En bref
- La Cour des comptes critique les recrutements en Ville de Genève: plus de la moitié des 64 dossiers examinés ne justifient pas le choix du candidat retenu
- Le rapport relève des interventions de magistrats dans certains engagements, des outils peu utilisés, un archivage lacunaire et des formulaires d’intérêts incomplets
- La Ville accepte les neuf recommandations, mais maintient une réforme contestée permettant de nommer sans concours des auxiliaires après deux ans
Un dossier sur deux ne permet pas de comprendre pourquoi le candidat a été retenu. C’est l’une des conclusions du rapport accablant que Pierre-Henri Pingeon, président de la Cour des comptes, présente ce mardi matin 27 octobre. L’institution y pointe les faiblesses du processus de recrutement de la Ville de Genève en matière de «gestion opérationnelle, d’organisation et de gouvernance».
Népotisme, conflits d’intérêts, inégalités de traitement. Depuis 2020, la Cour a reçu une quinzaine de signalements de ce type. Pour l’organe chargé de veiller au bon usage des deniers publics, passer au crible les pratiques d’embauche de la Ville s’imposait alors.
Mais rembobinons. Tout commence en mars 2024, lorsque la presse révèle plusieurs engagements problématiques effectués par la codirectrice du Département de l’aménagement, des constructions et de la mobilité (DACM). La fonctionnaire est accusée d’avoir recruté sa demi-sœur sans mentionner clairement leur lien de parenté. Six mois plus tard, elle aurait embauché un couple de proches venus de la région parisienne. Pour postuler, la femme aurait utilisé une adresse fictive dans le canton de Vaud. Son compagnon, lui, aurait été retenu au détriment d’une candidature genevoise plus solide.
Suspendue seulement deux ans après
Le DACM est alors dirigé par la Verte Frédérique Perler. Pour elle, le dégât d’image sera fatal. Déjà fragilisée par d’autres polémiques, comme l’affaire dite du «dégrappage du bitume» (ndlr: la magistrate avait donné son accord informel à des militants pour retirer illégalement du bitume d’une rue genevoise), la magistrate renoncera à briguer un second mandat aux élections municipales de 2025.
Il faudra pourtant attendre mars 2026, soit deux ans plus tard, pour que la Ville se décide à licencier l’ex-codirectrice, comme l’a révélé «Le Temps». Durant ses deux années de suspension, elle aurait continué à percevoir son salaire, estimé entre 157'000 et 256'000 francs selon le quotidien. L’intéressée a toujours contesté les faits qui lui sont reprochés.
Après ces affaires très médiatisées, la Ville a d’elle-même engagé une refonte de ses processus de recrutement, une démarche que salue la Cour. Reste que la municipalité partait de loin. Et le verdict est donc sévère.
Sur l'échantillon de 64 dossiers de recrutement examinés par la Cour, plus de la moitié ne permettent pas «d’objectiver la décision» de retenir le candidat, faute d’éléments permettant de comprendre le choix. «Il n’est parfois même pas possible de connaître le nombre de dossiers reçus, les critères de sélection appliqués ou encore le nombre d’entretiens d’embauche réalisés», écrit la Cour dans son rapport.
Des magistrats trop interventionniste?
Autre point qui fâche, l’intervention de magistrats dans les recrutements. Le rapport de 78 pages – qui ne nomme personne – décrit plusieurs situations jugées «préoccupantes». Dans l’une d’elles, un service a proposé d’engager une candidate frontalière. La direction du département est alors intervenue pour imposer un candidat interne qui, lui, résidait à Genève, alors même que le service le jugeait «trop qualifié» et sans expérience dans le domaine. «Le candidat interne ne bénéficiait a priori pas des mêmes compétences que la candidate retenue par le service», pointe la Cour.
Dans un autre cas épinglé dans le rapport, le contrat d’une auxiliaire a été prolongé de près de quatre mois à la demande d’un membre du Conseil administratif, sans que la cheffe de service en ait exprimé le besoin. Le magistrat et l’employée se connaissaient avant l’arrivée de celle-ci à la Ville. Interrogée, la personne de l'Exécutif reconnaît l’avoir informée de l’ouverture d’un poste, mais affirme ne pas être intervenue dans le recrutement.
Des liens d'intérêts mais pas de suivi
Le formulaire de déclaration des liens d’intérêts, introduit en octobre 2025 en réponse au scandale des embauches, ne convainc pas davantage. Sur 166 formulaires examinés, 27 étaient incomplets, sans justification. Dans deux cas, des liens ont été déclarés sans que la suite qui leur a été donnée soit documentée. Les nominations ont pourtant été validées par le Conseil administratif.
Plus largement, la Cour juge la procédure de recrutement trop lente. Il faut compter en moyenne 172 jours entre l’évaluation du cahier des charges et la nomination, soit près de six mois. Alors qu’un recrutement prend en moyenne quatre à cinq semaines en Suisse, fait valoir la Cour. A noter que plusieurs de ces faiblesses figuraient déjà dans un rapport de la Cour de 2010. Seize ans plus tard, rien n’a vraiment changé.
La Cour formule enfin neuf recommandations, toutes acceptées par la Ville, certaines seulement en partie. Le Conseil administratif maintient son projet de réviser le statut du personnel pour permettre de nommer sans concours un auxiliaire en poste depuis deux ans. Selon la Cour, cette réforme restreint fortement l’accès aux postes vacants, y compris aux fonctions de cadre supérieur. Le dernier mot reviendra au Conseil municipal sur ce point.
Dans un communiqué de presse publié peu après la conférence de presse, le Conseil administratif explique «prendre note» du rapport de la Cour, mais dit regretter que «certaines formulations puissent donner une perception incomplète, voire biaisée, de la réalité des processus examinés».
La Ville tient à rappeler que l'audit ne «conclut pas à des mauvais recrutements». Concernant l'absence de documents permettant de reconstituer la justification des recrutements, elle l'explique principalement par un défaut de «conservation des pièces» et assure que la situation va rapidement changer. «Cette faiblesse documentaire est reconnue et fera l'objet de mesures correctives et de contrôles», fait-elle valoir.
Des chiffres à replacer dans leur contexte
Le communiqué de la Cour des comptes fait état de «nombreux signalements». Cependant, la Ville tient à souligner que depuis 2020, 15 alertes «seulement ont été recensées pour un total de 4375 recrutements». La Cour critique aussi la longueur du processus de recrutement. Sur ce point, la Ville considère que les recommandations de la Cour «risquent d'alourdir les procédures et paraissent difficilement conciliables avec l'objectif poursuivi».
Le «népotisme» pas démontré
Le Conseil administratif tient à préciser que les soupçons de «népotisme» et d'«inégalité de traitement», cités comme un élément déclencheur du travail de la Cour des comptes, n'ont pas été démontrés.
«Il existe une différence fondamentale entre un processus mal documenté et un mauvais recrutement. Cette confusion est regrettable et préjudiciable pour l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs de l'administration», regrette Alfonso Gomez, conseiller administratif en charge des ressources humaines.
Dans un communiqué de presse publié peu après la conférence de presse, le Conseil administratif explique «prendre note» du rapport de la Cour, mais dit regretter que «certaines formulations puissent donner une perception incomplète, voire biaisée, de la réalité des processus examinés».
La Ville tient à rappeler que l'audit ne «conclut pas à des mauvais recrutements». Concernant l'absence de documents permettant de reconstituer la justification des recrutements, elle l'explique principalement par un défaut de «conservation des pièces» et assure que la situation va rapidement changer. «Cette faiblesse documentaire est reconnue et fera l'objet de mesures correctives et de contrôles», fait-elle valoir.
Des chiffres à replacer dans leur contexte
Le communiqué de la Cour des comptes fait état de «nombreux signalements». Cependant, la Ville tient à souligner que depuis 2020, 15 alertes «seulement ont été recensées pour un total de 4375 recrutements». La Cour critique aussi la longueur du processus de recrutement. Sur ce point, la Ville considère que les recommandations de la Cour «risquent d'alourdir les procédures et paraissent difficilement conciliables avec l'objectif poursuivi».
Le «népotisme» pas démontré
Le Conseil administratif tient à préciser que les soupçons de «népotisme» et d'«inégalité de traitement», cités comme un élément déclencheur du travail de la Cour des comptes, n'ont pas été démontrés.
«Il existe une différence fondamentale entre un processus mal documenté et un mauvais recrutement. Cette confusion est regrettable et préjudiciable pour l'ensemble des collaboratrices et collaborateurs de l'administration», regrette Alfonso Gomez, conseiller administratif en charge des ressources humaines.