Pas de procureur extraordinaire
Le Ministère public valaisan garde la main sur l’enquête du drame de Crans-Montana

Aucun procureur extraordinaire ne sera désigné pour enquêter sur la tragédie de Crans-Montana. Le Ministère public valaisan a annoncé vendredi poursuivre lui-même l’instruction en cours.
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Béatrice Pilloud a indiqué ce vendredi que le Ministère public valaisan ne voulait pas de procureur extraordinaire.
Photo: Getty Images
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ATS Agence télégraphique suisse

Un procureur extraordinaire ne sera pas nommé pour enquêter sur la tragédie de Crans-Montana (VS), a annoncé le Ministère public valaisan vendredi matin. Ce dernier poursuit son instruction, qui «progresse», avec une équipe renforcée. «Le bureau a estimé qu'il n'y a aucune raison, ni objective ni juridique, qui justifie la nomination d'un procureur extraordinaire», écrit le Ministère public dans un communiqué, signé par la procureure générale Beatrice Pilloud. Le Parquet précise que le bureau s'est réuni le 19 janvier pour statuer sur cette requête, émanant de plusieurs avocats des familles des victimes.

«L'Office central du Ministère public du canton du Valais, à qui le dossier a été confié, est compétent en matière d'affaires revêtant une importance particulière, notamment les infractions en rapport avec des événements majeurs ou les événements extraordinaires avec un important retentissement médiatique», poursuit-il.

Procédure critiquée

Comme rappelé dans le communiqué, près de cent trente parties plaignantes et civiles ont été constituées à ce jour. Celles-ci sont représentées par une cinquantaine d'avocats, dont plusieurs avaient demandé la nomination d'un magistrat hors canton. Une avocate vaudoise avait par exemple déposé cette requête officiellement à la mi-janvier, sur la base de la loi valaisanne qui le permet en cas de «motif important». Elle avait justifié sa demande en évoquant notamment «l'ampleur du drame sans précédent».

D'autres appels similaires – s'accompagnant souvent de critiques et parfois de demandes de démission de la procureure générale Beatrice Pilloud – ont trouvé leur écho dans les médias depuis le drame du Nouvel An. Plusieurs avocats s'étaient exprimés en ce sens en Suisse, mais aussi en France et en Italie, deuxième pays étranger le plus touché par la tragédie.

«Décision justifiée»

A noter que les trois avocats des propriétaires du bar «Le Constellation» n'avaient pas demandé la nomination d'un procureur extraordinaire, estimant que le Ministère public a les moyens de mener cette enquête. Ils avaient toutefois dit «s'inquiéter» de ses capacités à résister à la pression, mais aussi de la «porosité» entre autorités judiciaires et politiques.

Parmi les voix à avoir critiqué le travail du Ministère public, l'avocat de plusieurs familles de victimes Romain Jordan a estimé vendredi que la décision de ne pas nommer de procureur extraordinaire «n'est pas surprenante et matériellement justifiée». «La procédure doit continuer à avancer. Nous devons terminer la première audition des prévenus au plus vite. Il en va du respect des victimes et familles», a-t-il encore déclaré dans un communiqué.

Davantage de personnel

Pour mémoire, l'équipe actuellement en charge du dossier se compose d'un pool de quatre procureures, de greffiers et de secrétaires. «L'engagement de personnel supplémentaire, sur la base de l'aide financière apportée par le Conseil d'Etat, est en cours», détaille le Ministère public.

Cette décision a été saluée par l'avocat Romain Jordan: «Nous saluons les moyens renforcés du Ministère public valaisan et espérons qu’ils vont permettre de mener sans attendre les prochains actes d’enquête utile, l’examen des responsabilités au sein des autorités en charge de la surveillance de l’établissement 'Le Constellation' devant aussi intervenir sans délai.»

L'enquête se poursuit

De son côté, le Ministère public assure que l'enquête pour déterminer les circonstances de l'incendie survenu le 1er janvier «progresse». Il rappelle que «diverses mesures d'enquête ont été mises en oeuvre», dont les auditions des gérants du bar.

A cet égard, le Ministère public rappelle que les deux auditions ont duré plus de dix heures chacune et qu'elles ont porté tant sur leur situation personnelle que sur les circonstances du drame, les mesures de sécurité et les travaux réalisés. Les entretiens ont été menés «en présence d'une trentaine de mandataires, dont certains ont pu poser leurs questions, précise-t-il. «Tous seront en mesure de le faire lors d'audiences ultérieures.»

A ce stade de l'enquête, Jacques et Jessica Moretti, soupçonnés "d'homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence", restent les seuls prévenus dans l'affaire. La présomption d'innocence s'applique.

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