Au moins 40 personnes sont mortes dans leur bar, et 119 y ont été blessées, parfois grièvement. Quatre jours après le drame, une question est sur toutes les lèvres: qui est responsable du fait que tant de jeunes âgés de 14 à 39 ans aient perdu la vie dans les flammes? Si les réponses à cette question seront probablement apportées après une longue enquête, une chose est d'ores et déjà certaines: les gérants du bar «Le Constellation» sont dans le viseur des autorités valaisannes.
Le ministère public valaisan a ouvert samedi 3 janvier, deux jours après la catastrophe, une procédure pénale contre Jacques et Jessica Moretti, le couple propriétaire des lieux, a été ouverte. Les autorités valaisannes évoquent la présence d'une mousse hautement inflammable dans le sous-sol du bar. L'utilisation de bougies incandescentes fixées a des bouteilles d'alcool aurait déclenché le piège mortel.
L'absence de détention indigne
Les gérants sont accusés d'homicide par négligence, de blessures corporelles par négligence ainsi et d'incendie par négligence. Malgré les graves soupçons qui pèsent sur eux, Jacques et Jessica Moretti n'ont pas été placés en détention préventive. Un maintien en liberté qui suscite l'indignation, notamment outre-Sarine.
Dans une démarche inhabituelle, le Ministère public valaisan a publié un communiqué pour expliquer sa position: les conditions pour ordonner une détention préventives «ne sont actuellement pas remplies». Et d'ajouter: «Actuellement, il n'y a pas d'indices que les prévenus pourraient se soustraire à la procédure pénale ou à la sanction attendue en prenant la fuite.» Jacques Moretti se trouvait toujours dans la région dimanche. Plusieurs journalistes, notamment de Blick et de l'AFP, l'ont aperçu devant son domicile de Lens.
Un avocat scandalisé par la procédure
En Suisse alémanique, le choix du Ministère public valaisan ne passe pas forcément. «Je suis surpris que les gérants du bar ne soient pas derrière les barreaux», s'offusque un avocat zurichois. Pour lui, il ne fait aucun doute qu'«à Zurich, les Moretti seraient depuis longtemps en détention préventive».
Un autre avocat alémanique déclare: «La procédure valaisanne est incompréhensible, c'est un scandale!» Les deux juristes ne veulent pas que leur nom soit associé à cette tragédie, mais il s'agit de deux experts reconnus dans le milieu pénal.
Etablir l'identité des responsables
En tant que gérants du bar, le couple Moretti était responsable de la sécurité de ses clients. Il devait pouvoir garantir, sous le contrôle des autorités locales, le respect et l'application des règles en matière de protection des jeunes clients, le respect des mesures de sécurité incendie et la présence d'issues de secours.
Le Code de procédure pénale suisse définit la manière dont les enquêteurs peuvent procéder et les ressources dont ils disposent. Après un crime, un accident ou un incendie, le déroulement des faits et l'identité des responsables ne sont pas toujours immédiatement établis, raison pour laquelle les enquêteurs sont autorisés à travailler sur la base de soupçons.
Aucun risque de fuite à l'étranger?
La détention provisoire fait partie des mesures les plus radicales. Elle peut être demandée auprès d'un tribunal. Plusieurs conditions préalables doivent justifier ce choix: l'existence de soupçons d'une infraction et des indices laissant craindre que l'accusé puisse détruire ou dissimuler des preuves, qu'il répète son acte, se concerte avec d'autres personnes impliquées ou qu'il prenne la fuite.
Pourtant, Jacques et Jessica Moretti ont la nationalité française. Les voir retourner dans leur pays d'origine est un scénario plausible. Les procureurs invoquent régulièrement des risques de fuite à l'étranger comme motif de détention provisoire. Mais les autorités chargées de l'enquête à Crans-Montana jugent cette menace pas suffisamment établie. Le communiqué n'explique toutefois pas comment ils sont parvenus à cette conclusion.
Un comportement inquiétant
Les deux avocats avec lesquels Blick a pu s'entretenir voient les choses d'un œil critique. «Lorsque le nombre de morts et de blessés est d'une telle ampleur, il n'y a généralement pas d'autre solution que l'arrestation», estime l'avocat pénaliste de Suisse orientale.
Le jour même de la tragédie, plusieurs images et profils lié au bar «Le Constellation» ont disparu des réseaux sociaux. Il s'agissait de photos datant des dix dernières années montrant à quoi ressemblait le bar avant le sinistre. Des images effacées qui sont toutefois réapparues en ligne après coup via d'autres profils.
Des vidéos prises durant la nuit du drame ont ainsi permis de reconstituer une partie des événements. Une chose est certaine pour l'un des avocats: l'action d'effacer des photos laisse planer le soupçon d'une tentative de dissimulation, laquelle devrait être reconnue comme telle par les enquêteurs.
Le risque que les suspects se soient concertés entre-temps ou continuent de le faire existe également, selon lui. «Dans le cas d'un couple comme les Moretti, la possibilité d'une concertation existe», déclare l'avocat zurichois, qui voit «un risque sérieux pour toute enquête indépendante».
Vendredi, les restaurateurs ont déclaré aux médias qu'ils étaient dévastés et qu'ils souhaitaient coopérer pleinement avec les autorités afin de faire la lumière sur cette tragédie. Depuis l'ouverture de la procédure pénale, ils ne se sont pas exprimés. Ils bénéficient de la présomption d'innocence.