Comme le Conseil d'Etat, le Grand Conseil ne veut pas de l'introduction d'un salaire minimum légal en Valais. La majorité de droite s'est clairement prononcée contre le texte qui n'en sera pas moins soumis au peuple à une date à définir, sans contre-projet.
En septembre 2022, le comité d'initiative formé des partis de gauche et des syndicats avait déposé 5068 signatures valables, soit bien plus que les 3000 nécessaires.
L'objectif de la démarche était d'instaurer un salaire horaire brut de 22 francs pour tous les salariés du canton, quelle que soit leur profession, à l'exception de l'agriculture pour laquelle une dérogation jusqu'à 18 francs/heure serait possible.
Un clivage très net
La proposition des initiants visait à améliorer les conditions de vie des employés de plusieurs secteurs, notamment ceux de l'économie domestique, de la vente, de l’agriculture, de l’hôtellerie-restauration et de la coiffure.
Mercredi, le Parlement a choisi de se prononcer en défaveur du texte à 74% (93 voix contre 33), au grand dam du groupe NEO, du PS et des Vert-e-s. Les amendements proposés ont connu le même sort et dans les mêmes proportions.
La gauche a milité pour un soutien à cette initiative cantonale par le Grand Conseil, «afin d'assurer à chacun une rémunération qui permettrait de couvrir les besoins fondamentaux, comme le logement, la santé et l'alimentation», a résumé la cheffe du groupe socialiste, Sarah Constantin.
«Une vision irréconciliable»
«Le partenariat social permet aux employeurs et aux employés de négocier ensemble les salaires et les conditions de travail», lui a rétorqué le chef du groupe du Centre du Valais romand, Nathan Bender, opposé aux amendements.
«C'est une vision (ndlr: salaire minimum) que nous ne partageons pas avec la gauche du Parlement et sur laquelle nous resterons irréconciliables», a résumé la cheffe du groupe PLR, Sonia Tauss-Cornut. «Nous n'accepterons pas de déstabiliser l'ensemble du tissu économique au risque de précariser la situation de ceux que l'on veut protéger ainsi que de l'ensemble des salariés de ce canton.»
«Une fausse bonne idée»
Lundi, le Conseil d'Etat avait appelé à refuser le texte, en votation. Il avait choisi de renoncer à présenter un contre-projet.
«Le problème, c'est que les working poor existent, mais qu'on leur propose ici, une fausse bonne idée», a estimé devant le Parlement, mercredi, le président du gouvernement, Christophe Darbellay. «C'est une mauvaise solution qui va encore créer des barrières supplémentaires face à des groupes déjà vulnérables et va fragiliser ceux qu'elle veut protéger. A quoi bon se former pour finalement gagner (ndlr: dans certains cas) à peine plus que les personnes au bénéfice d'un salaire minimum.»
Votation populaire à définir
Les citoyens valaisans auront le dernier mot sur le sujet à une date encore à définir. Une initiative identique avait été balayée par le peuple valaisan en 2014 (non à 80,7%).
Ailleurs en Suisse, un salaire minimum a déjà été introduit dans les cantons du Jura, Tessin, Bâle-Ville, Neuchâtel et Genève. Vaud pourrait rejoindre la liste, une votation pour l'introduction d'un salaire minimum de 23 francs étant soumise au peuple le 14 juin.
Au niveau national, le débat a eu lieu pour savoir si le salaire minimum devait primer sur les conventions collectives de travail (CCT). Le Parlement fédéral a répondu par la négative, offrant toutefois des garanties à Neuchâtel et Genève, seuls cantons où le salaire minimum prime sur les CCT.