bâtiment de trois étages abritant les caisses et l’entrée ainsi que les vestiaires incurvés brillent de nouveau d’un blanc immaculé, soulignant la sobriété mesurée et bien proportionnée de l’ensemble.

La terrasse ensoleillée du restaurant, ouverte sur la plage de sable en croissant, est ombragée par une pergola intime recouverte de platanes. Fait insolite, l’asymétrie du bâtiment résulte d’une opposition d’un riverain, qui refusait de perdre sa vue sur le lac. Finalement, des éléments tels que les hublots et la rambarde arrondie font de cette plage un lieu de baignade populaire typique de son époque, alors désigné comme bain de soleil, d’air, de lac et de rivière.

Freibad Weyermannshaus, Berne: Au commencement, un étang

Stöckackerstrasse 9
Architecte: Hans Beyeler (1958)
Transformation: Friedli et Sulzer (1971) / Rénovation: Staubli, Kurath und Partner (2022)

Photo: Keystone


Le bassin, de forme irrégulière et d’un périmètre de 460 mètres, est considéré comme le plus grand de Suisse, d’où la présence d’un bateau de sauvetage pour le service de surveillance. L’eau, renouvelée exclusivement par de l’eau souterraine, peut se révéler particulièrement froide au printemps et en automne. Le premier établissement de bains installé sur le site se trouvait au bord d’un étang naturel et fut construit en 1910. En 1958, l’architecte Hans Beyeler réalise le bassin en béton ainsi que plusieurs petits bâtiments.

Véritable multitalent, il a été joueur de football aux Young Boys, a disputé des matchs avec l’équipe nationale et est devenu champion suisse de patinage de vitesse. Outre le «Weyerli », il est également à l’origine de la planification du KA-WE-DE. En 1971, Friedli et Sulzer transforment le site du Weyermannshaus pour en faire le complexe sportif et de loisirs que l’on connaît aujourd’hui. Lors de la dernière intervention, celui-ci a été rendu accessible à tous, tout en conservant le charme des années 1950. Durant le semestre d’hiver, le parc ainsi que la patinoire artificielle restent ouverts.

Un article de «L'illustré» n°22

Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.

Cet article a été publié initialement dans le n°22 de «L'illustré», paru en kiosque le 28 mai 2026.

Articles les plus lus