Le Ministère public a requis lundi matin huit ans de prison ferme contre Pascal Jaussi, le fondateur de la société S3 jugé devant le Tribunal pénal et économique du canton de Fribourg pour une faillite ayant laissé un découvert de 31,6 millions de francs. Les deux procureurs se sont attelés à le présenter comme un homme ayant manipulé de nombreuses personnes dans le but de mettre en œuvre un projet jugé irréaliste.
Pour le procureur général Raphaël Bourquin, Pascal Jaussi ne peut bénéficier d'aucune circonstance atténuante. L'accusé a abusé de la confiance de ses partenaires, clients, collaborateurs et investisseurs. «Cette affaire n'est pas celle d'un rêve devenu trop grand, mais celle d'une frontière franchie: la frontière entre convaincre et tromper.»
Raphaël Bourquin et la procureure adjointe Laurianne Sallin ont repris point par point les différentes composantes de l'affaire, divisée en 22 volets. Outre la faillite de la société, ils se sont notamment penchés sur l’agression dont Pascal Jaussi dit avoir été victime le 26 août 2016, lorsqu'il a été retrouvé brûlé dans une forêt de la Broye. A leurs yeux, il s’agissait d’une mise en scène visant à retarder la faillite de sa société. «Il a échafaudé un plan savamment réfléchi pour mettre en scène son agression, afin que tout le monde y croie. C’est bien pratique de ne pas se souvenir de ce qui s’est passé après coup, quand ça sent un peu le roussi», a lancé Laurianne Sallin.
Sur le plan financier, les procureurs accusent Pascal Jaussi d’une «fuite en avant pour retarder l'inévitable». Lorsque son projet spatial, très ambitieux, commençait à battre de l’aile, l’accusé a continué à attirer de l’argent, notamment via la vente à des privés de billets pour des vols «zéro gravité», qui n’ont finalement jamais eu lieu. Ces vols étaient en réalité «une coquille vide» visant à obtenir des liquidités, a estimé Laurianne Sallin.
«Immense mensonge»
«Ce ne sont pas les imprécisions de Pascal Jaussi dans son récit qui lui sont reprochées. Il lui est reproché d’avoir élaboré cet immense mensonge pour se positionner en victime», a-t-elle poursuivi, disant se croire par moments «dans la quatrième dimension».
Les procureurs ont déploré l'attitude de Pascal Jaussi depuis le début de l'instruction. «Il a attaqué systématiquement le travail de la police, des experts, de la justice, avec recours et demandes successives», a souligné Laurianne Sallin. «Il a ensuite tourné le projecteur vers d’autres personnes, qui seraient également coupables», a-t-elle ajouté.
De son côté, l'accusé a semblé impassible tout au long des réquisitoires, prenant beaucoup de notes sur un calepin et jetant parfois des regards furtifs en direction des procureurs.
Dix heures de plaidoiries annoncées
La défense a indiqué que les plaidoiries dureraient environ dix heures. Celles-ci commenceront lundi après-midi et devraient se terminer mardi.
Lors des deux premières journées d’audience, les avocats de Pascal Jaussi avaient notamment souligné qu'il n’était pas le seul responsable de la faillite. De plus, le découvert aurait été surestimé et se monterait à environ 10 millions de francs au lieu des 31,6 millions retenus, selon les avocats du prévenu. Défendant la cause de l’agression dans une forêt, ils avaient aussi demandé la récusation de Raphaël Bourquin.
Ce dernier est revenu lundi matin sur l'«animosité» de Pascal Jaussi à son encontre, qui serait née en janvier 2017, lorsque l'accusé a été interpellé après l'épisode de l'agression. «J'étais l'homme en noir, celui qui sifflait la fin de la partie», a-t-il déclaré. «J'ai entaché son ego reluisant, et cela, il ne l'a pas accepté.»