Des quartiers avec ou sans âme?
PAV: à quoi ressemblera le quartier de l'Etoile avec ses tours de 175 m?

Alors que les nouveaux habitants de Praille-Acacias-Vernets (PAV) s'y installent, le défi sera de faire vivre les quartiers. Dans le secteur de l'Etoile, 3 gratte-ciels et des tours de 90 mètres, en zone de loyers libres, seront peu accessibles aux classes moyennes.
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Les plus hautes tours, situées dans des zones à loyers libres, seront les moins accessibles aux classes moyennes.
Photo: KEYSTONE
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Myret ZakiJournaliste Blick

Le PAV, pour Praille-Acacias-Vernets, trois quartiers populaires de Genève, devient gentiment une réalité. Pendant 20 ans, le projet qui vise à transformer cette zone industrielle n’était qu’un plan sur papier. Depuis mars, les premiers habitants du PAV ont aménagé au Quai Vernets, sur le terrain d’une ancienne caserne.

Au total, 771 appartements ont été livrés dans un îlot et une tour de 86 mètres. Quai Vernets devient ainsi le premier quartier habité du vaste projet PAV, qui créera 12’400 logements à l’horizon 2060.

Le défi: donner une âme aux quartiers

A présent que le PAV sort de terre, une question se pose: à quoi va ressembler la vie dans ses neuf nouveaux quartiers? «Cette zone qui était au départ périurbaine, industrielle et artisanale va changer complètement de nature, de culture et de dimension, explique Stéphane Herzog, rédacteur en chef du magazine Nouveau Genève, spécialisé dans l’urbanisme du Grand Genève. L’enjeu, maintenant, pour l’Etat et les communes, c’est de faire naître au PAV une véritable vie de quartier».

C'est l’un des objectifs prioritaires du projet: donner une âme aux futurs quartiers, qui ne doivent pas devenir des cités-dortoirs. «La Ville a récemment signé une convention avec la Fondation PAV et le Canton, sur la possibilité de réaliser des équipements publics dans les futurs bâtiments, tels que ludothèques, crèches ou maisons de quartier», nous indiquent les services de la conseillère administrative Marjorie de Chastonay, au Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (DACM) de la Ville de Genève. 

Rez-de-chaussée animés: une priorité

Une convention sur les rez-de-chaussée dicte un certain nombre de règles pour que ces zones soient actives du matin au soir. «L’animation des rez-de chaussée est la clé pour les acteurs du PAV», souligne Stéphane Herzog. A cet égard, le créateur de Nouveau Genève préconise de tirer les leçons d’expériences antérieures: à Lancy-Pont-Rouge, voisin immédiat du PAV qui sert un peu de laboratoire, «on a observé que les arcades et les portiques masquent parfois les commerces et donnent une impression de quartier d’affaires assez fermé. A l’Etoile, l’idée est au contraire d’avoir des rez-de-chaussée actifs toute la journée: une boulangerie, des services, des terrasses le soir...» 

Le but? «Eviter de reproduire à l’Etoile ce côté fermé sur lui-même qu’on peut ressentir à Pont-Rouge. Il faut créer de la vie et des usages qui ne soient pas uniquement liés aux bureaux.» Une crèche est prévue dans l’Ilôt A (Etoile 1), près de la Maison Baron. Cette dernière doit accueillir des activités sociales et culturelles.

Moins de voitures, plus de vélos

«Ce qui est souhaité, c’est aussi un quartier plus apaisé, poursuit Stéphane Herzog. L’avenue de la Praille devrait laisser davantage de place aux piétons, aux bus et aux espaces arborés. Il y aura un parc à l’Etoile, et la Drize est remise à ciel ouvert, il faut s'imaginer le genre de paysage que l'on aura à terme.» Beaucoup de stationnements pour vélos sont par ailleurs prévus, notamment en sous-sol.

La Ville a déjà réalisé une partie de la Voie verte le long de l’Arve. Quant au chantier du futur parc de l’Esplanade des Vernets, il débutera en automne 2026. D’autres espaces publics sont en projet, «qui contribueront à favoriser la convivialité et à amener la vie au cœur du quartier, nous explique la chargée de communication de la Ville, Anaïs Balabazan. Le fait que ce seront des quartiers essentiellement piétons et favorisant la mixité sociale ainsi que des activités y contribuera beaucoup».

Etoile: standing à l'évidence plus élevé

Soit, mais qu’en est-il du quartier de l’Etoile, qui accueille 3 gratte-ciels de 140, 170 et 175 mètres, et 4 tours de 90 mètres? Dans ce quartier, le paysage promet d'être sensiblement différent. En effet, les loyers de ces bâtiments élevés ne sont pas encadrés par l’Etat. 

«Au sujet des tours, la question est: qu’aura-t-on comme rez-de-chaussée? Verra-t-on des espaces publics ouverts, végétalisés au bas de ces très grands immeubles?» s’interrogeait la conseillère administrative Marjorie de Chastonay dans un récent entretien au magazine Nouveau Genève. «Sur les tours, il y a évidemment des pour et des contre, ajoute Stéphane Herzog. Construire à 170 ou 175 mètres avec de l’acier et du béton pose des questions énergétiques, et les défenseurs du patrimoine estiment que ces hauteurs sont peu compatibles avec Genève. Mais aujourd’hui, le mouvement est lancé.»

A l'Etoile se concentre le marché libre

Pour rappel, la très vaste majorité des logements prévus au PAV (soit 91%) sont en zone de développement, où l’Etat encadre les prix, ce qui permet de les rendre accessibles aux classes moyennes et aux ménages plus modestes. En revanche, 9% des logements projetés sont prévus en zone ordinaire et se concentrent sur le quartier de l’Etoile. «L'essentiel est donc de la zone de développement, et la zone ordinaire, ce sont des sortes de tâches de léopard», résume Stéphane Herzog.

Aux deux types de zones vont correspondre des physionomies urbaines et des cadres de vie manifestement différents, tant par les niveaux de loyers et la composition sociale que par les commerces, les usages et l’ambiance des quartiers. «La nature du terrain change la nature du projet, estime Stéphane Herzog. En zone de développement, l’Etat dispose de beaucoup plus de leviers. En zone ordinaire, il doit davantage négocier avec les investisseurs». La Fondation PAV conserve néanmoins des leviers grâce à la maîtrise du foncier, «tandis que la taxe d’équipement permet de faire participer les constructeurs au financement des aménagements publics.»

Les gratte-ciels, facette aisée du PAV

Cette zone où les loyers sont libres inclut les 3 gratte-ciels et les 4 tours de 90 mètres de l’Etoile. Ce qui signifie que les tours les plus spectaculaires du PAV afficheront les prix les plus élevés. «Les tours représentent en quelque sorte la version la plus privée du PAV, réagit Stéphane Herzog. Le marché a naturellement tendance à aller vers des appartements très chers. L’ambition affichée par l’Etat, elle, est de conserver une certaine maîtrise pour obtenir un quartier mixte et vivant.»

Qui vivra dans ces tours? Nous savons qu’elles seront majoritairement résidentielles, car le propriétaire du terrain, la Fondation PAV, y impose plus de 70% de logements, le reste étant consacré à des bureaux et des services publics. «Cette zone ordinaire ne prévoyant pas de contrôle des loyers, il est fort probable que ses futurs habitants soient plutôt aisés», nous répond Anaïs Balabazan. D’autant que le coût de construction des tours est nettement plus élevé que celui des immeubles classiques.

La tour Rolex est la plus haute

Leurs investisseurs sont, eux aussi, de haut standing. Le gratte-ciel de 175 m est financé par le fonds immobilier de Rolex, Marconi Investment. «Il est très probable que cette tour accueille des appartements de luxe, estime Stéphane Herzog. Elle offrira une des plus belles vues sur le lac, puisqu’elle est quasiment trois fois plus haute que les tours anthracites que l’on surnomme 'Gotham City', à Lancy-Pont-Rouge». 

La tour de 170 m a été initialement vendue à des institutionnels alémaniques: un fonds immobilier lié à la famille Gertner (Fordinvest) et le promoteur zurichois Halter. En février 2026, l’investisseur genevois Abdallah Chatila a annoncé acquérir la part de Fordinvest, mais la Fondation PAV doit encore donner son accord.

La vie crée l'activité

Enfin, les tours de 90 m seront un peu plus accessibles que les gratte-ciels, et notamment l’îlot A, qui appartient aux caisses de pension de Genève et de Vaud et aux Retraites Populaires, institution publique vaudoise de prévoyance. 

«Les collectivités essaient d’introduire des éléments de vivre-ensemble jusque dans les négociations avec les investisseurs privés, indique Stéphane Herzog. C’est tout l’enjeu des rez-de-chaussée: le but est qu’ils soient actifs du matin au soir, avec des commerces, des services et des lieux qui créent de la vie. Au final, plus il y aura d’habitants, plus les quartiers seront vivants, plus les restaurants auront intérêt à rester ouverts le samedi soir.»

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