Le nouveau ministre de la Défense est arrivé pour faire le ménage. Depuis bientôt un an, le conseiller fédéral du Centre Martin Pfister exerce sa fonction. Pas à pas, il entend résoudre les problèmes un par un pour remettre l'armée sur les rails.
Cependant, jusqu'à présent, il a surtout dû annoncer de mauvaises nouvelles. Le prix des avions de combat F-35 augmente, le drone israélien s’avère moins performant que prévu, et Washington laisse Berne se débattre avec le système de défense aérienne Patriot. Personne ne sait quand il arrivera, voire s'il arrivera. Pour plusieurs autres projets d'envergure, la situation est également au point mort.
«Le bilan est encore très modeste»
Pourtant, certains éloges sont à noter: «Martin Pfister s'est rapidement familiarisé avec les dossiers», estime la politicienne socialiste en charge de la sécurité, Priska Seiler Graf. Il ne maquille pas les problèmes, ajoute le conseiller national UDC, Thomas Hurter. Beaucoup reconnaissent ses efforts tangibles pour apporter de la transparence, un domaine où le DDPS ne brille pas toujours. Pour son collègue de parti, Reto Nause, le conseiller fédéral du Centre est «l’homme qu’il faut, au bon moment, au bon endroit».
Martin Pfister a hérité d'un fardeau lourd de ses prédécesseurs. «Une tâche ingrate», affirme le conseiller national vert'libéral Beat Flach. Pourtant, «les progrès sont encore lents, constate Thomas Hurter. Il manque des solutions qui rassemblent une majorité.»
Les milieux militaires sont encore plus tranchés: «Le bilan est encore très modeste.» Martin Pfister reconnaît les problèmes et souhaite y remédier, mais «il n’a pas encore pris de mesures décisives». Depuis le début de la guerre en Ukraine, «l'armée continue de se délabrer».
«Il me manque un peu de mordant»
Lorsqu'il est arrivé en fonction, Martin Pfister n'avait que peu de connaissances préalables, ce qui explique qu'il soit plus souvent dirigé par le département qu’il ne le dirige lui-même, selon certaines voix. Il n’a pas encore pris de décisions audacieuses. «Il manque peut-être un peu de courage pour remettre en question les choix faits», estime Seiler Graf, citant le F-35, les drones défaillants ou les systèmes Patriot.
Thomas Hurter partage également cette opinion: «Il me manque un peu de mordant. Peut-être écoute-t-il trop ceux qui ont lancé ces projets.» Il est vrai que Martin Pfister a pris des décisions significatives en matière de personnel. Il a fait venir Robert Scheidegger, du Contrôle fédéral des finances, un des plus virulents critiques du DDPS. Un signe qu'il prend sérieusement le nettoyage en main.
Il a aussi nommé un nouveau chef de l’armée, Benedikt Ross, et un nouveau chef du service de renseignement, Serge Bavaud. Il reste à voir si ces nouveaux responsables sauront faire face.
«J'aimerais que Pfister se mette plus en avant»
Un changement est également visible au sein du gouvernement. «Avec Martin Pfister, la situation s'est sensiblement détendue, affirme Seiler Graf. Les relations entre son prédécesseur Viola Amherd et la ministre des Finances Karin Keller-Sutter étaient devenues tendues.» Viola Amherd s’était progressivement isolée, tandis que Martin Pfister mise sur la collégialité et la transparence pour rétablir la confiance au DDPS.
Pourtant, cela ne porte pas encore ses fruits pour le ministre de la Défense. Dès qu'il s'agit d'argent, les choses se compliquent. Blick a notamment mentionné le «piège Amherd ». Après plusieurs échecs, la méfiance du Conseil fédéral quant à la capacité du DDPS et de l’armée à utiliser efficacement leurs moyens persiste. Martin Pfister a déjà été écarté à plusieurs reprises.
Les mêmes doutes reviennent: Martin Pfister manquerait de force de persuasion. «Il est peut-être un peu soucieux de l’harmonie, selon le PLR. Il vient d'un canton où l’argent n’est pas une priorité, et à Berne, la situation est bien différente.»
«Une tâche quasiment insurmontable»
Même ses collègues de parti se montrent parfois plus critiques. «J’aimerais parfois que Martin Pfister se mette plus en avant», confie le conseiller national du Centre, Reto Nause. Cependant, selon lui, Martin Pfister a réussi à obtenir du Conseil fédéral une augmentation de la TVA d'environ 30 milliards de francs.
Le parti de Martin Pfister est cependant seul à défendre cette interprétation. Le Conseil fédéral laisse Pfister porter seul cette lourde charge d'augmentation d'impôt, souligne Beat Flach. Beaucoup pensent que le gouvernement sait très bien que cette mesure n'a aucune chance d’être adoptée par le Parlement et la population.
Martin Pfister pourrait aussi impliquer davantage les politiciens d’autres partis en matière de sécurité, selon l’UDC Thomas Hurter. «Cela pourrait l'aider à créer des majorités politiques.» Cela dit, il lui manque encore un peu d’expérience au niveau fédéral.
Il doit prendre les rênes
Et pourtant, malgré les difficultés, la confiance est encore présente: Martin Pfister s’est forgé une réputation de nettoyeur, quelqu’un qui écoute les différentes opinions, ce qui n’a pas toujours été le cas au DDPS.
Mais une nouvelle phase commence maintenant. Il doit dorénavant fixer la direction à suivre. Plusieurs défis l’attendent: comment obtenir davantage d’avions de combat? La Suisse doit-elle continuer à faire confiance aux Etats-Unis et attendre les systèmes Patriot? Ou faut-il chercher une alternative? Et surtout, comment financer tout cela rapidement?
Car c’est précisément lorsqu’il s’agit d’argent que Martin Pfister rencontre des difficultés pour se faire entendre. Trop de divergences d’opinion existent à ce sujet. Toutefois, nombreux sont ceux qui estiment que la persévérance tranquille de Pfister l’aidera à avancer pas à pas. Mais le temps presse.