En bref
- Dès 2027, les collégiens genevois devront mener un projet bénévole d’utilité collective
- Le DIP doit encore préciser heures, domaines, suivi et catalogue, hors temps scolaire
- Genève Bénévolat, non consultée, craint une obligation mal encadrée pour associations
C’était dans l’air, mais c’est désormais officiel. A Genève, les collégiennes et collégiens devront, dès l’année prochaine, se consacrer à des activités bénévoles. Objectif: «mener un projet pour le bien commun», dixit Anne Hiltpold. Ce lundi 26 octobre, la magistrate libérale-radicale (PLR) chargée du Département de l’instruction publique (DIP) se présentait devant la presse pour «un point d’étape» sur la fameuse réforme de la maturité, qui entrera en vigueur en septembre 2027.
Cette refonte, qui n’est pas seulement «une réformette» selon la cheffe du DIP, peine à convaincre et suscite des résistances sur le terrain, notamment chez les enseignants et les syndicats. L’Etat veut obliger les collégiens à faire du bénévolat: «Chaque élève réalisera un projet d’engagement utile au bien commun, au sein de son établissement ou en dehors, afin de prendre des responsabilités et de contribuer concrètement à la collectivité», affirme le DIP, qui ne semble pourtant pas avoir encore bien ficelé cette idée. D’autant que les acteurs du bénévolat à Genève n’ont, semble-t-il, pas été consultés.
Des questions sans réponse
Combien d’heures chaque élève devra-t-il consacrer à cette activité? Faudra-t-il rendre un rapport? Quels domaines seront admis? Les élèves devront-ils trouver eux-mêmes leur engagement? Autant de questions qui restent, pour l’instant, sans réponse claire. Seule certitude: ces heures seront effectuées en dehors du temps scolaire.
La magistrate PLR a par exemple évoqué la possibilité, pour les élèves, d’aider leurs camarades à faire leurs devoirs. Et les limites? Un élève pourra-t-il donner un coup de main dans son club de foot? Oui, répond Anne Hiltpold, à la seule condition que ces heures «ne soient pas payées».
Plus largement, le département indique travailler à un catalogue de projets. «Les écoles laisseront les élèves autonomes pour choisir et trouver leur activité, et valideront qu’ils ont bien fait quelque chose», résume encore Nathalie Leutwyler, directrice du Service de l’enseignement.
Le DIP a fait cavalier seul
Sollicitée, l’association Bénévolat Genève n’avait tout simplement pas entendu parler de ce projet concocté par le DIP. «Du bénévolat obligatoire au collège? Vous me l’apprenez», s’étonne Andréa Quiroga, sa co-responsable. Le département n’a d’ailleurs pas sollicité l’association. Pourtant, Bénévolat Genève collabore régulièrement avec l’Etat de Genève notamment avec le Département de la cohésion sociale (DCS).
Et ce n'est pas le seul endroit où le bât blesse. «Le bénévolat ne devrait pas être une obligation, il doit rester un engagement totalement volontaire afin de préserver ses atouts», précise Andréa Quiroga. Sur le principe, l’idée lui paraît intéressante, mais sa mise en œuvre s’annonce délicate. Et surtout, prévient-elle, il ne faut pas «instrumentaliser» le bénévolat.
Pas tous les domaines sont propices
Andréa Quiroga émet aussi plusieurs réserves pratiques. La mission confiée à l’élève ne doit pas le mettre en échec, ce qui serait contre-productif pour le développement de son parcours. Certains domaines lui paraissent par ailleurs risqués pour des jeunes, notamment le bénévolat auprès de personnes fragiles, qui exige une certaine posture et parfois d’avoir atteint la majorité. D’où la nécessité, selon elle, d’un réel accompagnement.
Des missions liées à l’environnement, la culture et le sport pourraient en revanche être envisagées, fait-elle valoir. Un jeune mal encadré, voire pas encadré du tout ou mal aiguillé, peut aussi représenter un poids pour la structure d’accueil. «Le bénévolat doit être un soutien et pas une contrainte pour les associations», pointe encore la co-responsable de la plateforme.
Concrètement, le projet du DIP semble encore balbutiant. Selon les prévisions du département, 8925 élèves seront scolarisés au collège dans le canton en 2027. Ce sont autant de bras qui pourraient venir renforcer les associations genevoises. Mais le risque n’est-il pas de surcharger les élèves? «Non», répond là encore Anne Hiltpold. Pour elle, l’objectif est au fond de «valoriser un engagement».
Les jeunes font moins de bénévolat
La Suisse fait certes figure de bon élève en matière de bénévolat. Selon les chiffres 2025 de l’Observatoire suisse du bénévolat, 66% de la population s’y adonne, l’un des taux les plus élevés d’Europe. Mais le même rapport relève aussi que les jeunes s’engagent moins, et il cite les études parmi les raisons qui les poussent à abandonner. Imposer du bénévolat à des élèves déjà très sollicités ne risquerait-il pas de les en détourner durablement? La question reste ouverte.
Anne Hiltpold, tout sourire, a conclu sa conférence de presse en citant Montaigne: «Former des jeunes qui ont une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine.» Une tête bien faite, peut-être. Un agenda bien plein, sûrement.