A Genève, No-G7 saisit la justice. En cause: le refus du gouvernement d'autoriser une manifestation sur le pourtour de la rade le 14 juin. Pour la coalition, ce tracé est le seul à même de garantir la sécurité des participants.
«Le délai de mise en demeure ayant expiré, nous déposons cet après-midi un recours à la Chambre administrative de la Cour de justice», a indiqué mardi en milieu de journée Françoise Nyffeler, de la coalition No G7, devant les médias. Selon elle, l'arrêté du Conseil d'Etat est en contradiction avec les dispositions de la Convention européenne des droits de l'homme.
Mercredi dernier, le gouvernement a annoncé autoriser sur la rive droite exclusivement une manifestation la veille de l'ouverture du Sommet du G7, qui aura lieu du 15 au 17 juin à Evian-les-Bains (F). Il a aussi indiqué interdire les manifestations qui n'ont pas encore été dûment autorisées, ce qui exclut l'installation d'un village alternatif dans un parc de la Ville de Genève.
Ce live est terminé
La conférence de presse de la coalition No-G7 est désormais terminée. Merci de l'avoir suivie avec nous. Bonne journée!
Les militants espèrent jusqu'au bout
Les militants ont-ils prévu une date butoir à laquelle ils se retireront, laissant la rue à la «foule liquide», comme la nomme la police, soit des groupes possiblement plus virulents?
«L'espoir fait vivre, nous attendons encore. Il est au bout du pont», ironise Françoise Nyffeler. Mais ils sont prêts à ce que «le sabotage» l'emporte et à devoir prendre cette décision.
«La droite veut le chaos»
La coalition No-G7 estime que l'aile droite du PLR et l'UDC poussent pour que le U Lacustre ne soit pas accepté. «Ce sont eux qui ont tout intérêt à ce que la manifestation sombre dans le chaos», assure Françoise Nyffefer.
Pour les militants, la concession qu'ils ont faite est déjà énorme. En effet, ils souhaitaient à la base circuler par les Rues Basses. Puis ont accepté les craintes des milieux économiques, souhaitant éviter la casse.
«Sabotage» de l'Etat
Quel est l'ordre du jour avec Madame Kast? «Nous n'en recevons jamais», regrette Françoise Nyffeler. Sur le principe, la discussion doit continuer autour du U Lacustre et la proposition de rive droite, ainsi que du village. «Ils ont imposé à la ville de l'interdire, alors que nous discutions déjà ensemble de toilettes sèches et d'électricité», souligne la militante, également membre de la Grève féministe.
Vincent Bircher ajoute qu'en 2003, un accord avait été conclu sur la manifestation mais aussi sur l'organisation (campings, abris de la protection civile prévus pour accueillir les manifestants). En conclusion, un rapport de l'époque indique que les travaux d'organisation auraient dû démarrer plus tôt, plusieurs mois à l'avance. «C'est d'autant plus rageant de s'entendre dire qu'il n'y a pas de solution. Des dizaines et des dizaines de militants travaillent d'arrache-pied pour penser à tous les aspects d'accueil, d'encadrement. C'est frustrant de voir qu'en face, ce travail n'est pas fait.»
Teo Frei tance clairement la ministre de la sécurité. «Ça fera trois rencontres avec Carole-Anne Kast. A chaque fois, c'est très long. On détaille nos arguments et nos propositions. De leur côté, ce n'est que du sabotage. Il n'y a aucune proposition de leur côté.»
Les militants sont confrontés à l'idée que leur U Lacustre est également une idée arrêtée dont ils ne souhaitent pas s'éloigner pour accepter un compromis. «Ce n'est pas un petit truc que nous voulons. Nous et plusieurs partis politiques, y compris celui de Madame Kast (ndlr: le parti socialiste) estimons que ce parcours est le seul qui permette d'assurer la sécurité.»
Pas de manif' en France à l'ordre du jour
Pour la coalition No-G7, le U Lacustre est le bon tracé et pourrait assurer la meilleure sécurité aux manifestants. «Nous sommes 60 organisations avec la validation des Vert-t-es et des Socialistes. Nous avons un large atout dans les forces politiques. Mais pas du côté de la droite.»
«Si nous ne l'obtenons pas, nous aimerions avoir une proposition concrète du Conseil d'Etat. Mais nous pensons que le U Lacustre est un bon compromis», continue Françoise Nyfeler. Mais si un accord ne pouvait être trouvé, la coalition No-G7 dit pouvoir se retirer et prévient que cela pourrait être dangereux. «Nous nous réservons le droit de nous retourner et de les laisser gérer la manifestation, ce ne sera pas de notre contrôle ni de notre responsabilité.»
Les militants auraient essayé de parler avec la préfécture française de l'autre côté de la frontière: «Ils nous baladent». La Coalition indique tout de même qu'ils veulent un village à Genève et non en France. «Il n'y aura rien en France tant que nous n'aurons pas de réponse.» Une manifestation chez nos voisins n'est donc pas à l'ordre du jour, indique la Coalition No-G7, mettant en avant le peu de discussion possible de la part des autorités françaises.
«La présence de Donald Trump est une insulte absolue»
Le dispositif est totalement inadapté des deux côtés de la frontière. Le déni démocratique se passe des deux côtés et dans tous les pays du G7 qui sont totalement illégitimes à parler au nom des citoyens. «Nous demandons le respect de la libre circulation des personnes, en tous temps», souligne Isabelle, militante venue de France aux côtés de la coalition.
«Nous refusons ce recul démocratique et ce recul climatique», ajoute Benjamin Joyeux, militant écologique haut-savoyard. «Les dirigeants des 7 pays les plus industrialisés s'enferment dans des palaces pour protéger leurs intérêts.» Cerise sur le gateau: «Le retour de Donald Trump. Sa présence ici est une insulte absolue à la science, aux militants. Le G7 a définitivement choisi son camp: le mépris du droit international, du vivant, des générations futures. Face à cette indécence, notre réponse doit être historique. Nous appelons toute la population à manifester et les Etats à respecter des choses toutes simples, comme le droit de manifester.»
Les universités annulent des conférences
L'état d'urgence préventif touche aussi les hautes écoles et universités, déplore Teo Frei, membre de la coalition. De nombreuses conférences, «une opportunité inégalée» de réfléchir ensemble à la situation internationale, se présentait. Or l'Université de Genève a annoncé un moratoire sur tous les événements publics. Les conférences n'auront donc pas lieu.
La coalition No-G7 rappelle les différents pôles qui seront refléchis durant l'événement: l'anti-impérialisme avec un axe sur l'antiracisme très fort, un pôle féministe et queer, un pôle anticapitaliste et finalement un pôle antifasciste.
«La sécurité ce n'est pas que protéger des vitrines»
Si la grève féministe ne peut pas s'exprimer «se serait un précédent, même le Covid ne nous a pas empêchée. N'oublions pas que c'est quand même le 14 juin», tonne Françoise Nyffeler, membre de la Coalition No-G7. La Grève féministe devrait se retrouver en tête du cortège.
Le groupe de travail parle d'environ 2000 et 4000 repas qui devraient être cusisinés pour les militants lors de l'événement. Le village et la manifestation «sont une question», rappelle un membre de la coalition.
«La sécurité ce n'est pas que protéger des vitrines, mais aussi remplir nos besoins: que les gens puissent s'hydrater et aller aux toilettes», martèle un membre expliquant que la logistique fait partie de la sécurité. «On nous décrit le Genève qui a peur, mais il y a un Genève qui a envie de recevoir ces gens [manifestants]», continue-t-il en soulignant l'appel aux bénévoles lancés il y a plusieurs semaines et qui auraient bien fonctionné.
«Etat d'urgence» à Genève
Nous avons le sentiment d'être «baladés politiquement» rapporte Vincent Bircher (SSP Genève). Il évoque une forme d'«état d'urgence» décrété par le gouvernement, citant notamment la fermeture des frontières. Des dispositifs spéciaux au niveau des tribunaux, du personnel supplémentaire dans la santé: «Que nous réservent l'Etat à nous, contestataires du G7?», liste et s'inquiète Vincent Bircher.
Il évoque ainsi les craintes des militants qui n'oseraient pas se rendre à la manifestation. Et poursuit sur un rapport concernant le G8 de 2003 et la focalisation des médias sur l'arrivée des casseurs et la représentation de la violence, par rapport aux manifestants pacifiques qui étaient bien plus nombreux.
Il poursuit au sujet du grand mouvement de solidarité autour de la contestation au G7. «A l'époque du G8, le Forum social lémanique, qui représentait l'opposition, ne comptait pas 60 organisations en son sein. Pourtant, je n'ai pas connaissance d'entrave similaire, pour aucune manifestation politique qui aurait lieu à Genève (environ 360 par année)», tonne le militant.
Lui aussi rappelle que selon la coalition, passer par le pont du Mont-Blanc est «indispensable» pour protester contre un G7 qui n'est qu'un «club de grands patrons» sans légitimité.
La gauche soutiendrait No-G7
Selon la coalition No-G7, ils ont le soutien total de la gauche avec les Vert-e-s et les socialistes. Les jeunes vert-t-e-s ainsi que les socialistes aussi. La coalition No-G7 indique qu'au Centre des voix trouveraient également que le tracé de la manifestation proposé (U Lacustre) «serait la meilleure solution».