Les mobilisations de locataires s'enchainent contre les projets immobiliers et les expulsions à Genève. Ce mercredi 6 mai, des habitants de la Servette se réunissent pour s'opposer à UBS, propriétaire de sept immeubles situés rue de la Servette, des Lilas et d'Antoine-Carteret. La première banque suisse a pour projet de rénover et démolir 170 appartements.
La fronde ne date pas d’hier. Dès janvier 2018, les locataires disent avoir découvert le projet via un simple courrier. Huit ans plus tard, ils sont toujours aussi motivés à lutter. «On ne lâche rien. Ça fait un an qu’on se bat vraiment», lance Alessandra Battaglieri, membre de l’ASRS Carré Servette, association regroupant les locataires mécontents.
Le dossier a ainsi franchi un cap en 2025, avec un recours déposé devant le Tribunal fédéral. Une décision est attendue dans les semaines, voire les mois à venir. Le verdict pourrait faire basculer tout le projet.
Des politiques silencieux
En attendant, les habitants prévoient une troisième mobilisation devant une agence d’UBS du quartier. Leur objectif: rouvrir le dialogue avec la banque, mais aussi avec Nicolas Walder, conseiller d'Etat en charge du territoire.
Mais le ministre Vert n'aurait toujours pas réagi, déplorent les habitants, malgré une lettre envoyée, le 10 avril passé. «On aimerait plus de soutien politique. Pour l’instant, on a l’impression d’être snobés», regrette Alessandra Battaglieri.
Pas contre rénover, mais pas raser
Les locataires ne rejettent pas tout en bloc. Par exemple, ils sont favorables à la rénovation des immeubles. «Ça fait plus de 20 ans que la régie ne fait rien. On entretient à nos frais. Alors oui, les loyers sont bas, mais ça se vaut», explique la représentante des habitants à Blick.
Ce qu’ils refusent, en revanche, c’est la démolition des immeubles des Lilas et d’Antoine-Carteret. Dans une ville en crise du logement, UBS met en avant la création d’une centaine d’appartements supplémentaires. Un argument balayé d'un revers de main par les opposants: «Ce seraient des clapiers de luxe. On vit déjà dans un des quartiers les plus denses de Suisse romande.» Derrière la promesse de densification, ils redoutent surtout une hausse des loyers et des surfaces réduites.
Le projet prévoit aussi une surélévation de deux étages de la barre de la Servette. Sur le principe, les habitants ne s’y opposent pas. Mais ils demandent des garanties sur la solidité des structures, fragilisées selon eux par l'incendie hors-norme survenu en 2018.
Relogement: promesse floue
Côté relogement, les assurances peinent à convaincre. Une pétition lancée en septembre 2025 a récolté près de 1800 signatures. A la suite, la régie aurait contacté les locataires pour les rassurer et leur indiquer qu'aucune expulsion n'était pour l'instant prévue. Elle évoque des solutions temporaire le temps des rénovations: relogement dans un rayon de 500 mètres, à surface et loyers équivalents, pour les baux à durée indéterminée.
Mais pour la suite, le flou demeure. «On n’a rien de concret, ni d’officiel. Nous n'avons aucune information de la part du propriétaire. On nous laisse en plan! Et on vit tous avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête», dénonce Alessandra Battaglieri. Les loyers des locataires devraient augmenter. Ceux-ci se disent prêts, dans une certaine mesure. «On peut payer un peu plus, mais il ne faut pas abuser.»
Il faut dire que les écarts entre locataires sont marqués. Certains loyers anciens peuvent être jusqu’à deux fois inférieurs à ceux proposés aux nouveaux arrivants, liés à des baux à durée déterminée. Une disparité qui nourrit les tensions. Mais au-delà de la Servette, c’est tout l’équilibre du logement genevois qui se joue, entre rénovation et risque d’éviction.