A l’étranger avec sa famille durant le réveillon de la Saint-Sylvestre, Thierry Wegmüller a découvert avec effroi l’horreur de Crans-Montana (VS) en rentrant au pays, le vendredi 2 janvier. Le patron de l’emblématique D! Club de Lausanne et fondateur de La Belle Nuit, association faîtière des professionnels et acteurs de la vie nocturne en Suisse romande, a accepté de répondre avec émotion et pudeur à une interview.
L’entrepreneur rappelle les normes très strictes qui obligent les établissements festifs et annonce que sa discothèque, qui célèbre ses 30 ans et s'apprête à franchir la barre des 4 millions de visiteurs, a renoncé avec effet immédiat, comme d’autres dancings dans toute la Suisse, aux bougies incandescentes du genre de celles qui auraient causé l'incendie meurtrier à Crans-Montana.
Thierry Wegmüller, après le drame de Crans-Montana, beaucoup ont peur: a-t-on un problème de sécurité dans les clubs suisses?
J’aimerais d’abord dire que dans cette situation absolument épouvantable, ma première pensée va aux victimes et à leurs proches. Ensuite, il est nécessaire de distinguer les choses. «Le Constellation», à Crans-Montana, n’est pas un club ou une discothèque mais un café-bar qui a des activités dansantes. Sa licence n’est pas la même.
Qu’est-ce que cela change?
Je ne suis pas un spécialiste de la législation valaisanne. Mais, outre le contrôle obligatoire à l'entrée de l’âge de 16 ans minimum, voire 18 selon la licence, voici ce que cela implique pour nous, en terres vaudoises: nous devons non seulement bénéficier d’une autorisation communale, mais aussi cantonale. Les deux autorités valident notre capacité d’accueil et la plus restrictive est appliquée. Celle-ci est définie par trois éléments de base. Premièrement, les voies de fuite. Deuxièmement, la ventilation. Troisièmement, même si cela semble accessoire, les toilettes. Tous ces éléments et les normes qui s’y rattachent sont très précisément établis dans les règlements.
Des observateurs pensent que l’établissement parti en fumée à Crans-Montana serait coupable de plusieurs manquements. Et vous?
Par respect pour les nombreuses personnes touchées, il est hors de question de faire des spéculations. L’enquête en cours fera toute la lumière.
D’après les premiers résultats des investigations, ce sont des bougies incandescentes accrochées au sommet de bouteilles de champagne qui auraient déclenché le sinistre. Vous en utilisez aussi au D! Club. Allez-vous revoir votre manière de faire?
Nous les avons supprimées avec effet immédiat, même si nous n’utilisions que des bougies certifiées d’un label validé en Suisse.
Christian Constantin, patron du FC Sion, aimerait carrément que ce type de pyrotechnie soit interdit, déclare-t-il à Blick. Ne risque-t-on pas d’aller trop loin si on se laisse emporter par l’émotion?
Il y a évidemment toujours une part d’émotionnel après une tragédie pareille. Mais, en l’occurrence, il s’agissait d’une mesure simple que nous pouvions prendre sans tergiverser. Même si, chez nous, tout est ignifugé. Y compris les éléments de décor. C’était par ailleurs une recommandation de la Commission suisse des bars et des clubs (CSBC) qui, à la suite de l’incendie, encourage l’ensemble des établissements du pays à renoncer à ces bougies. Quoi qu’on en pense, c’est un risque en moins.
Est-ce que les autorités contrôlent régulièrement votre établissement?
Absolument. Nous travaillons aussi sur une base volontaire avec des experts indépendants afin de pouvoir démontrer, si besoin, que tout est à jour dans notre concept de sécurité validé par les autorités. Chaque fois que nous faisons des remises aux normes, nous nous entourons de professionnels. Leurs expertises sont indispensables. Il y a aussi la question du nombre d’agents de sécurité. Le samedi soir, par exemple, nous en avons 25. C’est bien davantage que ce qui nous est demandé. Ainsi, nous sommes prêts à faire face à toutes les situations, comme une évacuation dans l’urgence.
Craignez-vous de vivre un événement similaire à celui de Crans-Montana?
L’attention à porter est constante, comme pour tout domaine relatif à l’événementiel. J’ai des enfants adultes. (Il marque une pause.) C’est de toute manière de notre responsabilité d’assurer la sécurité des gens qui viennent chez nous. Un chiffre: en trente ans, près de 4 millions de personnes sont venues danser au D! Club et il y a plus de 20 licences de discothèque à Lausanne avec, à ma connaissance, aucun accident grave lié à un incendie jusqu’à ce drame. Le risque zéro n’existe pas mais, si nous durons tous depuis aussi longtemps, c’est parce que nous faisons le maximum pour faire les choses correctement. Notre personnel est formé, avec un cours annuel également imposé par le concordat intercantonal des agents de sécurité, incluant les évacuations d’urgence, et nous avons également des protocoles très clairs.
Pouvez-vous donner un exemple?
Que vous dire, la liste est longue... Par exemple, nous vérifions chaque soir, avant l’ouverture, que les sorties de secours sont correctement dégagées avec un briefing du chef de la sécurité à son équipe. Chaque semaine, nous avons une séance sécurité avec l’analyse de la semaine passée et à venir et comment nous améliorer. Nous continuerons à le faire pour permettre aux gens de se réunir, de danser et d’écouter de la musique, de voir des concerts et des spectacles dans les meilleures conditions possibles.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à paraître le jeudi 8 janvier.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à paraître le jeudi 8 janvier.