Contre un salaire minimum
Les opposants au «Smic» vaudois entrent en campagne

Les opposants aux initiatives sur le salaire minimum lancent leur campagne à Lausanne. Ils dénoncent un système trop rigide et défendent un contre-projet basé sur les conventions collectives de travail.
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Les opposants aux deux initiatives prévoyant l'introduction d'un salaire minimum cantonal ont lancé leur campagne.
Photo: keystone-sda.ch
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ATS Agence télégraphique suisse

Pas de «Smic à la française» mais le maintien du «bon sens vaudois»: les opposants aux deux initiatives prévoyant l'introduction d'un salaire minimum cantonal ont lancé lundi leur campagne en vue de la votation du 14 juin.

Devant la presse à Lausanne, des représentants des milieux économiques et des partis de droite ont appelé à refuser ces deux initiatives (l'une constitutionnelle, l'autre législative) portées par les syndicats et la gauche. Ils défendent, en revanche, le contre-projet du Conseil d'Etat, lequel prévoit aussi un salaire minimum de 23 francs de l'heure, mais fait primer les conventions collectives de travail (CCT).

«Spécificités des branches»

Contrairement au système «rigide» d'un salaire «uniforme» appliqué à tout le monde, les CCT permettent de tenir compte des «spécificités des branches», a relevé Florence Bettschart-Narbel, présidente du PLR Vaud. Pour son homologue de l'UDC, Sylvain Freymond, les deux initiatives «rompent avec le dialogue social», puisque le salaire minimum serait appliqué en dépit de ce qui a été négocié dans les CCT.

Président de GastroVaud, Gilles Meystre, a aussi fait l'éloge du «partenariat social». Celui-ci permet notamment de conclure des CCT «plus larges», qui ne règlent pas que la question des salaires, mais contiennent aussi «plusieurs avantages» en matière par exemple de vacances, de 13e salaire ou de congé paternité. Selon lui, les syndicats et la gauche «renient» ce dialogue social et jouent «la surenchère» en voulant imposer un salaire minimum partout.

«Déconnecté du terrain»

Egalement président de la campagne pour le «non» aux initiatives, Gilles Meystre a estimé que le salaire minimum constituait «une menace», tant pour les entreprises (charges en hausse), les consommateurs (répercussions sur les prix) que les employés (gel de l'embauche ou des salaires).

De son côté, Nicolas Ming, président de l'Association romande des hôteliers (ARH), a cité plusieurs exemples d'hôtels qui seraient «mis en danger» si les initiatives devaient l'emporter le 14 juin, si un «salaire minimum imposé, uniforme et déconnecté du terrain» devait être introduit.

La «menace» plane aussi sur les commerçants, a affirmé Anne-Lise Noz, présidente de la Société coopérative des commerçants lausannois (SCCL). «Un Smic rigide est un cadeau à la grande distribution, pas à nos artisans», a-t-elle affirmé. Elle a mis en garde contre «le bel autogoal» du salaire minimum qui ne ferait «que des perdants» (patrons, employés, consommateurs).

La Fédération vaudoise des entrepreneurs (FVE), via son porte-parole Nicolas Tripet, a aussi appelé au respect «des valeurs cardinales» que sont la primauté des CCT et la liberté d'action par branche. Il a aussi jugé «illusoires» des hausses de salaires pour tous dans un secteur de la construction confronté à des charges toujours plus élevées.

Contre-projet plus «équilibré»

Face à ces initiatives jugées «extrêmes», le contre-projet du Conseil d'Etat, soutenu également par une majorité du Grand Conseil, propose une solution «équilibrée». Outre la primauté des CCT, il permettrait d'intervenir «de manière ciblée» dans les branches non couvertes, a estimé Gilles Meystre.

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Nous ne sommes pas contre le salaire minimum par principe
Gilles Meystre
»

«Nous ne sommes pas contre le salaire minimum par principe. Mais nous soutenons un salaire négocié via les CCT, plutôt qu'un salaire étatique imposé», a-t-il dit. Une dizaine d'associations économiques ainsi que le PLR, l'UDC et les Vert'libéraux font campagne contre les deux initiatives de la gauche et des syndicats.

Ces derniers avaient présenté leurs arguments la semaine dernière, affirmant que leurs textes permettraient de lutter contre la pauvreté et d'agir sur les salaires les plus bas du canton, souvent à des postes occupés par des femmes.

Autres cantons

Les partisans des initiatives estiment aussi qu'un salaire minimum permettrait de diminuer le recours à l'aide sociale, et donc de réduire les dépenses de l'Etat. Quant au contre-projet du Conseil d'Etat, ils le décrivent comme «une coquille vide», une «ruse qui organise la précarité au lieu de la combattre.»

Ailleurs en Suisse, un salaire minimum a déjà été introduit dans les cantons du Jura, Tessin, Bâle-Ville, Neuchâtel et Genève. Les trois premiers font primer les CCT, les deux autres le salaire minimum.

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