Stéphane Ganzer, quand avez-vous réalisé la gravité de l’événement?
J’étais chez des amis quand j’ai reçu un appel, vers 2 heures du matin. On m’a dit que la situation était très grave et que je devais me rendre immédiatement à Crans-Montana. Le nouveau commandant de la police cantonale entrait en fonction ce jour-là. C’était sa première intervention. Nous y sommes allés ensemble. A notre arrivée, la situation sur place était bouleversante. Beaucoup de jeunes avaient fait la fête. Certains ont dû aider leurs amis, alors que de nombreux secours et forces d’intervention étaient déjà sur place. C’était chaotique. J’ai vécu cela comme une situation semblable à une guerre. Sans armes, mais avec la même dureté.
Votre passé de pompier aide-t-il?
J’ai été instructeur et officier chez les pompiers de Sierre. En 2012, j’ai été le premier pompier à intervenir lors du grave accident dans le tunnel avec les enfants belges, cela marque. Je sais combien il est important de se faire sa propre idée. C’est pourquoi je me suis rendu au bar avec la police afin de voir la situation de mes propres yeux et mieux la comprendre.
Etre père rend-il tout plus difficile?
Oui. En 2012, je n’avais pas encore d’enfants. Aujourd’hui, c’est différent. On fait le parallèle avec sa propre famille. De plus, des personnes de mon entourage sont blessées ou portées disparues. Je reçois des messages de parents ou de frères et sœurs qui recherchent leurs proches. C’est incroyablement difficile.
Peut-on apprendre la gestion de crise?
On l’apprend surtout dans la pratique. Peu après mon entrée en fonction, nous avons connu cette terrible catastrophe à Blatten. Ce fut une expérience intense et importante pour nous, en tant que nouveau gouvernement. La différence avec aujourd’hui est énorme: il s’agissait d’un désastre naturel qui avait fait un mort. Aujourd’hui, nous parlons d’un petit bar et d’un très grand nombre de morts. Sur le plan humain et émotionnel, c’est une tout autre dimension.
Y avait-il des défauts dans le bar?
Le canton n’avait connaissance d’aucun problème. Les contrôles de sécurité incendie relèvent de la compétence des communes. A notre connaissance, ceux-ci avaient été effectués. La police clarifie actuellement les détails.
Certains accusent le Valais de laxisme.
Je rejette cette accusation. Le Valais a des règles strictes, notamment en matière de protection contre les incendies. En tant qu’ancien président de commune, je les connais bien. Ces contrôles sont souvent perçus comme bureaucratiques, mais ils servent à protéger la population. L’enquête montrera ce qui s’est réellement passé ici.
Que signifie ce drame pour la station?
C’est un coup dur pour une destination touristique. Mais on a pu voir le professionnalisme des équipes de secours et la grande solidarité dans le canton.
Cet article est issu de l'édition spéciale de «L'illustré» consacrée au drame de Crans-Montana, à retrouver en kiosque le jeudi 8 janvier 2026.
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