Pour protéger la santé des enfants
Le Conseil national accepte d'interdire les «polluants éternels» dans les jouets

La motion d'Emmanuel Amoos (PS/VS), demandant à interdire les PFAS dans les jouets, a été validée par le Conseil national le 18 mars. Si le Conseil fédéral approuve l'idée, l'UDC la juge «trop isolée» et souhaite attendre d'élaborer une stratégie plus globale.
Une récente étude de la FRC déplore que des PFAS se cachent dans les doudous pour les enfants, qui peuvent les absorber via la salive.
Photo: Shutterstock
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Ellen De MeesterJournaliste Blick

La Suisse avance, quoiqu'à petits pas, vers une meilleure protection des jeunes enfants, face aux «polluants éternels». Le mercredi 18 mars, le Conseil national acceptait de justesse la motion déposée fin septembre par le socialiste Amoos Emmanuel, qui réclamait l'interdiction des PFAS et autres perturbateurs endocriniens dans les jouets d'ici à l'année 2030. 

Remportée par 91 voix contre 84 et 3 abstentions, cette victoire intervient dans le sillage d'une étude inquiétante, diffusée le 3 mars par la Fédération romande des consommateurs (FRC). Celle-ci révélait justement que des «polluants éternels» se cachent aussi dans les doudous destinés aux bébés, qui les absorbent via la salive: sur tous les modèles testés, 18 contenaient des PFAS, dont un tiers à des «niveaux préoccupants ou à surveiller».

Les enfants sont particulièrement vulnérables

On savait déjà, hélas, que les alkyls perfluorés et polyfluorés (PFAS) se trouvent notamment dans les anneaux de dentition, les jouets pour le bain ou les jeux de plage, susceptibles d'êtres portés à la bouche ou manipulés fréquemment par les plus petits. 

Pour rappel, les femmes enceintes et les enfants en plein développement sont particulièrement vulnérables face à ces milliers de molécules potentiellement cancérigènes, lesquelles peuvent s'accumuler dans l'organisme au fil des années ou créer des «cocktails chimiques» via différentes sources d'exposition. Leur dégradation incroyablement lente, qui leur vaut le surnom de «polluants éternels», les rend omniprésents dans notre environnement, nos sols et notre alimentation. En d'autres termes, il est devenu totalement impossible d'y échapper. Et bien que la recherche ne cesse de sonner l'alerte, les réponses politiques sont, pour l'heure, lentes ou minimales. 

La lutte contre les PFAS est lente

L'Union européenne a néanmoins pris les devants, dès le printemps 2025, assurant que les PFAS seront interdits dans les jouets et autres objets destinés aux jeunes enfants, d'ici à l'année 2030. Allant dans le même sens, la motion d'Emmanuel Amoos propose d'ailleurs une deadline identique: «J'ai choisi la même échéance, pour éviter que la Suisse ne devienne la "poubelle" des industries qui ne pourront plus vendre leurs produits dans d’autres pays européens après cette date», pointe-t-il. 

Il s'agit d'un pas dans la bonne direction, mais le conseiller national estime que les choses n'avancent pas assez vite: «Bien que les études scientifiques alarmantes s’enchaînent, il est compliqué de faire avancer les choses, observe-t-il. Même lors de la session spéciale que le Conseil national avait consacrée aux PFAS en septembre, une seule proposition avait obtenu la majorité.»

Une forme de déni politique

Si la motion est soutenue par le Conseil fédéral, l'UDC estime qu'il est contre-productif de se focaliser uniquement sur les jouets, sachant que les PFAS sont présentes dans des milliers de produits différents, des textiles aux ustensiles de cuisine, en passant par les matériaux de construction. «Je pense qu’il est clair pour tous qu'il faut s'attaquer à cette question, affirmait le saint-gallois Mike Egger, lors de la session du 18 mars. Mais nous devons le faire de manière coordonnée, avec une stratégie claire, qui soit également applicable à différents acteurs. Se contenter de réclamer une interdiction isolée ne mènera pas à une bonne solution.» 

Une réflexion qu'Emmanuel Amoos juge insuffisante: «C’est affolant de constater à quel point tout ce qui concerne les PFAS alerte la droite du Parlement, qui ne veut donner le moindre signal de lutte contre ce problème, peu importe le domaine, déclare-t-il. Monsieur Egger évoquait hier la nécessité d'avoir une vision et une solution globales avant d'agir, mais si on avance à ce rythme, on n'obtiendra pas le moindre progrès avant une trentaine d'années.»

Pourquoi ce manque de réactivité politique, face à un risque qui nous concerne tous? «Je pense que cela vient d’une forme de déni et probablement d’une crainte de mettre des bâtons dans les roues de certaines industries, notamment celle de l’agriculture», souligne le socialiste. La motion est désormais entre les mains du Conseil des Etats. 

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