Sécuriser l'approvisionnement
Le Parlement presse le Conseil fédéral sur les munitions

Le National a adopté jeudi une motion visant à conclure des accords avec des fabricants de munitions pour garantir l'approvisionnement de l'armée suisse. Ce texte modifié vise à ne pas se limiter au seul fabricant SwissP Defense.
Le National adopte une motion pour garantir l'approvisionnement en munitions de l'armée suisse.
Photo: KEYSTONE/PETER KLAUNZER
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ATS Agence télégraphique suisse

Des accords avec des fabricants de munitions doivent être conclus, afin de garantir l'approvisionnement de l'armée suisse. Le National a adopté jeudi une motion du Conseil des Etats dans une version modifiée, afin de ne pas viser uniquement le spécialiste SwissP Defense (anciennement Ammotec).

La vente d'Ammotec, issue de la séparation de Ruag, à la société italienne Beretta avait été actée par le Parlement en 2021. Berreta s'était engagée à maintenir la production de munitions sur le site de Thoune (BE) pendant cinq ans. Désormais dans une situation économique difficile, ce site est menacé. L'entreprise italienne envisage d'y stopper la production ou de délocaliser à l'étranger.

Dans sa motion, le conseiller aux Etats Werner Salzmann (UDC/BE) demande au Conseil fédéral de conclure une coopération stratégique sur l'armement avec SwissP, afin d'empêcher la délocalisation de l'entreprise et de maintenir la production de munitions en Suisse. Il en va de la sécurité du pays, selon le Bernois.

«Grave erreur»

La vente d'Ammotec a été une «grave erreur» a posteriori, au vu de l'évolution géopolitique, a estimé Nicole Barandun (Centre/ZH) pour la commission. Il est «urgent d'agir», car il est plus simple de faire rester en Suisse une entreprise que de la rapatrier une fois qu'elle a été délocalisée.

Toutefois, il ne suffit pas d'empêcher le départ de SwissP pour atteindre cet objectif. La Chambre du peuple a donc élargi la demande de la motion. Une coopération en matière d'armement doit être envisagée non seulement avec SwissP, mais aussi avec Saltech.

Cette entreprise soleuroise va délocaliser une partie de sa production en Hongrie. Il s'agit de conserver en Suisse pas un seul mais deux sites de production de munitions de petit calibre, selon le co-rapporteur Jean-Luc Addor (UDC/VS).

Déjà des travaux en cours

«L'industrie suisse de l'armement se porte à merveille, tout comme la production de munitions», a opposé Fabian Molina (PS/ZH). Il a refusé de «subventionner un modèle d'affaires qui est déjà rentable de lui-même». Il a également regretté le fait qu'il n'y ait pas de garde-fous sur les salaires des cadres ou en matière de corruption.

Selon lui, la motion est aussi superflue. Le Département fédéral de la défense a déjà lancé des travaux en la matière, afin d'examiner comment garantir la production nationale de munitions au moindre coût. Pour cette même raison, le Conseil fédéral était aussi opposé au texte. Diverses mesures visant à améliorer la situation, dont des coopérations stratégiques, sont à l'étude.

Le ministre de la défense Martin Pfister a toutefois concédé que la situation est grave et qu'il faut renforcer l'industrie de l'armement. «La rentabilité n'est pas au rendez-vous.» Et de rappeler à Fabian Molina qu'il ne s'agirait pas de subventionnement, mais d'une transaction commerciale.

Le conseiller fédéral n'a été suivi que par la gauche et le PVL. La motion a été adoptée par 117 voix contre 73. Le Conseil des Etats devra se prononcer à nouveau.

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