En bref
- Charlotte Cardin a conquis le Lab avec sa voix chaude, ses tubes et ses piques adressées à ses ex.
- Un concert élégant et parfaitement maîtrisé, conclu par «Feel Good», auquel il aura toutefois manqué un soupçon de supplément d’âme.
Avant Charlotte Cardin, les haut-parleurs diffusent Shania Twain. Manière de rappeler que le Canada ne se résume pas aux érables, au hockey et à Céline Dion. Puis le saxophone souffle quelques notes chaudes et la longiligne Montréalaise apparaît, tout de noir vêtue.
Derrière elle, le batteur porte une chemise sous un sweater et donne l’impression de voter pour Nicolas Sarkozy. Ce qui est probablement faux. Et même certainement faux puisque Charlotte Cardin se réjouit ostensiblement lorsqu’on lui apprend que l’Espagne mène contre la France dans le match diffusé au même moment. «Vive le Québec libre», aurait lancé l’autre. On se contentera ici d’un petit sourire satisfait.
Le son du Lab meilleur que celui du Strav?
La chanteuse, elle, possède cette voix chaude et légèrement voilée qui donne l’impression que chaque chanson a été enregistrée à deux heures du matin, après une rupture et quelques verres de trop. Elle est particulièrement belle lorsqu’elle ne cherche pas à la pousser. Dans les graves, surtout, Charlotte Cardin installe immédiatement quelque chose d’intime et de sensuel.
Ce qui permet au passage de confirmer une sensation dont beaucoup parlent à Montreux: le son ne serait-il pas désormais meilleur au Lab qu’au Stravinsky depuis la fin des travaux au 2m2c? La question mériterait presque une commission d’enquête. Mais revenons à Charlotte. Pas la petite, la grande.
L’ex en pâture
Car la Canadienne aime manifestement parler de ses ex. Et surtout les taquiner. Il y a celui qui, des années après leur séparation, se serait presque «cassé le cou» dans un restaurant pour éviter de croiser son regard. Et puis cet autre, sobrement qualifié de «loser». Chez Charlotte Cardin, la rupture amoureuse n’est pas seulement une source d’inspiration: c’est un matériau recyclable.
Le mélange fonctionne. Environ 85% d’anglais et 15% de français, à la louche. Suffisamment pour entretenir ses deux identités et séduire un public qui lui est acquis dès les premières minutes. Les morceaux s’enchaînent avec fluidité, portés par des musiciens impeccables et une chanteuse qui maîtrise chaque geste, chaque silence, chaque montée.
«Feel Good», feel the end
Le public aura même droit à une reprise de «Voyage, voyage», devenue ces dernières années une sorte de passage obligé pour toute artiste francophone rêvant d’exportation. Mais c’est évidemment «Feel Good» que tout le monde attend. Charlotte Cardin la garde pour la fin. Ultime morceau, ultime décharge, puis rideau. Pas de rappel.
Les haut-parleurs reprennent alors la main avec «Ella, elle l’a» de France Gall. La chanson évoque ce «tout petit supplément d’âme» que possédait Ella Fitzgerald.
Charlotte Cardin a la voix, les chansons, l’allure et le sens de la scène. Elle a même ce naturel étudié qui permet aux grandes artistes pop de donner l’impression que tout arrive spontanément. Mais dans ce concert parfaitement exécuté, parfaitement maîtrisé et parfaitement séduisant, il aura peut-être manqué un soupçon de ce fameux supplément d’âme.