Le Tribunal de police de Genève a condamné vendredi deux hommes pour discrimination et incitation à la haine. Le premier, qui se définit comme nazi, a également diffusé des propos négationnistes sur Internet et sur des tracts. Il écope d'un an de prison.
Pour le Tribunal de police, il est établi que cet homme de 59 ans a, de 2022 à 2026, envoyé à des personnalités politiques et des universitaires des emails négationnistes et incitant publiquement à la haine de personnes de confession juive, a indiqué la présidente Elodie Abrar. Vendredi, il est d'ailleurs entré dans la salle en faisant une déclaration antisémite, alors qu'il avait refusé de parler lors de l'audience jeudi.
Pour le tribunal, il est le seul auteur des emails et des posts sur Internet, au vu de l'absence de publication depuis son incarcération en février. Il n'a donc pas agi avec des tiers, comme le soutenait son avocat commis d'office. Son mobile n'était pas politique, mais de «propager une idéologie négationniste et antisémite.»
Sa faute est grave, estime le tribunal. Il a poursuivi son activité délictuelle malgré deux incarcérations pour des faits similaires. Compte tenu de l'absence de prise de conscience et de sa responsabilité pleine et entière, «le maintien en détention pour motifs de sécurité s'impose», a déclaré la présidente, qui a écarté le sursis en raison d'un pronostic défavorable.
«Banalisation de la haine»
Quant à l'autre prévenu, 72 ans, il est condamné à 90 jours-amende à 100 francs assortis du sursis, avec un délai d'épreuve de trois ans, pour avoir publié des articles antisémites sur son blog, témoignant de «son mépris à l'égard de toute personne de confession juive.» La rétractation de certains termes dans ses écrits relève de l'opportunisme et non du repentir sincère, selon le tribunal, qui n'a pas non plus cru à son déclin cognitif.
Les deux hommes, qui ne se connaissent pas, ont été jugés ensemble parce que le premier a rediffusé un article du second. Ils ont aussi été condamnés pour avoir diffamé la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation. «Cette décision dit à ces deux hommes, et à tous ceux qui s'en inspirent, que l'antisémitisme et le négationnisme ne restent pas impunis. Dans un climat de banalisation de la haine, elle rappelle une frontière que nul ne peut franchir», a salué l'association.