Grande émotion à Fribourg
Faute de moyens pour rénover leur parc, 12 daims risquent d'être abattus à Charmey

Alors que leur secteur requiert de coûteuses rénovations, les douze daims du célèbre Parc aux biches de Charmey (FR) devront probablement être tués par les bénévoles qui s'occupent d'eux. La commune, de son côté, affirme n'avoir jamais ordonné l'abattage des animaux.
Selon le conseiller communal Mikaël Allaman, la fermeture du parc aux biches de Val-de-Charmey (FR) n'est pas assurée.
Photo: Shutterstock
Ellen De Meester - Journaliste Blick
Ellen De MeesterJournaliste Blick

Tous les habitants de la région le connaissent, ont battu ses sentiers dans l'enfance et en conservent de précieux souvenirs: le «Parc aux biches» de Charmey (FR), qui abrite une douzaine de daims, se trouve au coeur d'un feuilleton hautement émotionnel. Car ainsi que l'annonçaient «La Gruyère» et Frapp début novembre, ce lieu bien connu requiert d'importantes rénovations et, faute de moyens, risque de devoir fermer ses portes à la fin de l'année. Selon les médias fribourgeois, les quatre bénévoles s'étant toujours occupés des cervidés du parc «auront la douloureuse tâche d'abattre eux-mêmes les daims, qui seront ensuite vendus pour être mangés».

Ainsi que le précise Frapp, le coût des réonovations s'éléverait à 130'000 francs, une somme que Val-de-Charmey ne souhaite pas «imposer à ses citoyens». Soit. Mais pourquoi n'est-il pas concevable de simplement relocaliser les douze daims, pour leur sauver la vie? Pourquoi obliger les bénévoles à abattre ces animaux? Et pourquoi l'aménagement d'un enclos pour une dizaine de cervidés nécessite-t-il une somme pareille?

Un risque sécuritaire pour les habitants

Mikaël Allaman, conseiller communal UDC à Val-de-Charmey, partage la vive émotion qu'a suscité la nouvelle, notamment sur les réseaux sociaux: «Ce parc fait partie du patrimoine charmeysan: enfant, je passais chaque jour devant en descendant à pied à l'école. Ce lieu est chargé de souvenirs pour une grande partie de la population. Mais il faut aussi comprendre qu'il pose d'importants problèmes de sécurité.»

En mangeant les jeunes pousses, les daims empêcheraient la forêt protectrice de se renouveler: «Ils passent aussi dans les pare-pierres situés sous le parc, les endommagent et les remplissent de pierres, poursuit le conseiller communal en charge des dangers naturels et cours d'eau. Or ces ouvrages protègent les habitations situées juste en dessous. Il faudrait donc vider les pare-pierres et installer une clôture de deux mètres de haut pour séparer la pâture de la forêt. Cette clôture ne servirait pas seulement à protéger la population, mais aussi les animaux, puisque des daims ont été retrouvés morts dans ces filets. Assurer la sécurité de la population est une responsabilité de la Commune, et la situation ne peut pas rester ainsi.»

«Le Conseil communal n’a jamais ordonné l’abattage de ces animaux»

Alors, d'où viennent les 130'000 francs évoqués dans la presse fribourgeoise? Selon la Commune, 100'000 francs correspondent à une estimation du coût de la clôture. «Les 30'000 francs supplémentaires sont une demande des amis du parc, pour installer des miradors afin d'abattre les animaux en toute sécurité, ajoute Mikaël Allaman. Je tiens à souligner que le Conseil communal n'a jamais ordonné l'abattage de ces animaux. La commune met le terrain à disposition, mais les daims ne lui appartiennent pas: la décision de les abattre revient à leur propriétaire.»

Le conseiller communal affirme également que la décision de ne pas s'occuper du parc avait initialement été prise par ses prédécesseurs: «Nous avons suivi la ligne de l'ancien Conseil communal, souligne-t-il. Nous ne souhaitons ni investir dans le parc, ni en reprendre la gestion, ni faire porter ce coût à la collectivité. Des solutions ont été cherchées: nous avons eu plusieurs échanges avec les amis du parc et publié à la mi-octobre une annonce dans L'Écho de la vallée de la Jogne [le bulletin d'information des communes de la région, ndrl] pour trouver un repreneur. Personne ne s'est annoncé.»

«Ces animaux appartiennent à la commune»

Contacté, Michel Mooser, un bénévole qui s'occupe des daims depuis de nombreuses années, observe que la situation est basée sur un immense malentendu. «Nous avons appris que l'ancien conseiller communal Pascal Niquille avait déclaré au Service des affaires vétérinaires que les daims nous appartenaient, déplore-t-il. Mais il s'agit d'une hérésie. Ces animaux appartiennent à la commune. Nous sommes des bénévoles, et non pas des propriétaires d'animaux. C'est précisément ce quiproquo qui a mené à cette situation. Nous gérons ce parc depuis de nombreuses années, alors que les conseillers communaux se sont succédé et que certaines informations ont dû se perdre en route.»

Quant à la question de les déplacer, Michel Mooser explique que c'est possible, mais que cela nécessite d'importants moyens financiers, au vu de l'étendue du parc: «Il faut en effet les endormir, avant de les déplacer, ce qui requiert l'intervention de spécialistes, comme les garde-faunes, pointe-t-il. Mais lorsque nous avons demandé à la commune ce que nous devions faire des daims à la fermeture du parc, elle n'a pas proposé de les déplacer, mais a affirmé qu'il fallait les tuer. Le fait est qu'en l'état, soit les daims restent sur place, soit on nous aide à les déplacer, soit on doit les abattre.»

«Nous ne faisons pas de commerce avec ces daims»

Mikaël Allaman tempère: «Il faut aussi comprendre que les daims du parc ont toujours été des animaux d’élevage destinés à l’abattage. C’est la vente de leur viande qui permet de faire tourner le parc et d’acheter du fourrage.»

Néanmoins, selon Mikaël Mooser, les bénévoles «ne font pas de commerce avec de la viande de cervidé» mais gèrent ce parc et veillent à maintenir l'équilibre dans le nombre d'animaux présents: «Comme la vie se nourrit de la vie, cela nécessite parfois d'en abattre certains, dans le respect de l'animal, en veillant à ce que cela se fasse en-dehors des périodes de reproduction, soulève-t-il. Et donc, au lieu de jeter cette viande de qualité 100% bio, nous la vendons.» Tous les animaux ne seraient donc pas d'office destinés à l'abattage.

«Ce parc aura bel et bien un avenir»

Si le sort des daims semble malheureusement incertain, l'espoir est toutefois encore permis pour le parc en lui-même: «Rien n'est encore décidé quant à l'avenir du site, rassure Mikaël Allaman. Plusieurs agriculteurs se sont déjà proposés pour reprendre ce terrain, qui pourrait accueillir d'autres animaux une fois les travaux nécessaires réalisés. Par ailleurs, les responsables d'une grande entreprise de la région m'ont contacté pour réaliser des travaux dans le cadre de leurs journées de bénévolat d'entreprise, et je leur ai proposé un projet au parc aux biches.»

Après avoir consulté la Commission agricole, le Conseil communal et le Conseil général prendront des décisions concernant l'avenir du parc. Des séances de discussions entre la Commune et les bénévoles devraient avoir lieu prochainement, afin d'éclaircir tout malentendu.

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