Stefan Blättler répond à différents scandales
Le procureur général botte en touche sur le retour de djihadistes en Suisse

A Meiringen (BE), des drones ont survolé à plusieurs reprises des installations militaires. Le procureur général de la Confédération Stefan Blättler réagit. Il apporte aussi des détails sur son avenir professionnel et sur les dangers de l'islamisme. Interview.
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Conformément à la loi, le procureur général Stefan Blättler doit quitter ses fonctions l'année prochaine.
Photo: Philippe Rossier
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Raphael Rauch

Monsieur Stefan Blättler, vous avez fêté vos 67 ans jeudi. Joyeux anniversaire! Comment vivez-vous l'idée de devoir bientôt passer le relais?
Quelle charmante façon d’entamer la conversation! Mais merci, je vais très bien. A 67 ans, je me sens encore bien loin de devoir passer le relais, comme vous dites. Je me concentre sur mon travail, et il y a beaucoup à faire.

L’année prochaine, vous atteindrez la limite d’âge de 68 ans, ce sera alors la fin.
Par coïncidence, mon 68e anniversaire coïncide effectivement avec la fin de la législature. Je suis élu procureur général de la Confédération jusqu’à fin 2027. Je ne prendrai pas part aux discussions concernant une nouvelle candidature tant que le Parlement maintiendra la limite d’âge légale à 68 ans. Je peux toutefois vous assurer une chose: je ne prendrai pas ma retraite. Je suis certain que mon expérience et mon expertise continueront d’être sollicitées d’une manière ou d’une autre à l’avenir.

J’ai entendu dire au Parlement que vous seriez ouvert à une prolongation de votre mandat. Mais la commission compétente a rejeté cette idée.
J’ai dit ce que j’avais à dire à ce sujet. De toute façon, je ne m’exprime pas sur des rumeurs. Je me concentre sur mon travail. Il reste encore beaucoup à faire, et je m’en réjouis.

Certains politiciens vous reprochent d’avoir une mentalité du «ce n’est pas ma responsabilité».
Je rejette cette accusation! Nous avons un nombre de procédures en constante augmentation et, rien que l’année dernière, nous avons approuvé 245 demandes de reprise de procédures émanant des cantons. Si nous sommes compétents, nous assumons nos responsabilités.

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Nous agissons très rapidement lorsqu’il s’agit de mettre un terme aux agissements des terroristes
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Que répondez-vous à l’accusation selon laquelle votre service travaillerait beaucoup trop lentement?
Si une telle accusation est formulée, je la rejette. Il y a toujours des affaires qui nécessitent des investigations plus approfondies que d’autres. Pour cela, nous devons prendre le temps nécessaire. D’une manière générale, nous sommes très bien organisés à tous les niveaux au sein du Ministère public de la Confédération. Nous travaillons sereinement, et chacun sait ce qu’il a à faire. Ce climat nous permet d’obtenir des résultats importants, par exemple dans le domaine de la criminalité en col blanc. Et nous agissons très rapidement lorsqu’il s’agit de mettre un terme aux agissements des terroristes. Nous poursuivons également sans relâche les structures mafieuses, et nous obtenons de bons résultats face aux cybercriminels.

En 2018, un Junkers Ju 52 s’est écrasé, causant la mort des 20 personnes à bord. Huit ans plus tard, vous n’avez toujours pas engagé de poursuites. Pourquoi?

Il s’agit d’une affaire très complexe. Mais nous sommes sur le point de clore la procédure.

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Dans cette affaire, je me suis immédiatement récusé afin de préserver l’indépendance de l’enquête
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Ce rythme s’explique-t-il par votre politique généreuse en matière de télétravail? Une grande partie des postes de travail est inoccupée.
Il n’est pas vrai que nous travaillions lentement, et il n’est pas vrai non plus qu’une grande partie des postes de travail soit inoccupée. Lorsque je me promène dans les bureaux, ils sont bien occupés. Nous exigeons deux jours de présence. Le reste du temps, le travail peut être effectué à domicile. Je laisse les détails aux procureurs en chef, car je suis axé sur les résultats: c’est la performance qui compte, pas le lieu de travail.

Est-il vrai que l’un de vos adjoints ne travaille plus qu’en télétravail?
Non, sinon je ne verrais pas mes adjoints. Et je les vois régulièrement.

Quel est le taux de rotation de votre personnel?
Il est de 7%, ce qui est tout à fait normal. Depuis que je suis en fonction, ce taux a fortement baissé.

Vous devez mener une enquête contre l’ancienne cheffe de Fedpol, Nicoletta della Valle, car elle a indûment imposé une interdiction d’entrée sur le territoire à un militant palestinien. Etes-vous en situation de conflit d’intérêts dans cette affaire?
En tant qu’ancien commandant de la police bernoise, j’ai étroitement collaboré avec Nicoletta della Valle. Dans cette affaire, je me suis immédiatement récusé afin de préserver l’indépendance de l’enquête. Le service compétent examine actuellement les prochaines étapes.

Le chef de l’armée a récemment évoqué un incident impliquant un drone à la base aérienne de Meiringen mais n’a pas porté plainte. Cela vous agace-t-il?
Je ne m’exprime pas sur d’autres institutions. En fin de compte, c’est au haut commandement de l’armée de décider. Je ne souhaite ni commenter ni porter de jugement là-dessus. Vous pouvez toutefois partir du principe que nous menons les investigations nécessaires. Une enquête préliminaire est en cours.

Que vérifiez-vous exactement dans l’affaire de Meiringen?
Au niveau de la police, on examine actuellement ce qui s’est exactement passé, quelle serait la compétence applicable et s’il existe des éléments qui doivent être formellement transmis au Ministère public de la Confédération. Il nous appartiendra ensuite de décider si ces éléments suffisent ou non pour ouvrir une procédure.

Parlons un peu de l’islamisme. En mai, un individu présentant des troubles psychiques a agressé plusieurs personnes à Winterthour avec un couteau en criant «Allahu akbar». Est-il responsable pénalement?
Il s’agit d’une procédure en cours, nous n’en sommes qu’au début. La question de la responsabilité pénale doit être clairement élucidée.

Le Département fédéral des affaires étrangères a rendu visite à trois djihadistes suisses détenus dans une prison irakienne. Apparemment, ils souhaitent rentrer dans leur pays. La Suisse aurait-elle la possibilité de les surveiller 24 heures sur 24?
Il s’agit d’une question politique et c’est en fin de compte au Conseil fédéral qu’il revient de décider si ces personnes doivent revenir et à quelles conditions. En ce qui concerne le Ministère public de la Confédération, je peux dire ceci: si ces personnes se présentent à la frontière suisse, nous rouvrirons nos procédures pénales et les tiendrons pour responsables en conséquence. Tout le reste devra alors être discuté avec les cantons.

Le Service de renseignement de la Confédération estime à 16 le nombre de combattants de l’EI de retour en Suisse. Combien d’entre eux ont été condamnés par un jugement définitif, combien sont en liberté? Représentent-ils encore un danger?
Ce sont des chiffres du SRC, sur lesquels je ne souhaite pas m’exprimer. Il y a eu des condamnations prononcées par le Tribunal pénal fédéral. Certains sont encore en détention, d’autres ont purgé leur peine. Il appartient alors aux cantons de déterminer si la personne en question représente encore un danger.

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