«Cette attaque revet une dimension politique»
Accusée de plagiat, la juge fédérale Julia Hänni contre-attaque

Accusée de plagiat par des sources anonymes, la juge fédérale Julia Hänni contre-attaque dans une interview à Blick. La candidate à la Cour européenne des droits de l'homme affirme que ces attaques sont infondées et motivées par des considérations politiques.
1/5
La juge fédérale Julia Hänni souhaite occuper le siège de la Suisse à la Cour européenne des droits de l'homme.
Photo: Shutterstock
RMS_Portrait_AUTOR_374.JPG
Andreas Schmid

Le 28 juin dernier, Blick révélait que la juge fédérale Julia Hänni faisait l'objet d'accusations de plagiat liées à sa thèse de doctorat et à son habilitation. Portées par des sources anonymes, ces attaques ont été très largement diffusées et ont même été envoyées directement au Parlement. Quinze jours après l'éclatement de la polémique, la candidate à la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) contre-attaque dans une interview accordée à Blick.

Julia Hänni, il semble que ces accusations, selon lesquelles vous vous seriez rendue coupable de plagiat, visent à vous discréditer personnellement. Qui cherche à vous nuire?
Je ne parviens pas à expliquer d’où viennent ces attaques. La lettre anonyme mentionne explicitement un lien avec ma candidature à la Cour européenne des droits de l’homme. Cela me laisse penser qu’il s’agit d’une action à motivation politique.

Contre qui cette attaque s’adresse-t-elle, selon vous?
Je pense que cette attaque vise la Cour européenne des droits de l’homme à Strasbourg, mais aussi le Tribunal fédéral à Lausanne. Ces courriers anonymes ont commencé à circuler en avril, juste après la décision du Conseil fédéral de me proposer pour occuper le siège suisse à Strasbourg. Cela montre qu’il s’agit d’une attaque contre les institutions.

Ces attaques pourraient-elles également avoir un rapport avec des arrêts que vous avez rendus au Tribunal fédéral et qui auraient déplu à certains?
Non, je ne le crois pas. Rien ne permet de le supposer.

Il s’avère que les accusations portées contre vous ont été diffusées de manière très ciblée. Savez-vous à qui ces courriers ont été adressés?
Le Parlement a été le premier à recevoir des informations anonymes selon lesquelles j'aurais prétendument rédigé mes travaux universitaires de manière malhonnête. Les universités de Saint-Gall et de Lucerne (ndlr: où elle a soutenu respectivement sa thèse de doctorat et son habilitation) n'en ont été informées que plus tard. Cela démontre que cette attaque revêt une dimension politique: il faut connaître les procédures pour savoir, par exemple, quelles commissions assistent le Conseil fédéral dans la sélection des candidats.

Quelles ont été les conséquences de ces accusations?
Les commissions concernées et l’Office fédéral de la justice, chargé de préparer la sélection, n’ont vu aucune raison de ne pas me proposer comme candidate. Ce que j’ignorais, c’est que ces accusations avaient déjà été examinées au cours de la procédure de sélection et jugées sans fondement. Mon intégrité n’a manifestement jamais été remise en cause.

«
J’ai à cœur, sans aucun compromis, d’avoir toujours rédigé des travaux authentiques et originaux
Julia Hänni, juge fédérale et candidate à la CEDH
»

Que répondez-vous concrètement à ces allégations selon lesquelles vous auriez manqué de rigueur scientifique en vous rendant notamment coupable de plagiat dans le cadre de votre thèse de doctorat et de votre habilitation?
J’ai à cœur, sans aucun compromis, d’avoir toujours rédigé des travaux authentiques et originaux. Mes approches sont même personnelles et originales. C’est sans doute précisément pour cette raison que ma thèse a été récompensée par des prix.

Comment expliquez-vous alors que ces accusations puissent tout de même être portées aujourd’hui?
Les prétendus exemples présentés comme des preuves sont générés par l’intelligence artificielle à l’aide de logiciels spécialisés. Ces outils assemblent automatiquement de courtes séquences et mélangent des passages de quelques mots pour tenter de démontrer des choses qui ne figurent tout simplement pas dans le texte. Avec une telle méthode, il est possible de jeter le discrédit sur n’importe quel travail scientifique en quelques minutes. En outre, la charge de la preuve est inversée: c’est à l’auteur de réfuter les fautes qu’on lui prête.

Bien que vous rejetiez toutes ces accusations, vous avez envisagé de renoncer à votre candidature. Pourquoi?
Avant d’apprendre que les commissions consultatives et l’Office fédéral de la justice considéraient les documents diffusés anonymement comme non pertinents et que je bénéficiais de leur soutien sans réserve, j’avais l’intention de me retirer. Jusqu'à récemment, je ne savais pas que l’Office fédéral avait déjà été informé de ces accusations, qu’il les avait jugées totalement infondées et que le Conseil fédéral avait notifié à Strasbourg, dès le mois de juin, sa liste définitive de trois candidats.

Vous l’avez également fait savoir en interne au Tribunal fédéral. Cette information confidentielle a été transmise au journal satirique «Nebelspalter», qui l'a publiée. Cela ne témoigne pas d’un climat de collégialité au sein du Tribunal fédéral...
Je ne peux rien dire à ce sujet. Je ne sais pas comment ma communication a été rendue publique.

Qu’est-ce qui vous a donc amenée à renoncer à vous retirer de la course et à maintenir désormais votre candidature?
J’en suis venue à la conclusion que des accusations anonymes et sans fondement ne devaient pas influencer, voire torpiller, l’élection d’un juge. De plus, j’ai également été encouragée, tant par des personnes extérieures que par les instances compétentes, à maintenir ma candidature.

Articles les plus lus