Version officielle fragilisée
Pour justifier la nasse après la manifestation No-G7, l’excuse du contrôle d'identité vacille

Un membre du comité de la manif' No-G7, qui collaborait avec la police pour le bon déroulé du cortège le 14 juin, a fini au poste pour un contrôle d'identité absurde puisque déjà effectué. Son récit fragilise l’argumentaire de la police justifiant la nasse.
Le socle sur lequel repose l'argumentaire jusitifiant la nasse et sa longueur est de plus en plus branlant.
Photo: Photo: IMAGO/ZUMA Press Wire

En bref

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  • Pablo Guscetti, membre du comité de la manifestation No-G7 à Genève, dénonce avoir été menotté, emmené au poste et retenu toute une nuit par la police, malgré son rôle de médiateur identifié en contact avec les autorités. Il a été libéré à 9h sans inculpation ni explication.
  • Au poste, les agents eux-mêmes semblaient perplexes quant aux raisons de la présence des manifestants.
  • Sur des centaines de personnes coincées dans cette nasse policière, seules trois arrestations pour infractions mineures ont été effectuées. Amnesty International critique la gestion de ce dispositif.
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Lucie FehlbaumCheffe de la rédaction Actualité de Blick Romandie

Il était censé servir de point de contact avec la police. Il a fini menotté, envoyé au poste et libéré sans explication. Pablo Guscetti, représentant de BDS Suisse et membre du comité directionnaire de la manifestation No-G7, raconte une nuit qui pose une question centrale: si le but de la nasse était de vérifier des identités, pourquoi retenir pendant des heures des personnes déjà identifiées et connues du dispositif?

Selon lui, les organisateurs avaient justement mis en place un comité pour faciliter les échanges avec les autorités. La manifestation No-G7 regroupait une soixantaine d’organisations. Il fallait donc, raconte-t-il, garantir une bonne coopération avec la police et assurer le bon déroulement du cortège.

Un comité en contact avec la police

Au début de la manifestation, les membres de ce comité ont été présentés à Luc Broch, commandant-adjoint de la police genevoise. Le contact se passe alors bien, selon Pablo Guscetti. «Il a été très posé, calme et gentil. Il savait pertinemment qu’on était à disposition, on a eu des contacts le long de la manifestation.» 

Le comité n’était donc pas inconnu. Ses membres étaient identifiés, en contact avec les responsables policiers et munis de leurs papiers. C’est ce qui rend la suite difficile à comprendre.

Une fois la nasse active, Luc Broch leur explique que les personnes coopérantes seraient identifiées puis relâchées. «Il nous a dit que si on ne faisait pas d’histoire, on pourrait partir tranquillement, à commencer par les personnes âgées et les mineurs.»

Menottés, mais pourquoi?

Mais «dans la réalité, ça ne s'est pas passé comme ça», résume le représentant de BDS Suisse. Les six membres du comité seraient restés dans la nasse toute la nuit.

Selon Pablo Guscetti, trois membres du comité ont été menottés. Lui-même raconte avoir été désigné par un «policier très désagréable», qui l'a «pointé du doigt» et lui a dit: «Celui-ci vient avec moi.» Le manifestant demande alors ce qu’il a fait. On lui répond qu'il aura toutes les informations au poste. Puis les policiers lui demandent de tendre les bras. Il comprend qu’il va être menotté et s'enquiert de la raison. Cette fois, un agent indique que «c'est la procédure».

Au poste, des agents «gênés»

Au poste, le sentiment d’absurdité s'intensifie. Pablo Guscetti raconte avoir attendu en cellule, avant que des policiers prennent ses empreintes et vérifient à nouveau son identité.

«La police a dit que l’instruction qu’ils avaient reçue, c’était de procéder à des contrôles d’identité. J’ai dit que justement, j’avais passé la nuit sur le béton parce que la police mettait en place des contrôles, qu'elle avait donc déjà effectués...»

Le récit devient alors encore plus troublant. Pablo Guscetti affirme que les policiers du poste semblaient eux-mêmes étonnés face à certaines personnes qui leur étaient envoyées. «Ils étaient un peu mal à l’aise», raconte-t-il.

L’un d’eux a assuré «exécuter des ordres». D’autres ont reconnu ne pas très bien comprendre ce qu'ils devaient faire, rapporte le membre du comité de la manif. «Ils ne comprenaient pas les critères utilisés pour choisir qui avait été amené au poste. Ils répétaient: 'Pourquoi ils (ndlr: les agents sur le terrain) nous envoient des Suisses?'» Traduction vraisemblable: pourquoi le terrain envoie au poste des personnes dont l'identité a facilement été contrôlée sur place?

Libéré sans inculpation

Au final, Pablo Guscetti est libéré sans inculpation. Mais personne ne lui a expliqué ce qu’il avait fait. «Il était 7h ou 7h30 du matin. Je n'ai même pas été interrogé. Les agents nous ont fait des petites blagues et on nous ont dit qu’ils étaient fatigués.»

Cette absence de questions nourrit son incompréhension. Si la police voulait vérifier s’il avait participé à des infractions, pourquoi ne pas lui poser des questions? Si elle voulait seulement confirmer son identité, pourquoi l’avoir retenu toute la nuit, menotté, emmené au poste, puis soumis à de nouveaux contrôles? Et à quoi a servi la prise d'empreintes?

Par ailleurs, selon Pablo Guscetti, les manifestants et les badauds restés dans la nasse n’étaient pas les casseurs recherchés par la police. «Toutes les personnes prises dans la nasse y étaient parce qu’elles n'ont pas compris ce qui était en train de se passer. Les quelques personnes qui avaient commis des infractions étaient parties bien avant le début de cette nasse.» Du côté des forces de l'ordre, c'est justement parce que des badauds et des touristes se trouvaient encerclés que les contrôles ont pris plus de temps.

Quel but réel derrière cette nasse?

Son témoignage va à l'encontre de plusieurs arguments de la police, utilisés pour justifier la nasse. En effet, le porte-parole Alexandre Brahier a indiqué que l'objectif de la tactique était de limiter la dispersion des individus violents, de procéder aux contrôles d’identité et de recueillir des moyens de preuve.

Or, seules trois personnes sur des centaines ont été arrêtées provisoirement, soupçonnées de tirs pyrotechniques et d’avoir endommagé un véhicule de police. Elles ont été relâchées sans passer devant le procureur. Ainsi, pourquoi les contrôles ont-ils pris toute la nuit? Pourquoi ne pas avoir laissé partir au moins les personnes plus âgées et mineures, une fois les identités vérifiées? Comment les agents auraient-ils pu déterminer qui appartenait ou pas au black bloc sans condamnation préalable? En résumé, à quoi tout cela a-t-il servi?

Ces questions sont désormais au cœur de la polémique sur le dispositif policier genevois. Un rapport d'Amnesty accablant dénonce fermement la pratique. De nombreuses personnes lâchent la ministre socialiste de la Sécurité, Carole-Anne Kast. L'élue vaudoise Mathilde Marendaz exige que Genève désigne un ou une responsable.

Si la nasse servait à vérifier les identités, le cas de Pablo Guscetti rend cette justification difficile à défendre. Si elle servait à autre chose, il faudra désormais l’expliquer.

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