Comment les travailleurs sous la chaleur sont-ils protégés?
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Alerte à la canicule:Comment les travailleurs sous la chaleur sont-ils protégés?

Sur Vaud et Genève
Ce qu'ont fait les cantons ont fait pour protéger les travailleurs de la canicule

Après une semaine de canicule, Genève a imposé l’arrêt du travail au soleil dès 13h. Saluée sur le terrain, la mesure a aussi révélé la complexité de protéger tous les métiers exposés, alors que Vaud privilégie contrôles et responsabilité des employeurs.

En bref

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  • Genève a imposé l’arrêt du travail au soleil dès 13h après une semaine de canicule, une mesure saluée par plusieurs travailleurs exposés.
  • Sa mise en place a toutefois soulevé des questions dans certains secteurs, comme la livraison ou la restauration, où l’exposition à la chaleur est plus difficile à définir.
  • Dans le canton de Vaud, aucune mesure générale n’est prévue: les autorités misent sur la responsabilité des employeurs, les contrôles et les recommandations existantes.

La canicule s’est installée le 18 juin. Pendant une semaine, elle a pesé sur les rues, les chantiers, les parcs, les terrasses et tous les métiers qui ne peuvent pas simplement se réfugier derrière une porte climatisée. Puis, le 25 juin, Genève a pris une mesure forte: l’arrêt des activités exercées à l’extérieur et exposées au soleil dès 13h.

La décision, prise entre Etat, partenaires sociaux et employeurs, a été saluée. Mais pour certains secteurs, elle s'est accompagnée d'un flou sur sa mise en place. A quelques kilomètres de là, Vaud a choisi une autre voie. Pas d’arrêt général du travail au soleil, mais un rappel des obligations des employeurs et des contrôles ciblés sur les chantiers et dans les entreprises. Deux cantons, deux méthodes, une même question appelée à revenir avec les prochains pics de chaleur: les travailleurs exposés sont-ils suffisamment protégés?

«On fait le travail intense le matin»

Sur le terrain, les travailleurs exposés ont accueilli favorablement ces adaptations. Au Service des espaces verts de la Ville de Genève (SEVE), Raphaël, aide-horticulteur, explique que les horaires canicule permettent de commencer plus tôt. «On essaie de faire le travail intense le matin. L’après-midi, on travaille dans les locaux, pour faire du rangement ou de la préparation pour des chantiers les jours suivants. On fait très attention à la quantité d’eau qu’on boit, à travailler à l’ombre. On fait des pauses spéciales pour boire, avec le soleil.»

Raphaël, aide-horticulteur au Service des espaces verts genevois

Même logique au parc Bertrand, où Sébastien, contremaître au SEVE, explique que les tâches les plus importantes sont concentrées tôt dans la journée. «Le matin, on fait toutes les missions primordiales, on se focalise beaucoup sur l’arrosage. On fait toutes les zones qui se trouvent au soleil et on adapte le travail à l’ombre pour le reste de la journée. Les missions primordiales sont l’arrosage, le nettoyage du parc et normalement la tonte, mais avec ces températures, ça ne sert à rien parce que le gazon jaunit. On met donc un peu cette tâche de côté.»

Sébastien, contremaître au Service des espaces verts genevois

Au parc La Grange, Nicolas, contremaître, retient surtout l’effet positif du protocole sur les équipes. «L’adaptation des horaires est très positive pour les personnes plus âgées ou plus fragiles du département. Ce protocole a commencé il y a quelques semaines et améliore les conditions de travail de chacun.»

Nicolas, contremaître au Service des espaces verts genevois

Une bonne décision, mais prise dans l’urgence

Chez Chaskis, entreprise qui sous-traite la livraison de la plateforme Uber Eats à Genève, la décision a nécessité des ajustements immédiats, comme l'interruption des activités de 13h à 17h30. Sa directrice, Ariana Grammatopoulo, dit saluer une mesure «vraiment bonne». Mais elle regrette son arrivée tardive. «Nous prévenir le matin pour le jour même n'était pas idéal. La mesure implique beaucoup de modifications opérationnelles, je pense que plusieurs entreprises du canton ont cherché à joindre l'OCIRT pour des précisions. Il n'y pas tant de métiers que ça où les travailleurs sont totalement dehors, tout le temps.»

En effet, dans la restauration, la chaleur peut être plus difficile à supporter à l'intérieur. Lorène, serveuse à Lausanne, résume cette autre réalité. «Il fait très chaud, c'est assez lourd. Le plus dur, c'est à l'intérieur, ce n'est pas évident de rafraîchir.» La directrice de Chaskis rappelle que les canicules ne sont plus des surprises. «Pourquoi l'OCIRT ne créérait pas un plan canicule par secteur, discuté en amont? Cela permettrait de l'activer le jour J sans délai et sans confusion.»

Offrir de l'eau, geste essentiel

Djllali, coursier pour l’entreprise, devait commencer à 16h samedi. Avec le dispositif canicule, il a attendu au bureau avant de démarrer à l'heure autorisée.

Djalili, livreur coursier chez Chaskis

«On a des boissons fraîches, des fruits. Et ces changements n'ont pas d'impact sur notre salaire.» L'attitude des clients, dit-il, est empathique. «J’ai une anecdote super géniale. Une cliente est venue vers moi quand je lui ai apporté sa commande, elle m’avait préparé un verre d’eau, c’était super sympa.»

L’entreprise affirme aussi avoir renforcé ses mesures d’accompagnement. «Nous avons augmenté la distribution de fruits et d'eau, mais aussi mis en place un formulaire pour signaler les restaurants qui ne laisseraient pas entrer les livreurs au frais et ne leur donneraient pas d'eau, détaille Ariana Grammatopoulo. UberEats déconnecte les établissements de la plateforme s'ils refusent cette aide à nos livreurs. Nous avons aussi renforcé notre ligne téléphonique et une personne est disponible pour aller aider un livreur qui se sentirait mal. Aussi, les jours de jeudi à dimanche ne seront pas comptés pour la prime à la performance que nos collaborateurs reçoivent chaque mois, de manière à ce qu'ils puissent aller lentement (sauf si compter ces jours est plus avantageux pour eux).»

Sur le terrain, Michaël, livreur coursier chez Chaskis, travaille surtout le soir et se dit moins touché par l’arrêt de l’après-midi. Mais il connaît les contraintes du métier.

Michaël, livreur coursier chez Chaskis

«Auparavant, nous avons eu des problèmes avec les batteries des vélos à assistance électrique, qui surchauffaient. Les trajets uniquement à l’ombre, ça n’existe pas. C'est aussi pour ça que notre entreprise a mis en place des ravitaillements. Un collaborateur vient avec un vélo cargo et nous propose des fruits frais, des pastèques, de l’eau, du thé froid. Et en hiver, c’est du thé chaud, du chocolat et des barres de céréales. Au moment de récupérer les commandes, les restaurateurs nous proposent un verre d’eau pour nous désaltérer. C’est rare qu’ils nous le refusent. Ils savent qu’on pédale.»

La mesure genevoise est désormais révoquée

Avec la fin de l’alerte canicule, la mesure genevoise d’arrêt du travail extérieur exposé au soleil dès 13h a été révoquée. Le DEE rappelle toutefois que les autres mesures prévues pour protéger les employés restent en place.

C’est notamment le cas de celles liées à MeteoAtWork, l’application mise en place il y a deux ans par le département pour favoriser la protection de la santé des personnes travaillant à l’extérieur par fortes chaleurs. Pour les prochains épisodes, «le dispositif fera à nouveau l’objet d’une évaluation avec les partenaires sociaux», indique le département.

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Du côté du syndicat Unia, qui a notamment rappelé sur Instagram les droits des travailleurs des chantiers en cas de canicule, il est encore trop tôt pour dresser un bilan de la collaboration avec l’OCIRT. 

Dans le canton de Vaud, pas de mesure générale

Dans le canton de Vaud, une mesure de portée générale comme celle décidée à Genève ne paraît pas à l’ordre du jour. Le Département de l’économie, de l’innovation, de l’emploi et du patrimoine estime qu’une telle disposition serait «à priori très difficile à envisager», en raison des «multiples réalités géographiques» du canton.

Le département rappelle que chaque employeur a la responsabilité d’assurer la sécurité de ses employés et de prendre les mesures nécessaires pour préserver leur santé. La Direction générale de l’emploi et du marché du travail assure suivre la situation avec attention. Des contrôles sont menés sur les chantiers et dans les entreprises. Lorsque les mesures nécessaires n’ont pas déjà été prises, des adaptations rapides sont exigées.

Sur les chantiers, le canton recommande notamment de décaler l’activité aux heures les moins chaudes, de prioriser les travaux pénibles en début de journée, d’octroyer des pauses fréquentes, de prévoir des zones d’ombre, de mettre à disposition de l’eau fraîche et de fournir les équipements de protection individuelle.

Avec des canicules amenées à se répéter, la protection des travailleurs exposés devra s’inscrire dans la durée. L’objectif sera désormais de disposer de règles claires, connues de tous et applicables rapidement.

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