En bref
- Les hôpitaux genevois, notamment les HUG, font face à une hausse critique des urgences liée à la canicule qui a atteint 37 degrés ces derniers jours. Les appels à l’Unité urgences santé 144 ont augmenté de 60% en quatre jours, et les urgences pédiatriques accueillent environ 100 patients par jour.
- Le CHUV de Lausanne rapporte une hausse de 15% des urgences par rapport à 2025. Les principaux motifs d'hospitalisation incluent malaises, déshydratation et insuffisances rénales, touchant principalement les personnes âgées ou présentant des polymorbidités.
- L'OFS annonce que les estimations fiables sur la surmortalité liée à la canicule en Suisse seront disponibles dans une dizaine jours. Aucun chiffre précis n’a encore été publié, contrairement à la France qui enregistre 1000 décès supplémentaires par rapport à la norme saisonnière.
Alors que les pics de chaleur se sont enfin atténués, après plusieurs jours suffocants, les hôpitaux genevois dressent un bilan alarmant: «La fréquence des urgences est très élevée depuis la fin de la semaine dernière, affirme une porte-parole des HUG. L’Unité urgences santé 144 et la Centrale Santé Genève (CeSaGe) ont noté une augmentation des appels estimée à 60%, pour ces 4 derniers jours.»
Genève a été particulièrement accablée par la canicule, avec des températures record pouvant atteindre 37 degrés. Les urgences ambulatoires ont dû renforcer leur activité de 10%, tandis que les urgences pédiatriques ont perçu une «activité soutenue pour la saison» avec environ 100 patients par jour. Les urgences adultes et gériatriques ont également été prises d'assaut, bien que la fréquentation s'avère difficile à chiffrer pour le moment.
Du côté du CHUV de Lausanne, la fréquentation des urgences a augmenté de 15% par rapport à l'année dernière, à la même période.
Malaises et insuffisances rénales
Parmi les motifs d'hospitalisation liés à la chaleur, chacun des deux établissements évoque surtout des malaises, la déshydratation, les chutes, les problèmes cardiaques ou les insuffisances rénales. «Les personnes en souffrance ont souvent le même profil, précise le CHUV. Il s'agit de personnes âgées ou présentant des polymorbidités.»
Les HUG mentionnent également des intoxications alimentaires, dues à un non-respect de la chaine du froid, ou encore des «traumatismes des membres» survenus lors d'activités sportives en extérieur, sous un soleil de plomb. «Il commence aussi à y avoir plus d'hyponatrémie, chez les personnes âgées» ajoute une porte-parole. Ce troubles électrolytiques survient lorsque la concentration de sodium dans le sang commence à baisser dangereusement, finissant par provoquer un déséquilibre hydrique entre les taux de sodium et d'eau présents dans l'organisme.
Les effets peuvent survenir 72 heures après la canicule
Hélas, les fréquentations risquent de rester élevées ces prochains jours, dans la mesure où une baisse des températures n'entraîne pas automatiquement la diminution des risques pour la santé ou des cas de malaise:
«Nous restons attentifs à l'évolution de la situation ces prochains jours, indique le CHUV. Les effets d'une canicule peuvent se manifester jusqu'à 72 heures après le retour à des températures normales.» Un «effet retard» peut effectivement survenir de manière inattendue, en raison d'une accumulation de fatigue, une carence en minéraux et une déshydratation prolongée, après avoir subi des températures trop élevées durant plusieurs jours. «C'est pour cette raison que les autorités recommandent de maintenir les mesures de prévention pendant les trois jours qui suivent la fin d'une canicule», ajoute le CHUV.
Combien de décès liés à la canicule, en Suisse?
Alors que l'OMS annonçait un total de 1300 décès en Europe, depuis le 21 juin, la France faisait état de 1000 décès supplémentaires, par rapport à la norme de saison. Mais qu'en est-il de la Suisse, ou aucun chiffre de ce type n'a, pour l'heure, été publié?
«Le CHUV ne monitore pas de chiffres liés à la 'canicule' puisqu’il n’existe pas à proprement parler de 'maladie canicule'», pointe une porte-parole. Cela signifie que, pour comptabiliser ces décès, il convient de réaliser une comparaison précise avec la mortalité de l'année précédente, à la même période, en prenant en compte une éventuelle hausse extrême de la température.
«Le suivi des décès est effectué indépendamment de l'enregistrement des causes de décès, précise l'Office fédéral de la statistique (OFS) Dans le cadre du système de suivi de la mortalité (MOMO), le nombre de décès enregistrés chaque semaine est comparé au nombre de décès statistiquement attendu. Les chiffres actuels utilisés pour ce suivi reposent sur les annonces quotidiennes des offices de l'état civil, transmises à l'OFS) dans le cadre de la statistique du mouvement naturel de la population (BEVNAT).»
Les estimations sortiront dans 9 jours
Puisque les cantons déclarent 90% de leurs décès dans les deux semaines qui suivent l'événement, le nombre de décès potentiellement liés à la canicule ne pourra être estimé que d'ici quelques jours. «Les décès publiés pour les cinq dernières semaines sont des estimations, souligne encore l'OFS. Pour les semaines plus anciennes, aucune extrapolation des décès enregistrés n'est effectuée avant la publication.»
En raison de ce retard dans la transmission des déclarations de décès, il faudra donc attendre environ 9 jours pour que l'OFS reçoive les données nécessaires à établir des estimations fiables sur une éventuelle surmortalité.
«Les statistiques relatives aux causes spécifiques de décès sont, quant à elles, publiées une fois par an dans le cadre de la statistique des causes de décès», précise l'équipe responsable du système MOMO.