Présents à Paris le 17 octobre, deux membres de la Jeunesse socialiste suisse (JSS) se sont retrouvés au cœur d'une polémique après les violences qui ont éclaté dans la capitale française. Alors que le Parti libéral-radical (PLR) les accuse de vouloir importer ces débordements en Suisse, la JSS prépare une grève de la jeunesse le 20 novembre. Julien Berthod, vice-président du parti, revient sur son déplacement à Paris, répond aux critiques et assure que les Suisses n'ont «absolument pas à s'inquiéter» de la future mobilisation. Interview.
Julien Berthod, vous étiez à Paris le 17 octobre. Pourquoi avoir fait le déplacement?
Il y a beaucoup de choses qui ont été dites dans les médias sur les raisons de notre présence à Paris. Nous étions deux Suisses sur place au nom de la coalition, dans le cadre d'une séance avec les autres organisations européennes qui prévoient également une grève de la jeunesse le 20 novembre. C'est tombé par hasard le 17 octobre.
De votre côté, comment s'est déroulée la manifestation?
Nous avons pris part à un défilé autorisé, organisé notamment par des lycéens et des organisations étudiantes. Elle a été extrêmement pacifique. Je n'ai vu aucune casse, aucune violence. La seule chose que nous avons vue, c'est la police qui nous a nassés à la fin de la manifestation. Nous sommes donc très loin des images montrées à la télévision ou dans les journaux. Quand nous sommes arrivés chez un collègue d'une organisation syndicale qui nous hébergeait, nous avons découvert ce qui se passait en ligne. Nous n'avions aucune idée de ce qui s'était produit ailleurs.
Pourtant, le cortège partait de la place de la République, où des violences ont éclaté...
Nous ne sommes pas partis de la place de la République. C'était bien le point de départ de la manifestation, mais nous n'avons jamais pu atteindre cette place. La manifestation était tellement grande que le cortège s'étendait déjà bien au-delà du point de départ.
C'est aussi pour cela que nous sommes assez déçus du traitement médiatique de cette affaire. On sous-entend que la Jeunesse socialiste et la grève de la jeunesse veulent importer les violences en Suisse. On m'accuse presque d'avoir participé à des émeutes. C'est ridicule.
Mais pourquoi était-ce si important pour vous de défiler ce jour-là?
C'était pour montrer notre solidarité avec les organisations partenaires de la grève de la jeunesse au niveau international. Quasiment toute la délégation qui participait à cette réunion était présente à la manifestation. Nous voulions discuter avec les jeunes en France, découvrir leurs revendications, mieux comprendre leur situation et réfléchir à ce que nous pourrions apprendre de ce qui se passe là-bas, car les politiques d'austérité suisses détruisent de manière similaire nos services publics.
Vous préparez une grève de la jeunesse en Suisse. A quoi ressemblera concrètement cette mobilisation?
Pour le 20 novembre, deux choses sont prévues en parallèle. La première, ce sont des grèves sur les lieux d'études. Nous voulons organiser des contre-programmes, avec des conférences, des discussions et des échanges autour des thématiques politiques qui intéressent la jeunesse. L'idée est de créer des moments de solidarité, de convivialité et de formation autour de ces enjeux.
En parallèle, nous organisons des manifestations et des rassemblements pour ne pas laisser une partie de la jeunesse en dehors de la mobilisation. Actuellement, nous sommes principalement implantés dans les universités, les hautes écoles et quelques gymnases à travers la Suisse. Mais il existe toute une partie de la jeunesse que nous ne voulons pas ignorer, notamment les apprentis. Ceux-ci ne peuvent pas faire grève de la même manière, c'est pour cela que nous organisons aussi des manifestations.
Quelles sont vos revendications?
L'objectif est d'organiser un grand mouvement européen de manifestations et de grèves, pour porter la voix de la jeunesse à travers l'Europe. Une jeunesse qui craint la direction que nous prenons actuellement, avec les mesures d'austérité qui s'attaquent à ses conditions de vie, mais aussi les crises à venir, notamment la crise climatique. L'été 2026 a été caniculaire, mais ce sera certainement le moins chaud du reste de notre vie. C'est un élément marquant pour la jeunesse.
Il y a aussi la question de la militarisation. La dynamique actuelle, à travers l'Europe et dans le reste du monde, n'amène pas davantage de sécurité. Elle provoque au contraire une course à l'armement et une militarisation des relations internationales. La Suisse suit complètement cette dynamique, en investissant toujours davantage dans l'armée. En parallèle, des programmes d'allègement budgétaire s'attaquent aux conditions des étudiants et des étudiantes, pour justement financer l'armée sur notre dos.
Peut-on vraiment comparer la situation des étudiants suisses avec celle des Français?
Les situations sont évidemment différentes, mais certaines dynamiques sont similaires. C'est sur ces points communs que nous voulons mettre l'accent. Il y a notamment les attaques contre la jeunesse, avec les programmes d'austérité et la hausse du coût de la vie. Par exemple, un sondage réalisé à l'Université de Lausanne par la fédération des étudiants et étudiantes indique qu'un tiers des étudiants doivent se priver de produits d'hygiène ou de nourriture en raison de leur précarité. Et cela concerne aussi le reste de la population, pas uniquement la jeunesse. Nous le voyons avec les primes d'assurance-maladie, l'augmentation des loyers et, plus généralement, la hausse du coût de la vie.
Qu'espérez-vous obtenir avec cette grève? Souhaitez-vous réellement faire changer les choses ou s'agit-il surtout d'un mouvement symbolique destiné à ouvrir la discussion?
Il y a d'abord une volonté de prise de conscience. Notre objectif est de sensibiliser à la situation actuelle, de parler de la précarité des jeunes en Suisse, de mobiliser contre celle-ci et de réfléchir à des mesures. Evidemment, nous savons que les majorités politiques sont ce qu'elles sont dans les institutions. Il n'y aura pas de changement du jour au lendemain sur ces questions. Mais nous voulons quand même faire entendre nos revendications et construire quelque chose de pérenne pour lutter contre la propagande militariste et austéritaire.
Le PLR vous accuse de vouloir importer les violences françaises en Suisse. Que lui répondez-vous?
Cela montre concrètement le raidissement autoritaire du PLR. Je pense que cela répond aussi à des enjeux électoraux. Le PLR craint de perdre du terrain face à l'UDC. Nous le constatons avec les différents objets qui ont déjà été discutés au Parlement, et le soutien du PLR à ceux-ci. Il y a eu des attaques contre le droit de manifester, notamment avec une proposition visant à faire payer les coûts de sécurité des manifestations aux organisateurs et organisatrices. C'est totalement contraire au droit international et aux droits fondamentaux. Il y a également la volonté d'augmenter la durée de la garde à vue de 24 à 48 heures. Tout cela montre un virage sécuritaire à droite.
Comprenez-vous malgré tout que les images des violences en France puissent inquiéter les Suisses à l'approche de votre mobilisation?
Cette peur vient justement de la propagande faite par les médias et par la droite en France, qui essaient de présenter le mouvement français comme quelque chose qu'il n'est pas. Nous n'avons aucune peur, pas du tout. Nous savons très bien qu'il n'y aura pas de violences. Ce sera une situation totalement différente. Nous sommes très clairs là-dessus: la population suisse n'a absolument pas à s'inquiéter. En revanche, nous constatons que la droite s'inquiète de voir la jeunesse prendre conscience politiquement.
Le PLR a également demandé au Parti socialiste de vous raisonner. Votre mobilisation bénéficie-t-elle du soutien du PS?
Disons que nous ne leur avons pas vraiment demandé leur soutien. Mais le parti ne s'oppose absolument pas à nous, ça, c'est clair et net. Au contraire, ses représentants nous défendent actuellement dans les médias face aux critiques. Pour nous, il est important que cette mobilisation se déroule aussi en dehors des institutions politiques traditionnelles. Nous voulons que ce soit un mouvement populaire, construit par le bas.